Entretien avec Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées.

Mehdi Qotbi : "Nous sommes plus que jamais déterminés à doter chaque ville d’un musée"

Dans une interview exclusive à Maroc Hebdo, Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées (FNM) détaille les principales tâches auxquelles il s’est consacré depuis sa nomination par le roi Mohammed VI à la tête de la FNM.


Depuis la création de la Fondation nationale des musées, une nouvelle dynamique artistique et culturelle s’est progressivement instaurée au Maroc. La succession d’inaugurations muséales s’est accentuée notamment après la création en 2014 du musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. Quelle empreinte avez-vous souhaité donner aux musées nationaux ?
Depuis ma nomination en 2011 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à la tête de la Fondation nationale des musées (FNM), le Royaume s’est effectivement doté d’infrastructures muséales séant à sa richesse culturelle et patrimoniale. D’abord, il y a eu une refonte générale d’ordre onomastique. Quand je suis nommé président de la FNM, tous les musées au niveau national étaient étiquetés ‘’musées archéologiques’’ ou ‘’musées ethnographiques’’. Donc deux noms attribués à tous les musées. Aujourd’hui, cet état des lieux n’est plus d’actualité. En m’appuyant sur une équipe de qualité, chaque musée a eu droit à un intitulé qui le représente de manière plus factuelle. Un musée peut en effet se nourrir de l’archéologie et de l’ethnographie sans réellement être limité à ces deux qualificatifs dans sa vocation. Et on peut maintenant se réjouir du panorama muséal marocain. Les visiteurs de musées peuvent ainsi consulter une histoire et voyager à travers le temps rien qu’en explorant les locaux d’un musée. D’ailleurs, il faut souligner que le Maroc est pris en exemple à travers le monde pour toutes ses réussites, que ce soit en matière de développement de son offre muséale ou de programmation. Dans cette ère, les gens ont le bonheur d’aller visiter un musée.

Comment oeuvrez-vous à ce que la cartographie des musées reflète les spécificités culturelles et patrimoniales des lieux d’implantation ?
C’est astucieux de poser cette question existentielle pour un musée, qui est en l’occurrence celle de rattacher chaque musée à une lecture patrimoniale du lieu où il se trouve. Par exemple, le nouveau musée des arts d’Islam-Batha de Fès, qui sera l’un des plus importants musée d’art de l’islam au monde, regorge d’objets qui proviennent de Fès, ne serait-ce que la céramique. Il y a aussi le musée national de la céramique de Safi, qui lui aussi est fortement attaché à l’histoire séculaire de cette ville. Il convient aujourd’hui de dire que tous les musées du Maroc ont un lien fort et direct avec leur environnement géographique. Nous sommes constamment préoccupés par la question que vous venez de poser, et à laquelle nous accordons beaucoup d’importance dans le cadre de la déclinaison de notre stratégie.

La mise en place d’une infrastructure muséale fédère autour d’elle différentes parties prenantes. Ce que l’on peut d’ailleurs constater en aval. Quelles sont les parties officielles avec lesquelles vous collaborez en amont ?
Nous collaborons entre autres avec les wilayas des régions en matière d’implantation de musées. Pour mieux vous expliquer la démarche, je vous donne un exemple tout récent. Nous avons reçu un appel du wali de Casablanca, Mohamed Mhidia, qui nous a contactés pour nous informer que la capitale économique du Royaume prévoyait bientôt l’ouverture d’un musée. Nous nous sommes immédiatement réunis à la Fondation afin de réfléchir au contenu qui conviendrait à cet édifice que nous connaissons très bien. L’idée était d’identifier les objets dont nous disposons et qui s’harmoniseraient parfaitement avec l’espace, l’architecture et l’histoire du musée. Tout cela pour dire, par ailleurs, que quand il s’agit de créer un musée, de multiples considérations entrent en ligne de compte telles que la relation que ce bâtiment culturel doit entretenir avec son biotope et avec son contenu, appelé ‘’projet scientifique et culturel d’un musée’’ dans le langage muséal.

J’aimerais profiter de cette occasion pour remercier le wali de Casablanca, qui a été d’une exceptionnelle aide. Il a fallu qu’il vienne pour que l’offre culturelle commence à se développer à l’échelle de cette ville. Mes remerciements vont également aux autres walis et gouverneurs avec lesquels nous avons étroitement collaboré pour la création de nombreux musées dans notre pays. Je tiens notamment à citer Mohamed El Yacoubi, wali de la région de Rabat-Salé-Kénitra, Younès Tazi, wali de la région de Tanger-Tétouan- Al Hoceïma, Saïd Zniber, wali de la région de Fès-Meknès, Farid Chourak, wali de la région Marrakech-Safi. Les gouverneurs de Tétouan, d’Azilal et de Meknès, également. Je leur rends hommage pour leur engagement et leur préoccupation visant à améliorer davantage l’image culturelle des régions placées sous leur responsabilité.

