Votre ignorance tue ! (Reportage photo)

Quand l’inconscience, le manque de civisme, de citoyenneté et de responsabilité individuelle mettent en péril toute une nation

Lundi 17 août. Alors que le Maroc comptait ses morts (23 décès ce jour-là), à Wuhan, berceau du Covid-19, l’ambiance est à la fête. Des centaines de gens prenaient part à une méga fête aquatique. L’épicentre du nouveau coronavirus s’est remis à vivre, la Chine se redresse et la peur du Covid-19 semble s’estomper. Au Maroc, pays cité en exemple dans sa gestion au début de la pandémie, le virus prend du galon. Le gouvernement est-il le responsable de cette situation calamiteuse ? Est-ce les citoyens et l’incivisme de certains ? Les entreprises et leur manque de citoyenneté ? Tous. Nous sommes tous responsables.

Du nord au sud, nous avons pu, du 1er au 15 août, période où le Covid-19 a fait des ravages, assister à une insouciance troublante de la part d’un bon nombre de citoyens marocains. 

«Ces attitudes irrationnelles sont d’une part dénuées de civisme car agir en bon citoyen, c’est avant tout se soucier de la santé et de la sécurité d’autrui ; elles traduisent d’autre part un manque de solidarité car être solidaire, ce n’est pas seulement aider autrui matériellement, c’est surtout, dans cette situation, éviter d’être potentiellement un vecteur de contamination pour les autres», a dit clairement le Souverain lors de son dernier discours à l'occasion du 67e anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple.

A Tanger, alors que l’hôpital de la forêt diplomatique accueillait des dizaines, voire des centaines de cas quotidiennement et le nombre de décès ne cessait de croître, dans les cafés, ruelles, souks et marchés populaires, les gens vivaient «sereinement». Le masque est présent, certes, mais porté sous le nez ou le menton, on l’accroche même à l’oreille et au coude pour les plus «in».

A Agadir, certains redoutent cette avalanche de touristes nationaux, même si elle pourrait être salvatrice en ces temps de crise économique. La corniche, la marina, jardins et plages, tous ont été pris d’assaut par des touristes exténués par les éternels mois de confinement, ils ont ramené du baume à cette station balnéaire, mais aussi leur manque de civisme.

Rares sont ceux qui respectent les mesures barrières. Les masques jonchent les plages de Taghazout, Aourir, Imi Ouaddar, les ordures et déchets ménagers font partie du paysage. Les restaurants et les bars d'Agadir sont, quant à eux, bondés. Des cabarets restent même ouverts jusqu’à l’aube, malgré cette consigne de fermer les portes à minuit. Une promiscuité flagrante qui débouchera sans doute sur l’apparition de ces fameux «foyers presque familiaux».

Les autorités aurait dû durcir les contrôles et sévir. Certes, mais il faudra 35 millions de policiers, un pour chaque citoyen. Les forces de l’ordre sont aujourd’hui débordées, dépassées et ils ne le cachent pas.

Cette crise liée au Covid-19 nous a «dénudés». Elle nous a rappelé nos tares, faiblesses et défaillances dans nos services publics, nos valeurs morales et l’extrême vulnérabilité des Marocains. Cette crise doit nous interpeller sur la place que doit occuper le Marocain dans le nouveau modèle de développement du pays. Nous interpeller aussi sur cette crise des valeurs qui gangrène dans nos quartiers, villes et campagnes. Ce fatalisme qui nous caractérise, cette ignorance, ce terreau fertile aux théories complotistes les plus farfelues, à l'obscurantisme et au fanatisme, cette lecture non avertie des informations, ces réseaux sociaux et leur flot de rumeurs et fake news, ces commérages colportés à tout-va, nos complexes et frustrations jetant à la vindicte populaire des concitoyens.

En parallèle, nos politiciens ont failli à leur mission, ne disposent plus de cette légitimité et crédibilité du début de la crise. Un manque de confiance dû à leurs discours diffluent, incohérent et contradictoire, à leurs mesurettes, leur loi de Finances décevante, leur manque de courage face aux différents lobbyistes, leur amateurisme surprenant et leur laxisme et laisser-aller face aux comportements irresponsables des citoyens et entreprises. Pourtant, le Souverain ne cesse de rappeler, dans ses discours, la nécessité d’appliquer les mesures nécessaires, initiés par ses soins, pour protéger les citoyens et la santé économique du pays.

Ces gouvernants, société civile et partis politiques, aux abonnés absents depuis le début de la pandémie, se réveillent aujourd’hui à la veille des prochaines élections. Ces rentiers de la politique, qui veulent le beurre, l’argent du beurre, le sourire de la crémière et de 35 millions de Marocains désabusés.

Que le Covid-19 nous pousse à nous regarder dans la glace, accepter et assumer nos déficiences, exorciser nos démons, mettre à plat notre modèle de développement économique et notre gouvernance et rebâtir un nouveau pacte social où les services publics, la santé, l’éducation et la dignité auront leur juste valeur. En attendant, un reconfinement pointe déjà son nez. Un véritable coup de massue qui sera porté à notre économie qui peine toujours à voir le bout du tunnel.

Le pire de cette pandémie, n’est pas le Covid-19, mais le virus de l’ignorance, de l’inconscience, du manque de civisme, de citoyenneté et de responsabilité individuelle. Une ignorance qui met en péril toute une nation. «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays», avait dit un jour John Fitzgerald Kennedy. Pour le moment, ne faites rien, soyez juste responsables. Votre ignorance tue vos proches et concitoyens.  «Pour sortir de la situation actuelle et relever le défi de la lutte contre la pandémie, chacun devra observer une conduite civique, exemplaire et responsable», a appelé le Souverain. A bon entendeur !

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