Zakaria Garti : "Il n’existe aucune alternative aux sorties à l'international"


Le ratio dette/PIB devrait arriver à plus de 80% en 2023, quels dangers peut avoir un tel niveau d’endettement sur l’économie ?
Il faut mettre les choses dans un contexte international. La dette de tous les États du monde a augmenté après le choc de la pandémie du covid-19. Le soutien aux populations et aux entreprises, obligatoire au vu de l’arrêt de l’activité économique, avec son lot de prêts subventionnés et d’aides directes, ont creusé les déficits, et donc l’endettement. A part certains pays qui ont réussi à revenir à un niveau antérieur à 2020 (comme le Canada) grâce à l’exportation de leurs ressources naturelles, presque aucune économie n’a pu inverser la courbe.

Concernant le Maroc, il faut garder en tête que le danger de l’endettement est principalement lié à deux facteurs: la monnaie par laquelle celle-ci est libellée, ainsi que la nature des créanciers. Les deux tiers de la dette marocaine sont libellés en dirhams contre seulement un tiers en devises étrangères, ce qui est extrêmement sécurisant. Pour ce qui est des bailleurs, les principaux partenaires sont des institutions internationales, qui fonctionnent sur un mode de cautions et de garantie, et surtout avec des taux fixes. C’est une dette multilatérale, et une assurance pour le Maroc.


On dit souvent qu’en théorie, l’inflation fait baisser ce ratio. Or, on assiste au contraire, pourquoi ?
C’est un réflexe de partir de ce postulat. Car qui dit inflation, dit augmentation des prix, et avec une demande soutenue vient une évolution automatique du PIB, ce qui fait baisser le ratio. Or c’est là que le bât blesse. La demande intérieure s’est contractée de 1,7% au quatrième trimestre 2022 selon le Haut-commissariat au Plan (HCP). Cette demande a contribué négativement à la croissance économique de 1,9 point. Il faut savoir qu’après la seconde guerre mondiale, l’inflation était énorme car les pays étaient en voie de reconstruction.

Néanmoins, les salaires étaient indexés sur cette inflation et donc la demande permettait de soutenir la croissance, ce qui faisait que l’endettement, qui était également en hausse de manière nominale, n’avait pas beaucoup d’effet sur le ratio. Sauf qu’avec la théorie monétariste, selon laquelle la banque centrale avait pour seul but de contenir l’inflation, au risque de casser la croissance, l’on assiste à un nouveau paradigme qui rend caduc un tel raisonnement.

Le Maroc est souvent acculé à faire des sorties à l’international pour financer certains investissements publics. Y a - t - il une alternative aux marchés internationaux ?
Disons-le clairement. Non. Il faut savoir que c’est extrêmement important pour la crédibilité de nos économies que nous réussissions ces sorties. Elles démontrent que les investisseurs ont confiance. Rappelons que tout investisseur étranger, même privé, a pour principal facteur les notations de la dette souveraine d’un Etat avant d’y investir. Celà renvoie non seulement à la performance économique, mais également à une stabilité politique, sociale, et aussi à une capacité du pays, et de ses opérateurs privés et publics, à résister aux chocs externes.

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