Zakaria Abouddahab: "Le gouvernement fédéral allemand a multiplié les gestes hostiles envers le Maroc et son intégrité territoriale"

Questions à Zakaria Abouddahab, professeur des relations internationales à l’université Mohamed V de Rabat

Comment interprétez-vous la décision de l’Etat marocain de suspendre tout contact avec l’ambassade d’Allemagne à Rabat?
Il s’agit, à mon avis, d’un avertissement ou d’un rappel à l’ordre adressé par le Maroc aux autorités allemandes. On n’est pas encore dans la configuration de la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Concrètement, l’administration marocaine est invitée par la lettre signée par le ministre des affaires étrangères à suspendre tout contact avec l’ambassade allemande à Rabat mais aussi avec toutes les fondations allemandes présentes au Maroc.

Quelles sont ces fondations?
Elles sont au nombre de cinq, dont quatre ont un réseau développé au Maroc. Chaque fondation possède un représentant résident dans le Royaume. Il s’agit, en premier lieu, de la fondation Konrad Adenauer, qui est installée à Rabat depuis 1982. Elle travaille sur la promotion de la démocratie et de l’État de droit, l’économie sociale et le dialogue interculturel à travers plusieurs projets menés en partenariat avec le secteur public, le secteur privé et la société civile.

En deuxième lieu, on trouve la fondation Friedrich Ebert, associée au SPD, le Parti social démocrate allemand. Installée à Rabat depuis 1984, elle oeuvre également pour la promotion et l’enracinement de la démocratie, la consolidation de l’État de droit par la formation et l’éducation civique. On peut citer aussi la fondation Friedrich Naumann et la fondation Hanns Seidel.

Y a-t-il d’autres institutions allemandes avec lesquelles le Maroc a suspendu ses contacts?
Outre les fondations citées, le Maroc a coupé ses contacts avec la GIZ, ou ce qu’on appelle la coopération technique allemande. C’est une agence publique qui travaille pour le compte de l’État fédéral allemand. Elle est installée à Rabat depuis 1999, mais elle opère au Maroc depuis 1975. Elle est impliquée dans de nombreux projets importants, notamment dans le domaine de l’environnement et les énergies renouvelables.

Pensez-vous que cette suspension de contact avec l’ambassade allemande touche d’une manière directe le gouvernement fédéral allemand?
Oui, bien évidemment. La preuve en est la convocation par le ministère allemand des affaires étrangères de l’ambassadrice marocaine à Berlin, Zohour Alaoui. Une invitation par laquelle la diplomatie allemande souhaite apaiser les tensions diplomatiques entre les deux pays. Ceci dit, je ne crois pas à une rupture des relations diplomatiques entre les deux pays compte tenu des intérêts stratégiques bilatéraux.

Quelles sont, selon vous, les raisons principales qui ont motivé la décision marocaine?
Je pense que le gouvernement fédéral allemand a multiplié, ces derniers temps, les gestes inamicaux, pour ne pas dire hostiles, envers le Maroc. Le plus important d’entre eux concerne, à mon avis, la question du Sahara. Au lendemain de la reconnaissance américaine de notre pleine souveraineté sur le Sahara, l’Allemagne, qui présidait le Conseil de sécurité, avait appelé à une réunion d’urgence de ce conseil pour examiner la décision américaine.

Un geste qui, il faut le dire, a clairement vexé le Maroc. Sur la même question, il y a eu le drapeau du Polisario hissé sur le bâtiment du parlement régional de la ville allemande de Brême. D’autres faits ont irrité le Maroc. Comme, par exemple, le fait que l'Allemagne ne l'ait pas invité à un sommet sur la crise libyenne qui a eu lieu à Berlin en janvier 2020. Et ce alors que le Royaume est l’un des pays les plus impliqués dans cette crise libyenne en abritant les accords de Skhirat.