Yassine Yachou : "Tremdina peut être expliquée par la neuro-biologie"


Pour certains, Ramadan est une période propice à l’épanouissement spirituel et physique. Cependant, d’autres peuvent éprouver de l’irritation, de la fatigue, voire même des comportements agressifs, communément appelés Tremdina. Le Pr. Yassine Yachou nous explique ce phénomène.

Pourriez-vous expliquer comment le jeûne pendant le Ramadan affecte le corps d’un point de vue neurobiologique ?
Le Ramadan est associé à des bienfaits psychiques incroyables qui contribuent à l’épanouissement personnel et spirituel que la neurobiologie peux expliquer. En effet, le jeûne pendant le Ramadan entraîne une diminution d’énergie dans le corps, en particulier une diminution du glucose sanguin qui provoque un état de stress métabolique énergétique dans l’organisme. Le corps utilise alors un système de priorités pour distribuer l’énergie disponible aux organes les plus importants en premier, comme le muscle cardiaque et le cerveau. Les fonctions non essentielles sont réduites pour économiser de l’énergie.

Comment le cerveau gère-t-il la hiérarchie de priorités pendant le Ramadan ?
Dans le cerveau, il existe une hiérarchie de priorités basée sur l’importance des fonctions pour la survie de l’organisme. Certaines fonctions sont plus vitales que d’autres et ont donc une priorité énergétique plus élevée. Le cerveau réduit l’activité des régions cérébrales non essentielles pour maintenir les fonctions vitales, telles que la respiration, la circulation sanguine, la digestion et la régulation de la température corporelle. Ainsi ce qu’on appelle « Tremdina » peut être expliquée comme l’une des manières dont le cerveau parvient à réduire l’énergie utilisée en utilisant la douleur musculaire ou bien la fatigue (myasthénie) pour inciter les muscles à se reposer et à économiser de l’énergie.


Quelle partie du notre cerveau responsable sur le comportement de « Tramdina»?
Notre comportement peut être divisé en deux systèmes : le système préfrontal et le système amygdalien. Le système préfrontal est associé à notre cognition, tandis que le système amygdalien est associé à nos émotions et impulsions instinctives. les systèmes préfrontal et amygdalien travaillent ensemble pour produire notre comportement, mais peuvent entrer en conflit dans certaines situations. Ce conflit interne est souvent décrit comme des «têtes qui disent des choses différentes». Cependant, c’est en réalité le résultat de l’interaction entre ces deux systèmes, où le système amygdalien peut produire une réponse émotionnelle forte et impulsif tandis que le système préfrontal essaie de prendre une décision rationnelle et réfléchie. En absence de stimulation cognitive et morale, en cas de stress notre cerveau a tendance à réagir par le système amygdalien, mais avec un contexte cognitif et spirituel notre préfrontale inhibe ce système agressif primitif.

Comment le contexte spirituel peut-il affecter le fonctionnement du cerveau pendant le Ramadan ?
Le contexte spirituel peut renforcer les connexions neuronales dans le cortex préfrontal, responsable de la prise de décision, de la régulation émotionnelle et de la résolution de problèmes. En stimulant ce système, le contexte spirituel peut aider à réduire l’impact négatif du stress métabolique sur le cerveau et à améliorer la capacité de l’individu à gérer ses émotions et ses comportements.

Comment le jeûne peut-il affecter la santé mentale des personnes qui le pratiquent pendant le Ramadan?
Il permet de mieux contrôler notre comportement en renforçant notre système cognitif (le préfrontal) sur notre système de désir animal et instinctif (l’amygdale). Bien que le jeune puisse entraîner une diminution d’énergie et une activation des amygdales, causant potentiellement de l’agressivité et du stress métabolique, un contexte spirituel peut stimuler le préfrontal et améliorer le contrôle sur nos impulsions. En pratiquant le ramadan de manière consciente et en étant conscient de ces effets sur notre cerveau et notre comportement, nous pouvons renforcer notre préfrontal pour devenir plus résilients face au stress.

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