Les monuments marocains également touchés par le séisme: Alerte, patrimoine en danger


Dès à présent, les pouvoirs publics doivent se mobiliser pour réhabiliter le patrimoine civilisationnel endommagé par le tremblement de terre du 8 septembre 2023.

Ce n’est pas seulement la terre qui, ce 8 septembre 2023, a vacillé, mais aussi une partie de l’âme civilisationnelle marocaine. En quelques instants dévastateurs, des siècles d’histoire ont été ébranlés, laissant les défenseurs du patrimoine national dans un état de profonde affliction, tant ils devinent déjà ce qu’il faudra comme efforts pour réhabiliter ce qui a été détruit. A Tinmel, village du Haut Atlas où voilà près d’un millénaire a pris son envol l’épopée almohade sous la coupe du “Mahdi” Ibn Toumert, en passant par le Palais de la Bahia et celui d’El Badi dans le coeur historique de Marrakech, sans oublier bien d’autres joyaux architecturaux du XIIe siècle,... le listing provisoire établi pour l’instant par les délégations régionales du département de la Culture fait d’ores et déjà froid dans le dos. “La situation est grave, très très grave,” confirme Mounaim Jamal Aboulhouda, conservateur des monuments historiques à Marrakech.

L’étendue du désastre
Joint par nos soins, ce représentant du ministère de la Culture nous a notamment fait part de sa crainte de voir le Palais de la Bahia sombrer dans un état de ruine complète. La situation serait, ainsi, telle que «le Menzeh risque de s’effondrer», alors même que des parties substantielles «sont déjà réduites en poussière» des suites de fractures importantes au sein des structures portantes, notamment «des fissures dans les arcs et aux jonctions des murs».

Du côté de Jemaa el-Fna, l’emblématique place de Marrakech, la mosquée de la Koutoubia n’a également pas échappé aux soubresauts du séisme, endurant des fissures «un peu partout». Son minaret, qui fait sans doute partie des symboles les plus connus à l’échelle de la planète de la cité ocre, a été fortement endommagé. Mais la terre a été beaucoup plus clémente, du reste, avec lui qu’avec celle de la mosquée Kharbouch, dont l’ensemble de la toiture a, lui, été totalement anéanti. Sur les réseaux sociaux, les images témoignant de sa destruction ont suscité un vif émoi.


“Et avec la répétition des répliques, on n’a pas encore atteint le bout du tunnel”, insiste M. Jamal Aboulhouda. «Il faudra, à mon avis, encore une semaine à deux pour mesurer pleinement l’étendue des dégâts.» Loin de Marrakech, la Kasbah d’Agadir Oufella, fondée en 1540 et ayant déjà subi les affres du séisme en 1960, s’est de nouveau retrouvée «éventrée en plusieurs endroits suite à l’effondrement de plusieurs sections de ses remparts en pierre».

Composé du directeur du Patrimoine culturel, d’ingénieurs et de spécialistes, un jury d’experts a été déployé sur le terrain pour appréhender la tâche à venir. Il aura notamment pour mission d’évaluer les pertes, de lancer des études exhaustives et de dresser un bilan des dégâts. Et les premières estimations sont loin d’être rassurantes, puisqu’on nous signale qu’«entre 20 à 25 sur 48 des sites historiques marocains sont endommagés ». Ainsi, dans ce contexte alarmant, le directeur régional du bureau de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) pour le Maghreb Eric Falt, après une inspection minutieuse de la médina, nous a déclaré qu’«après une catastrophe comme celle-ci, le plus important est de préserver les vies humaines». «Mais il faut aussi prévoir immédiatement la deuxième phase, qui comprendra la reconstruction des écoles et des biens culturels affectés par le tremblement de terre,» poursuit-il.

Un appel à la solidarité
En dehors des monuments historiques, d’autres lieux culturels ont également été impactés. Il s’agit notamment du Musée du tissage et du tapis installé dans le somptueux Dar Si Saïd, une résidence palatiale du XIXe siècle sise au coeur de l’ancienne médina de Marrakech. L’établissement, qui abrite une riche collection d’objets d’art, notamment une vaste gamme de tapis précieux et d’ornements céramiques, a subi des dommages conséquents. Même topo du côté du Musée des confluences, au Palais Dar El Bacha, ainsi que celui du Patrimoine immatériel, où, il faut toutefois le saluer, la Fondation nationale des musées (FNM) a érigé, en un temps record, des échafaudages de consolidation provisoire.

Ainsi, l’institution présidée par Mehdi Qotbi s’est mobilisée, en coordination avec un bureau d’études spécialisé et une entreprise de construction, pour soutenir et sauvegarder le patrimoine historique et culturel. Et malgré les fissures marquant les édifices, la FNM nourrit l’espoir de préserver intactes les collections qui y résident. Actuellement, elle est, selon son communiqué officiel paru au lendemain du séisme, en plein effort de mobilisation pour permettre une réouverture sécurisée et sereine des musées à Marrakech.

À l’heure actuelle, de nombreux messages de solidarité parviennent de différents horizons, soulignant une unité internationale autour du patrimoine culturel marocain menacé. A titre d’exemple, la Fondation ALIPH et l’Académie des Beaux-Arts, à titre d’exemple, ont exprimé leur soutien, mettant en avant la valeur universelle de ce patrimoine. Ainsi, l’État marocain devra se mobiliser, en partenariat avec les fondations spécialisées, afin de garantir une reconstruction résiliente visant non seulement à restaurer les structures et les oeuvres endommagées, mais aussi à raviver l’énergie et la richesse immatérielle inhérentes à ces lieux.

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