Comment les villes sont-elles sélectionnées pour l’établissement de nouveaux musées dans le Royaume ?
Le choix des villes n’est aucunement aléatoire. Avant de nous atteler à la construction d’un musée, plusieurs questions émergent dont les plus récurrentes sont ‘’pourquoi dans cette ville et non pas dans une autre ?’’ ‘’Quelle réponse le musée apporte à telle ou telle question ?’’ ‘’Est-ce que le musée est une nécessité ou un luxe ?’’. Je dois rappeler que les musées étaient cantonnés dans presque quatre villes à savoir Fès, Tanger, Rabat et Marrakech. A l’heure actuelle, nous ne sommes plus dans cette logique. Nous sommes plus que jamais déterminés à doter chaque région d’un ou plusieurs musées. La manifestation de cette vision est clairement observable dans les différentes villes du Royaume, où les musées ont apporté une richesse culturelle très remarquable. Parmi ces villes figurent Oujda, Azilal, Chefchaouen, Agadir, ainsi que nos provinces du Sud. Notre objectif est de pourvoir toutes les régions du Royaume d’au moins un musée. Je saisis également cette occasion pour souligner que le fruit de cet immense travail n’est autre que la déclinaison de la vision éclairée de Sa Majesté.


Quelle est la vision de la Fondation nationale des musées concernant la sélection des artistes dans le cadre d’une exposition permanente ?
Le choix des artistes relève principalement des prérogatives du musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. Car sachez qu’exposer dans un musée constitue une consécration, car l’oeuvre devient pratiquement immortel, étant exposée de façon permanente au sein du musée. Pour y parvenir, il faut absolument que ce travail artistique ait une valeur muséale. Parce que l’oeuvre dont il s’agit demeure exposée durant toute la vie du musée. Le choix également de la programmation ne dépend lui aussi que de la Fondation et du musée Mohammed VI, et non pas de quelqu’un d’autre. Toutefois, à un certain moment, nous avons fait des acquisitions d’oeuvres conçues par des artistes jeunes et moins jeunes pour enrichir nos collections lorsque cela était nécessaire. Cette méthode est utilisée par tous les musées à travers le monde. Notre rôle principal est de promouvoir l’art marocain et sa richesse. Donc avant qu’une oeuvre ne puisse être exposée dans un musée, il est nécessaire qu’elle présente une maturité artistique. En d’autres termes, et comme je l’ai dit, l’oeuvre artistique doit avoir une valeur muséale. C’est ainsi que nous concevons nos expositions permanentes.

Les expositions temporaires sont-elles conditionnées par les mêmes règles ?
Une exposition temporaire, c’est une autre chose. Dans ce contexte, l’on parle d’un choix curatorial du commissaire de l’exposition, qui propose une thématique particulière dans le but d’organiser une exposition dans un musée ou une salle d’exposition. Il nous arrive souvent de donner lieu à des expositions temporaires en exposant des créations artistiques d’écoles ou d’autres représentant une mouvance correspondant à une période donnée. Les deux types d’exposition ont en commun une seule finalité qu’est la promotion de l’art. Et puis, il conviendrait de souligner au passage le développement de multiples secteurs d’activité qui ont émergé grâce à la dynamique que nous avons créée.

Moins de six mois nous séparent du dixième anniversaire du musée Mohammed Vi d’art moderne et contemporain. Pouvez-vous nous donner un avant-goût de ce que qui est prévu pour célébrer cette première décennie du musée ?
La commémoration du dixième anniversaire du musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain sera marquée par une exposition dédiée au célèbre sculpteur Arman, dont les sculptures trônent dans plusieurs villes d’Europe et d’Amérique. Cet artiste a connu le Maroc et y a effectué à maintes reprises des déplacements dans le pays de son vivant. A cette occasion, l’une de ses oeuvres sera exposée de façon permanente à l’extérieur du musée Mohammed VI.

Après avoir récemment inauguré une série de musées dans pas moins de quatre villes (Rabat, Agadir, Fès, Meknès), y compris le nouveau musée national de football, quelles sont les ouvertures qui auront prochainement lieu ?
En ce moment, notre attention est portée sur les ouvertures de musées dans les villes que vous venez de citer. Ces musées viendront compléter les infrastructures que nous avons lancées, telles que le musée de la culture amazighe à Agadir et le musée Borj Bel Kari à Meknès, qui sera entre autres dédié aux expositions temporaires. A Marrakech, nous sommes en train de restaurer le musée national du textile et du tapis à Dar Ssi Said, que l’on envisage de restaurer après avoir été endommagé par les secousses telluriques du séisme d’Al Haouz.

Une dernière question peut-être. Qu’estce qu’un musée réussi ?
Vous allez être rapide que ce que j’avais prévu (rires). Comme je l’ai souligné précédemment, un musée est une réponse à des questions momentanées. Il doit être capable de parler le langage de la jeunesse, notamment en utilisant la médiation et en s’adaptant avec le multimédia pour intéresser le public. De plus, un musée doit entretenir un lien solide avec la recherche scientifique et les universités. Tous ces éléments doivent se combiner afin de donner lieu à un musée réussi. En plus de ces aspects, un musée qui remplit sa mission avec succès procure une expérience agréable à ses visiteurs.

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