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Soigner les maux à travers le cinéma

TRAITEMENT DE LA DÉPRESSION AU MAROC

Les 27 et 28 mai 2022, la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca s’est transformée en lieu de diagnostic et de compréhension de la dépression au Maroc sur le plan médical et cinématographique. Focus sur les résultats.

Déstigmatiser la dépression à travers le cinéma, c’est l’exercice auquel se sont attelés les organisateurs de la 4ème édition du congrès Cinépsy Maroc. Un scénario déroulé les 27 et 28 mai 2022 à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca. Durant ces deux jours, les multiples facettes de cette maladie, souvent négligée, ont été abordées par des psychiatres, psychologues, art-thérapeutes, et neurologues. De riches échanges pour diagnostiquer, avec le public, les treize films documentaires et des fictions marocains, britanniques, français, variant entre 15 mn et 1h sur des patients en souffrance, qui ont été projetés. Des moments intensément vécus par des dizaines d’étudiants présents dans la salle.

D’après Bouchra Benizza, fondatrice du Cinépsy Maroc, psychothérapeute, cet évènement, premier du genre en Afrique et dans le monde arabe, aborde chaque année des thématiques liées à la santé mentale. Et le choix de la dépression est loin d’être anodine. «Nous avons constaté que beaucoup de gens ont été touchés par la dépression après l’avènement de la pandémie de Covid- 19. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de l’aborder durant cette présente édition pour favoriser les interactions entre psychologues, psychiatres, patients, et art-thérapeutes autour de cette thématique, à travers la diffusion d’une dizaine de films», nous explique-t-elle.

D’après celle qui est par ailleurs art-thérapeute au Centre psychiatrique universitaire Ibn Roch de Casablanca, l’intégration de l’aspect cinématographique vise à permettre au grand public de mieux comprendre cette pathologie. «Le film documentaire a une vertu pédagogique. En voyant une expérience, même si on ne comprend pas la parole, on a des choses qui se passent dans la tête. C’est aussi une manière pour pousser les patients à éviter l’isolement et à dé-stigmatiser la maladie».

Un Marocain sur deux serait dépressif
Les chiffres sont intrigants. A en croire Dr. Driss Moussaoui, psychiatre et président de la Fédération internationale de psychothérapie, qui faisait partie du panel d’experts, pas moins de 25,6% de la population marocaine seraient dépressifs. D’autres statistiques dévoilées par le ministère de la Santé en 2019 révélaient que 48% des Marocains souffrent de problèmes psychiques. Autrement dit, un Marocain sur deux est dépressif. Pour soigner leurs maux, leurs familles ont souvent recours à un psychologue ou à la psychothérapie. Une spécialité qui souffre d’un manque de personnel, notamment dans les hôpitaux et surtout en milieu rural, selon lui.

Pour relever ce défi, la Fédération internationale de psychothérapie a lancé un projet pilote de deux ans, afin d’accompagner les femmes en matière d’aide psychologique. Objectif: mettre à la disposition de centaines d’entre elles, issues de treize villages, des outils pour leur permettre d’aider les villageoises enceintes ou qui viennent d’accoucher et qui souffrent d’une dépression post-partum. «Au moins une femme sur cinq est concernée, avec un impact négatif sur elle-même, sur son nouveau-né et sa famille», alerte Dr. Moussaoui.

Outre ses conséquences socio-professionnelles, la dépression pourrait entrainer le suicide. De nombreux cas ont été notés durant le confinement chez les adolescents au Maroc. Plusieurs psychologues l’ont confirmé durant le premier jour de ce congrès, en expliquant au public cette corrélation tragique et des faits tangibles. Selon une enquête réalisée sur un échantillon de 10.000 adolescents, entre 22 et 23% avaient des idées suicidaires. D’où la nécessité, selon eux, d’épauler d’avantage les patients déprimés pour qu’ils n’arrivent pas à ce stade. Autrement dit, privilégier les mots pour éviter ces (grands) maux.

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