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A chaque
fois que les choses vont mal, que la crise des valeurs pointe à
lhorizon ou que les Marocains ne voient plus le bout du tunnel,
il réapparaît. Cest que le personnage a des réponses.
Sidi Abderrahman El Mejdoub, ce poète populaire du XVIème
siècle (mort en 1565) continue, malgré lusure du temps,
à marquer la vie quotidienne des peuples marocain et maghrébin.
El Mejdoub serait né à Tit, sur la bordure du Maroc Atlantique,
entre El Jadida et Azemmour, il aurait passé une partie de sa vie
entre la Tunisie, lAlgérie et le Maroc.
El Mejdoub est ce mystique qui apporte la sagesse dhier en réponse
aux questions des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Il éclaire
sur l'essence de toutes les traditions quelles soient sociales ou
spirituelles. Personnage typique, il a sillonné les campagnes et
les villes pour sexprimer sur des sujets divers.
Sa connaissance des hommes était telle que sa description des murs
fut infaillible et constitue jusquà aujourdhui, une
référence solide pour les hommes.
Conteur infatigable, troubadour pour les uns, saint homme pour les autres,
El Majdoub ne laisse pas indifférent.
Des centaines de paroles sur des thèmes aussi variés que
la méditation, les émotions, le sexe, la mort, l'amour,
l'éducation, la science, les religions ou la quête spirituelle
qui nous contraignent à nous regarder nous-même et à
faire confiance à notre propre intuition et intelligence plutôt
que de suivre une croyance, une idéologie ou juste des habitudes.
Pour le Mejdoub, la méditation ne peut se séparer de l'ouverture
du Cur, et la vie est une célébration, une danse.
Personnage inconoclaste, El Mejdoub fut également un grand révolutionnaire,
puisquil nhésitait pas à sattirer les
foudres des puissants de lépoque. Ses prises de bec avec
les autorités sont légion et son franc-parler lui a valu
un exil constant . Dans le Maghreb apocalyptique du XVIe siècle,
de Scelles-Millie, Mejdoub a une consistance historique remarquable.
Déliquescence
La défaite
musulmane en Espagne, la pression portugaise, la déliquescence
de la dynastie saâdienne, le maraboutisme allié au pouvoir,
la crise sociale et économique , tout cela est passé à
la moulinette du regard critique du Mejdoub, témoin à l'épaisseur
historique chargée de symboles. Son opposition à l'arbitraire,
à l'inégalité, aux exploitations diverses ont fait
de ce personnage un révolutionnaire avant lheure.
Figure essentielle du soufisme marocain, le majdhûb fou de
Dieu dont la raison a été ravie par Dieu
vivait dans un «état d'enfance» qui était censée
lui ouvrir les portes du ciel.
Pour Ibn Arabî, le vrai majdhûb n'est pas déficient,
au contraire il est le plus proche de la vérité divine car
«son esprit est saisi et retenu auprès de Dieu». Ibn
Khaldûn pensait également qu'à la différence
des fous, l'âme raisonnable des extatiques n'est pas
anéantie. L'auteur de la Muqaddima reconnaît à ces
fous de Dieu l'accès aux différents degrés de la
sainteté.
Cest pour cela que Abderrahman El Mejdoub est considéré
par de nombreux spécialistes du soufisme comme lun des cheikhs
les plus importants de la filiation dAbou El Hassan Chadili.
Cest dailleurs bien ce dernier qui affirmait que «le
fait de voir Dieu par l'oeil de la foi et de la certitude nous a libéré
de tout recours à la pensée discursive».
Edité à grande échelle dans un style de poche bien
populaire, le «Diwan» de Sidi Abderrahman est le livre de
chevet des conteurs populaires. Poèmes mystiques où le troubadour
chante livresse de lamour divin dans un style flamboyant,
ou aphorismes au sens caché mais profond, sentences sans appel,
le Cheikh Alawi a laissé des milliers de vers illustrant le désir
de la quête spirituelle et lillusion de la vie présente.
En bon ascète qui se respecte, El Majdoub a cultivé le mépris
des jouissances dici bas jusquau dégoût. Lêtre
a vécu cet état de pauvreté en Dieu sillonnant les
routes armé de la gnose, la Connaissance, cette lumière
incomparable si chère à tout chercheur de vérité.
Ce sont ces confidences secrètes, ces pensées exprimant
la sagesse du Cheikh qui continuent encore de nos jours à pénétrer
les curs.
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