Affaire Brahim Saâdoun : Marocain il est, marocain il reste!

Le jeune Marocain a été jeté en pâture autant par son pays d’origine que par son pays d’accueil qui l’a exploité outre mesure. Que se cache-t-il derrière l’histoire de Brahim Saâdoune? Beaucoup de zones d’ombre qu’il va falloir tirer au clair.

Quel triste et énigmatique sort que celui de Brahim Saâdoun, ce jeune étudiant marocain qui, après quatre ans de résidence en Ukraine, attend aujourd’hui, sans préavis, résigné et laissé-pour-compte, l’exécution de sa peine de mort! Il a été condamné, jeudi 9 juin 2022, à l’issue d’un procès éclair, par la Cour suprême de la République populaire autoproclamée de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, au même titre que Aiden Aslin et Shaun Pinner, deux Britanniques. On lui reproche d’avoir combattu aux côtés de l’armée ukrainienne en qualité de mercenaire.

Et pourtant, de l’aveu de son père, qui a servi de longues années durant dans les rangs de la Gendarmerie royale, au poste de commandement avancé à Agadir notamment, Brahim portait son uniforme au moment de son arrestation par les forces pro-russes. D’où le sentiment de confusion et d’étonnement qui s’est emparé de millions de Marocains et le tollé général qu’a provoqué cette condamnation, sur les réseaux sociaux comme dans la presse marocaine et internationale. Côté marocain, mardi 14 juin, près d’une semaine après le faux procès de M. Saâdoun, un communiqué laconique de l’agence officielle MAP relaye les propos de «sources diplomatiques» de l’ambassade du Maroc à Kiev, expliquant que le ressortissant marocain «enrôlé dans l’armée ukrainienne de sa propre volonté, se trouve actuellement emprisonné par une entité qui n’est reconnue ni par les Nations unies ni par le Maroc» et rappelant que Brahim Saâdoun est détenteur également de la nationalité ukrainienne.

C’est tout! Comme si ces informations étaient révélées pour la première fois! Mais quoi d’autre? Cette communication officielle, si on peut la qualifier ainsi, a laissé nombre de nos concitoyens sur leur faim. Comment l’État marocain a-t-il pu réagir de manière aussi timide, frileuse et timorée à une peine aussi dure et cruelle à l’encontre de ce jeune Marocain? Oui, il est Marocain et le restera jusqu’à preuve du contraire. Et le fait qu’il ait bénéficié de la nationalité ukrainienne ne lui ôte point le droit à être défendu en tant que tel par son pays d’origine. Et puis, c’est un adolescent.

Et à cet âge, il est notoire que l’on fait des erreurs de jugement et que l’on se hasarde à prendre des décisions irréfléchies. Ce n’est pas tout. Cette affaire traîne une casserole bruyante d’interrogations qui restent en suspens. Un jeune étudiant, parti en Ukraine à l’âge de 18 ans pour poursuivre ses études à l’institut des études aérospatiales de Kiev, se voit attribuer la nationalité ukrainienne à 19 ans et engager dans l’armée. C’est du nonsens. Dans tous les pays européens (de l’est comme de l’ouest), la nationalité s’acquiert après 5 ans de résidence, sans compter d’autres conditions strictes. Pourquoi fait-il l’exception?

Comment l’armée ukrainienne peut-elle engager un adolescent de 20 ans comme militaire à part entière sans qu’il ne remplisse les conditions requises? Dans sa vidéo d’adieu à ses parents, qui n’a pas manqué d’émouvoir les Marocains, Brahim dit avoir été recruté par l’armée ukrainienne pour servir d’interprète. Mais qu’avait-il à interpréter face au langage des mitraillettes et des missiles? Bref, le jeune Marocain a été jeté en pâture autant par son pays d’origine que par son pays d’accueil, qui l’a exploité outre mesure.

Que se cache-t-il derrière l’histoire de Brahim Saâdoune? Beaucoup de zones d’ombre qu’il va falloir tirer au clair. A peine entrevoit-on une lueur d’espoir qu’un haut responsable russe en rajoute à la brouille qui caractérise ce qu’on devrait désormais appeler l’Affaire Saâdoun. Cité par The Moscow Times, Viatcheslav Volodine, président de la Douma de la Fédération de Russie, a déclaré, jeudi 16 juin 2022, que «la peine de mort est le châtiment que les combattants condamnés à mort dans le Donetsk, ces fascistes, méritent».

La Russie est, certes, l’une des plus grandes puissances militaires et nucléaires au monde. Mais les relations internationales se nouent et se consolident sur la base d’un respect mutuel des intérêts et des citoyens des deux pays. Le Maroc se doit de tendre la main à ce Marocain, indépendamment de sa nouvelle nationalité acquise.