Chronique de Driss El Fahli : Les zinzins de l'extrême droite

Si partout le populisme et les nationalismes extrêmes gagnent du terrain, c’est que les partis traditionnels n’ont pas de projet de société qui rassure les populations.


Le ridicule ne tue plus. Au contraire, il peut propulser aux cimes des pouvoirs. C’est ce qui arrive en Argentine. La tronçonneuse, supposée objet fétiche de résolution des problèmes du pays, brandie par Javier Milei durant sa campagne et ses proclamations controversées lui ont offert la présidence de l’Argentine. Parmi ses déclarations excentriques, on trouve quelques perles rares dans l’histoire des campagnes électorales: “L’État est un pédophile dans une école maternelle avec des enfants enchaînés et enduits de vaseline”. Une déclaration qui a suscité une vive polémique. Milei s’en fout de la polémique. Plus il y en a, plus c’est bon pour son score.

Il explique que cette image vaselinée traduit sa vision de l’État: une institution qui viole les libertés individuelles. Autre déclaration: “Entre la mafia et l’État, je préfère la mafia. La mafia a des codes. Elle tient ses engagements. Elle ne ment pas et elle est compétitive.” Très critiquée sur cette allégation, Milei affirme que “la mafia est moins corruptible que l’État”. Le nouveau président propose aux Argentins de vendre leurs organes s’ils ont besoin d’argent. C’est une question de liberté individuelle, se défend-t-il. Ce qui pousse à penser que pour une vie de misère en Argentine, un seul rein est largement suffisant. Concernant les femmes, Milei veut supprimer le ministère de la Femme. Un ministère inutile et coûteux. Les femmes ne sont pas des victimes, dit-t-il. Elles sont adultes et responsables de ce qui leur arrive. Une déclaration jugée sexiste par les féministes. La victoire de Milei est une victoire pour les antisystèmes. Le message de Milei, en mettant l’accent sur la rupture avec les partis traditionnels et l’élite politique du pays, gagne le soutien de la jeunesse et des personnes déçues par les magouilles des tenants traditionnels du pouvoir.


Milei a suscité l’intérêt des Argentins par son admiration de Donald Trump et Jair Bolsonaro et par ses idées libertaires de droite issues de la mouvance paléolibertarienne américaine. Il promet de réduire les impôts, de privatiser les entreprises publiques, de libéraliser l’économie et d’adopter le dollar américain comme monnaie locale. Le nouveau président, lui-même économiste, incarne le populisme de droite vu par Murray Rothbard, un économiste et philosophe américain père du “libertarianisme moderne” et théoricien du populisme de droite. Un populisme qui prône une réduction draconienne de l’État au point de le rendre inutile, une plus grande liberté économique et une défense des valeurs traditionnelles. Pour les tenants de cette idéologie, la démocratie à l’ancienne est une arnaque des États.

La seule vraie démocratie est celle qui émane du peuple qui doit voter chaque décision politique. Des idées reprises par plusieurs partis dans le monde tel que le parti Vox notre voisin et cor au pied espagnol, le Tea Party aux États-Unis et celui islamophobe de Geert Wilders qui vient de remporter contre toute attentes les élections législatives au Pays-Bas. Ce dernier prône entre autres de fermer le pays aux Musulmans, de sortir de l’Union européenne, de jeter les accords climatiques à la poubelle et de cesser toute aide à l’Ukraine. Le “péril brun” va piano, va sano et va lontano. Si partout le populisme et les nationalismes extrêmes gagnent du terrain, c’est que les partis traditionnels n’ont pas de projet de société qui rassure les populations. La phobie de l’autre, le déclassement des classes moyennes, la peur de l’avenir et la cherté de la vie sont autant de facteurs qui tirent vers les théories zinzines de l’extrême droite.

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