Yanja Khattat: "Dakhla est en passe de devenir un hub économique tourné vers l'Afrique"

Entretien avec Yanja Khattat, président du Conseil de la région Dakhla-Oued Eddahab

Elu sous les couleurs du Parti de l’Istiqlal, Yanja Khattat est confiant quant à l’avenir de la région qu’il préside depuis 2015. Il vient de signer un contratprogramme avec l’Etat pour accélérer la réalisation de nouveaux projets de développement.

Malgré la crise du Covid-19, la ville de Dakhla connaît une dynamique enviée par le reste des villes marocaines. Comment expliquez- vous cela?
Il y a deux volets importants à relever et qui peuvent expliquer la dynamique actuelle de la ville, voire de toute la région Dakhla-Oued Eddahab. D’abord, il y a les victoires diplomatiques engrangées par notre pays et la multiplication du nombre de représentations consulaires dans la ville. Cette activité a donné une visibilité à la ville. Cette dernière, et c’est cela le deuxième volet, dispose d’atouts touristiques énormes et d’un potentiel de développement inégalé.

Il ne faut pas oublier que la ville est la porte du Maroc sur l’Afrique, elle est située à proximité des Îles Canaries espagnoles et elle est ouverte sur les Amériques de par sa face maritime. C’est l’une des principales stations de sports nautiques dans le monde, particulièrement le kitesurf. Malheureusement, par le passé, ce potentiel n’a pas été exploité comme il se devait.

Mais il y a le nouveau modèle de développement des provinces du Sud lancé il y a quelques années…
Effectivement, c’est en 2015 que le nouveau modèle de développement pour les provinces du sud a été lancé par S.M. le Roi. Dans ce cadre, plusieurs projets structurants ont été programmés, notamment le port de Dakhla Atlantique, dont les travaux de sa réalisation seront lancés incessamment. Pour un coût de 10 milliards de dirhams, ce complexe portuaire, avec une zone logistique de 1.000 hectares, occupera la même place que Tanger Med pour le Nord du pays.

Il facilitera le commerce, principalement avec l’Afrique et l’Amérique. Il y a aussi les zones logistiques de Garagarat et Bir Guendouz, que le Conseil de la région a lancé dans le cadre du PDR (Plan de développement régional), sans parler de la voie express reliant Tiznit à Laâyoune et l’élargissement des tronçons de cette route nationale liant cette dernière à Dakhla d’un coût de 8,5 milliards de dirhams ou le réseau des routes rurales réalisé par ce Conseil... Autrement dit, nous dotons la ville et sa région de l’infrastructure nécessaire à même de faciliter et d’attirer les investissements.

Quel genre d’investissements espérez-vous avoir?
Il y a plusieurs structures industrielles et agricoles qui sont déjà opérationnelles. Pour l’agriculture, nous avons deux avantages essentiels: la précocité et le taux de rendement. Pour le premier point, nos produits sont mûrs et prêts à être cueillis un mois en avance par rapport à Agadir et deux mois par rapport à l’Espagne et au Portugal. Nous sommes donc sur le marché avant eux. Quant au taux de rendement, il est pratiquement de 150% de plus par rapport à des régions comme celle d’Agadir.

La tomate cerise et le melon de Dakhla sont maintenant reconnus pour leur qualité dans le monde entier. Pour valoriser davantage nos produits agricoles, le Conseil de la région a lancé les travaux d’une station de conditionnement des fruits et légumes à Dakhla. En même temps, les travaux de réalisation de la station de dessalement de l’eau de mer, qui sera destinée essentiellement à l’irrigation de 5.000 hectares, seront lancés prochainement.

Cela nous permettra de faire face à la rareté de l’eau dans la région. La zone industrielle est aujourd’hui en phase de réaménagement dans le cadre d’une convention de partenariat du Conseil régional avec le ministère de l’Industrie, sans parler des projets liés à la valorisation des produits de la mer et de l’aquaculture. Nous avons aussi une trentaine de lieux d’hébergement pour les touristes et on compte sur les nouveaux hôtels et campings qui sont en cours de réalisation pour augmenter la capacité litière de la région…

Pour répondre aux besoins d’une destination touristique comme la ville de Dakhla, le PDR a programmé une polyclinique internationale, aux normes les plus strictes à l’échelle mondiale, et dont les travaux de construction avancent, pour un coût de 120 millions de dirhams.

Quel impact sur la vie de la population?
Il va sans dire qu’entre un passé récent, une dizaine d’années si vous voulez, et aujourd’hui, la région s’est métamorphosée. Le projet d’habitat de 1.500 logements lancé dans le cadre du PDR est un modèle du genre qui permettra de fournir un logement décent aux familles nécessiteuses, avec un cadre de vie meilleur. La population sent la différence. Il y a aussi une réduction assez remarquable du taux de chômage grâce aux projets qui ont été lancés. Le niveau de vie est valable et je peux vous dire qu’une fois les grands projets structurants livrés (port, zones logistiques…) la région sera une plateforme économique importante. Elle est en passe de devenir un hub tourné vers l’Afrique. Cela participe au développement du pays et plus spécifiquement des provinces du Sud.

La fermeture, il y a quelques semaines, du poste frontière de Gargarat par les milices du Polisario a-t-il eu un impact sur la région?
Bien sûr. La région est une zone de passage. Ce ne sont pas moins de 300 camions de marchandises qui passent par Gargagart chaque jour, en temps normal. Les périodes des fêtes, cela peut atteindre les 400 ou plus. Cet acte de banditisme a eu surtout un impact sur les pays destinataires, notamment la Mauritanie et le Sénégal.

Je vous donne un exemple: en temps normal, la tomate marocaine est vendue à Nouakchott ou à Dakar un dirham de plus que son prix à Agadir, à peine de quoi couvrir les charges de transport. Pendant les jours où le passage a été bloqué, la tomate a atteint dans ces deux villes les 25 à 30 dirhams le kilo, le prix a donc été multiplié par 5 ou 6. Résultat, d’après les échos que nous avons au niveau du Conseil de la région, la population de ces deux pays est remontée contre les séparatistes du Polisario. Mais la propagande séparatiste parle de situation catastrophique à l’intérieur de la région de Dakhla-Oued Eddahab, avec des grèves et des manifestations quotidiennes…

Comme vous, je lis cela dans la presse algérienne ou les annonces des séparatistes, mais nous ne voyons rien sur le terrain. Pour moi, le dossier du Sahara est clos. L’affaire est passée par plusieurs étapes: d’abord la récupération des provinces du Sud par le Royaume et le renforcement de la sécurité dans la région. Ensuite, il y a eu le travail diplomatique au niveau de la communauté internationale.

Enfin, avec le modèle de développement des provinces du Sud, c’est pratiquement le coup de grâce pour les séparatistes. C’est par le développement des villes et villages du Sahara que la population locale ne sera plus alléchée par la propagande. Seule issue pour les séparatistes: rentrer au pays, le Maroc. Il n’y a qu’à voir le sort de Brahim Ghali, entré sous une fausse identité en Espagne, pour se rendre à l’évidence.

Entre le Conseil de la région et les autorités centrales, comment sont les relations? Je peux vous dire qu’il n’y a aucun problème à soulever. Il y a le modèle de développement lancé et suivi par S.M. le Roi. Sur ce volet-là, nous sommes tous mobilisés, élus locaux et départements ministériels. Il y a le PDR et pour cela nous venons de signer, en ce mois de mai 2021, un contrat programme avec l’Etat. Cela nous permet de contractualiser les divers projets que nous comptons lancer. On compte maintenant sur l’arrivée du secteur privé pour développer davantage la région.