Warning du FMI sur l'insolvabilité des entreprises

CIBLER LES ENTREPRISES VIABLES

En accumulant des pertes et en empruntant pour poursuivre leur activité, les entreprises risquent de devenir insolvables, car leurs dettes dépasseront largement leur capacité de remboursement.

Les conclusions d’une nouvelle étude du Fonds monétaire international (FMI) concernant la solvabilité des entreprises sont préoccupantes. Il en ressort, notamment, que du fait de la pandémie, la part des petites et moyennes entreprises insolvables devrait passer de 10 à 16% en 2021 dans les pays objet de l’étude. Face à la crise Covid-19, la majorité des pays ont instauré des mesures de soutien aux entreprises.

L’abondance de liquidités octroyées sous forme de prêts, de garanties de crédits et de moratoires sur les dettes a protégé de nombreuses PME du risque immédiat de faillite. Mais cette aide ne saurait être le remède aux problèmes de solvabilité. En accumulant des pertes et en empruntant pour poursuivre leur activité, les entreprises risquent de devenir insolvables, car leurs dettes dépasseront largement leur capacité de remboursement.

Selon ces experts, être dans l’incapacité d’honorer les obligations financières immédiates, signifie aussi qu’il faut continuer à octroyer des liquidités à ces structures. Les répercussions sur les banques inquiètent également. L’insolvabilité des PME entraînerait des pertes considérables, épuisant ainsi leurs fonds propres.

Injection des capitaux
Pour le FMI, les pays disposant d’un espace budgétaire suffisant et de mécanismes de transparence et de responsabilisation efficaces pourraient envisager d’injecter des quasi-fonds propres dans les petites et moyennes entreprises. Par exemple, accorder des «prêts avec participation aux bénéfices », dont le remboursement pourrait être partiellement indexé sur les gains de l’entreprise.

Mais là aussi, il est très difficile de cibler les bonnes entreprises, c’est-à-dire celles qui sont insolvables en raison de la pandémie mais qui ont un modèle économique viable. C’est pourquoi les pouvoirs publics pourraient envisager de subordonner leur aide à l’injection de capitaux par des investisseurs privés (comme les banques), ce qui permettrait au marché de jouer un rôle majeur dans l’identification des entreprises viables.

Rappelons que le wali de Bank Al-Maghrib est également en faveur d’un soutien étatique bien ciblé qui privilégie les entreprises viables, notamment pour le produit de garantie Damane Relance. S’exprimant à l’issue de la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib du 23 mars 2021, Abdellatif Jouahri a, notamment, souligné «qu’il faut laisser mourir» les entreprises, structurellement, en grande difficulté financière, et qui souffraient déjà bien avant la crise Covid-19, pour soutenir les entreprises viables.

C’est également l’avis d’Euler Hermes. En février dernier, l’assureur-crédit a indiqué que les mesures de soutien ont largement facilité la possibilité pour les entreprises en grande difficulté financière, surnommées «entreprises zombies», de poursuivre leur activité tout en étant techniquement insolvables.

Pour le FMI, l’aide pourrait également être échelonnée dans le temps: de nouvelles tranches ne seront décaissées que lorsque la viabilité des entreprises concernées se confirme. «Il serait bien plus utile et efficace d’injecter des quasi-fonds propres dans certaines entreprises plutôt que d’aider toutes les entreprises», estime l’institution. Selon elle, un programme d’appui ciblé produirait un résultat quatre fois supérieur à une stratégie globale de soutien à toutes les PME sans distinction.