Youness Miloudi: "La jeunesse iranienne se fait sa propre révolution silencieuse"

Entretien avec Youness Miloudi, photographe.

Le photographe Youness Miloudi se confie usr solo show «PerseFornia», présenté à la galerie parisienne Nouchine Pahlevan, du 2 au 21 novembre 2021, dont le commissariat a été confié à la curatrice Fouzia Marouf. Youness Miloudi participera à un group show à New-York en 2022.

Comment êtes-vous venu à la photographie?
J’ai toujours été attiré par l’image dans sa globalité. En fait, je souhaitais entamer des études cinématographiques, la vie m’a mené vers d’autres horizons. Après l’obtention de mon baccalauréat, arrivé en France, j’ai suivi des études en ingénierie. En parallèle, j’ai multiplié de petits jobs pour m’offrir mon premier appareil photo. Au début, ma pratique photographique était plus large.

Je m’intéressais à de nombreux aspects, de l’évènementiel à la photo de studio en passant par des collaborations avec des artistes de différentes disciplines. Puis, je me suis orienté vers une photographie de témoignages, ancrée et tournée vers l’autre. En 2013, j’ai décidé de prendre du temps et de partir sur les routes du monde afin de me confronter à une pratique moins facile et réaliser ainsi des reportages autour d’une diversité de sujets de société, témoignant ainsi de notre époque. Aujourd’hui, ma pratique ne cesse d’évoluer, inscrite entre photojournalisme et reportage avec une approche documentaire et intimiste.

Parlez-nous de la genèse de la série de portraits documentaire «PerseFornia», réalisée à Téhéran.
Tout a commencé par une rencontre avec un jeune couple iranien, une rencontre tellement forte que j’ai décidé de répondre à leur invitation. Quelques semaines plus tard, j’ai mis le cap sur Téhéran. Ce premier voyage à Téhéran m’a fait réaliser à quel point on est influençable par l’actualité sur l’Iran. J’avoue ne pas y avoir échappé du fait de mon ignorance, car je ne connaissais pas grand-chose de ce pays.

De plus, à Téhéran, j’étais surpris du matin au soir, d’autant que l’accueil des Iraniens est d’une rare sincérité. J’ai entamé un travail documentaire au long cours en suivant une partie de cette jeunesse au quotidien: raconter un autre visage de l’Iran, témoigner au sujet de cette société en pleine mutation avec une jeunesse décomplexée, surprenante et créative, qui adopte un mode de vie alternatif de plus en plus assumé, composant dès lors avec les lois de la République islamique.

A-t-il été difficile d’approcher et de photographier cette jeunesse rock et décomplexée?
Lors de mon premier voyage, je n’ai pas pris de photo, sans doute parce que j’étais dérouté: je ne me sentais pas légitime. Je voulais prendre le temps de comprendre avant de raconter l’Iran. De retour, j’ai sillonné une vaste partie du pays afin d’apprendre davantage sur cette culture, avant d’entamer un sujet plus intimiste sur la jeunesse iranienne, en particulier celle de Téhéran.

Arrêter les gens dans la rue n’est pas aisé, mais en expliquant mon projet, le processus se faisait naturellement. La photographie est aussi une ouverture sur le monde, un moyen d’aller vers autrui, les Iraniens sont faciles d’accès, curieux de voir des baroudeurs. Durant plusieurs mois, je suis allé à la rencontre de cette jeunesse underground, afin de documenter son quotidien. Dans un pays où la société est asphyxiée par les sanctions économiques, la jeunesse se fait sa propre révolution silencieuse, s’exprimant à travers l’art et la culture, bravant au quotidien les interdits.

Comment est née votre collaboration avec la galerie Nouchine Pahlavan à Paris?
Encore une fois, c’est une question de rencontre et de sensibilités. La commissaire d’exposition, Fouzia Marouf, m’a invité à y présenter la série «PerseFornia» pour la première fois au sein de cette jeune galerie, axée sur les arts de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient.

De nouvelles expositions en perspective au Maroc, où vos précédentes séries ont eu un vif succès?
Je suis très attaché au Maroc et ce n’est pas l’envie d’y faire des projets qui me manque, mais tout est question de temps et d’opportunité. De plus, ma rencontre avec le couple iranien, qui a vu naître ce projet, s’est passée durant la COP22 à Marrakech, en 2016.