Younes Boumehdi : "Le rap marocain et la musique urbaine connaissent un succès croissant à l'étranger"


Le rap marocain doit son essor d’aujourd’hui, sinon sa genèse, à l’ancienne génération. Les Marocains, jeunes et moins jeunes, se souviennent toujours des titres underground de Don Bigg, Muslim, ou encore des groupes comme H-Kayne et Casa-Crew. Par ailleurs, la nouvelle génération fait preuve, depuis quelques années maintenant, d’une forme de domination de la scène raphiphop, que ce soit dans la radio, les plateformes de streaming musical ou dans les festivals marocains ou étrangers, et ce par rapport à l’ancienne génération dont plusieurs rappeurs s’affichent de moins en moins ou ont complètement disparu des radars.

Comment la «nouvelle génération» des rappeurs a-t-elle pu, selon vous, se démarquer autant de l’ancienne, celles des «pères fondateurs» du rap marocain ?
Tout d’abord les «pères fondateurs» du rap marocain continuent d’influencer beaucoup de rappeurs de la nouvelle génération. Il est tout de même vrai que la nouvelle génération a grandi dans un environnement différent. Une ère de mondialisation culturelle et d’accès facile à la technologie, ce qui leur a permis de s’inspirer de plein de différents styles musicaux et de différentes cultures. La nouvelle génération a un accès plus facile aux outils de production, ce qui leur permet de créer et de diffuser leur musique de manière rapide et autonome. Elle a su s’adapter à son environnement et créer un style de musique qui lui est propre. Et le public adore !

Le rap marocain et la musique urbaine s’exportent désormais assez bien à l’étranger. Pourraient-ils faire mieux ?
Oui, le rap marocain et la musique urbaine connaissent un succès croissant à l’étranger, spectaculaire parfois (et pas uniquement auprès de notre diaspora!), mais il y a encore de la place pour une plus grande exposition à l’international ! Il faudrait davantage accompagner nos artistes pour encore améliorer leur présence sur la scène étrangère. La relance du Momex (initiative d’aide à l’export de la musique marocaine portée par la Fondation Hiba, la Fondation OCP et le Ministère de la Culture) serait une bonne chose. Permettre à des artistes marocains de s’exporter davantage, en plus de générer des revenus à l’écosystème, c’est permettre au Maroc de faire découvrir sa musique et sa culture à un public toujours plus large à travers le monde.


En tant qu’acteur de premier plan dans le secteur de la radio, comment approchez- vous cette montée en puissance des jeunes rappeurs, soucieux d’être vus et écoutés partout ?
Les médias, radio en tête, ont un rôle important à jouer pour accompagner la montée en puissance des artistes et leur permettre d’être vus et écoutés partout. A HIT RADIO on suit de près l’évolution de la scène musicale. On est fier d’exposer autant de hits marocains. On est fier du succès des artistes marocains. On est aussi très attentifs aux nouveaux talents émergents. Les artistes que la radio diffuse réclament une forte visibilité, c’est ce qu’on essaye de leur offrir en les diffusant largement et en développant notre présence sur le digital. La musique marocaine est ainsi accessible à un public international.

Depuis près de 3 ans maintenant, Visa For Music a mis en avant de nouvelles icônes de la scène rap via ses showcases et ses concerts. Avez-vous d’autres projets en lien avec d’autres rappeurs ?
Du 22 au 25 novembre prochain aura lieu la 10ème édition de Visa For Music (VFM), une plateforme importante pour la promotion de la musique marocaine et africaine en général. Au-delà du rap, VFM met également en avant d’autres genres musicaux (musique traditionnelle, jazz, musique électronique...). Visa For Music organise des showcases, des concerts et des conférences pour les professionnels de l’industrie musicale et les artistes. L’évènement offre une occasion unique de rencontrer des acteurs clés de l’industrie musicale internationale et de présenter leur travail à un public plus large. Je suis heureux que HIT RADIO accompagne ce maillon utile pour l’industrie musicale depuis son lancement. La radio continuera à soutenir les initiatives visant la structuration du secteur et à promouvoir les talents marocains.

Comment trouvez-vous le niveau actuel d’accompagnement et d’implication de l’Etat dans l’industrie du rap au Maroc ? Et quel rôle devrait-il jouer à présent et à l’avenir ?
Le Maroc a connu une croissance rapide de l’industrie musicale ces dernières années, notamment de la musique urbaine. On ne peut pas nier que l’Etat a commencé à voir l’importance de ce secteur. Il a pris certaines mesures pour le soutenir mais il y a encore du travail à faire pour encore mieux l’accompagner. Par exemple, les artistes ont besoin d’un accès facilité à des infrastructures professionnelles de qualité (espaces de répétition, studios d’enregistrement, salles de spectacle, équipements audiovisuels, etc.).

Ils ont également besoin d’un environnement propice, notamment réglementaire avec un bureau marocain du droit d’auteur dynamique, et d’être accompagné pour une montée en compétences. Le talent est là. Notre pays a su se mobiliser pour permettre au Maroc d’atteindre des sommets dans le foot, pourquoi pas essayer pour notre culture?.

Articles similaires