NOUVEAU PREMIER MINISTRE FRANÇAIS

Attal, un Macron bis à Matignon?

En bombardant son tout jeune ministre de l’Éducation nationale premier ministre, le président français a-t-il en fait désigné son propre double?


Pour Emmanuel Macron, ce ne pouvait, au final, être que lui. Depuis ce 9 janvier 2024, Gabriel Attal est premier ministre de la France. Une nomination qui, aussi bien dans la presse hexagonale qu’internationale, a notamment fait réagir sur deux points: le fait que le tout nouveau locataire de l’hôtel Matignon -siège de la primature française- n’ait que 34 ans, ce qui en fait le plus le jeune homme politique à avoir le poste dans l’histoire de la Ve République -le précédent recordman était Laurent Fabius, investi en juillet 1984 à 39 ans seulement-, et aussi qu’Attaln soit ouvertement gay, là aussi une première dans les annales de la France.

Deux cases qui, pour le symbole, étaient sans doute importantes à cocher pour Macron, mais il y en a une troisième qui lui tenait assurément aussi à coeur, si ce n’est en priorité: que ce soit un Macron bis qui succède à Elisabeth Borne, qui n’aura donc pas tenu plus de vingt mois en tant que première ministre. Car à bien des égards, les deux hommes se ressemblent et représentent un courant centriste que ses détracteurs taxeraient d’aseptisé, dans la mesure où il s’adapte à la conjoncture du moment davantage qu’il ne défend une idéologie de fond sur la durée (le fameux “en même temps”, slogan par excellence de la Macronie).

Macron et Attal partagent d’ailleurs pratiquement le même parcours: tous deux viennent du Parti socialiste (PS) (Attal y a été néanmoins davantage encarté, pendant une dizaine d’années contre seulement trois pour Macron), et tous deux aussi sont arrivés, à des périodes peu avancées de leur vie, à occuper les plus hautes fonctions dans leur pays, avec certes encore un avantage pour Macron, qui a pris les commandes de la magistrature suprême à 39 ans seulement -mais avec des présidentielles prévues dans deux ans seulement, Attal a encore largement le temps de battre un autre record.


Et comme Macron, Attal a donc su faire une mue que certains considéreraient comme pertinente, d’autres comme opportuniste, en se positionnant de plus en plus à droite à mesure qu’il montait en grade: de sa famille politique originelle de gauche, il est ainsi le ministre de l’Éducation nationale qui, le 27 août 2023, faisait interdire l’abaya à l’école, une décision validée par la suite par le Conseil d’État.

En somme, ce n’est pas une surprise que dès son premier mandat de président, Macron ait adoubé Attal, en faisant de lui le porte-parole de son parti, La République en marche (LREM, rebaptisé Renaissance en septembre 2022), avant de le propulser dans l’Exécutif avec différents mandats ministériels pris en main à partir d’octobre 2018 (secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale puis du premier ministre, cumulé avec un poste de porte-parole du gouvernement, puis ministre délégué chargé des Comptes publics avant de se voir confier, le 20 juillet 2023, le portefeuille de l’Éducation nationale).

Ancienne puissance coloniale
Une seule question doit se poser actuellement du côté du Maroc: Attal aurait-il les mêmes sentiments anti-marocains que le secrétaire général de Renaissance et président du groupe Renew Europe au Parlement européen, Stéphane Séjourné, qui n’est autre que son désormais ex-compagnon? Il faut dire qu’au sein de la principale institution législative du Vieux Continent, Séjourné a été à la baguette de la plupart des motions qui ont voulu salir la réputation du Royaume auprès de Bruxelles, notamment celle de sa soi-disant ingérence qui, valeur aujourd’hui, n’a jamais encore été étayée.

Si c’est bien évidemment Macron qui, en tant que président, a le fin mot en matière de diplomatie, le fait d’avoir un premier ministre pas franchement motivé à l’idée d’arranger les choses avec Rabat ne serait certainement pas de très bon augure pour les relations avec l’ancienne puissance coloniale. En attendant d’en avoir le coeur net, mieux vaut pour l’instant laisser le temps au temps, un facteur qu’Attal semble particulièrement bien maîtriser au regard de son ascension éclair.

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