REPORT DU PLAN DE DÉCOMPENSATION PROGRESSIF DU GAZ BUTANE

Volte-face ou nouvelle stratégie du gouvernement Akhannouch?

La décision du gouvernement de reporter la hausse de 10 dirhams du prix de la bonbonne de 12 kg et partant, la décompensation progressive du gaz butane, révèle-t-elle une réflexion en interne aux différents scénarios d’impact sur le programme d’aides directes aux familles les plus vulnérables ?


Lundi 1er avril 2024, Mustapha Baitas, le porte-parole du gouvernement, créé la surprise. Il a annoncé le report à une date ultérieure de l’augmentation de 10 dirhams du prix de vente au public de la bonbonne de gaz butane de 12 kg, prévue initialement pour le début du mois en cours. Une hausse qui entre dans le cadre du plan du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, qui a fait part en octobre 2023 de sa stratégie de décompensation graduelle des prix du gaz butane, presque simultanément avec le lancement ( in décembre 2023), du Registre social unifié et des aides directes au profit de plus de 4 millions de familles les plus nécessiteuses. D’après le plan échafaudé, le prix du gaz butane devait être augmenté, à partir du début avril 2024, de 10 dirhams chaque année, pour les trois ans à venir. En principe, la bonbonne coûtera 50 dirhams en 2024, et la différence entre ce montant et le prix réel (environ 140 dirhams), soit 90 dirhams, continuera à être supportée par l’État.

Toujours selon le scénario gouvernemental, les fonds économisés du fait de cette décompensation devraient renflouer les Caisses de l’Etat afin de financer le programme des aides directes aux familles. Malgré ces quelques détails, l’Exécutif n’a jamais détaillé son plan d’action. En 2022, la consommation nationale a atteint 2,73 millions de tonnes, soit l’équivalent de 227,3 millions de bonbonnes de 12 kg. Ce qui, d’emblée, paraît surdimensionnée par rapport au nombre des ménages marocains. Mais ces bonbonnes de gaz sont aussi consommés par les agriculteurs pour le pompage de l’eau et par les professionnels des métiers de la bouche et de la restauration. Ces catégories profitent le plus de ces subventions. D’où la stratégie de décompensation progressive et du programme du ciblage des aides.

Le seul hic, c’est que ce plan exclut de ses calculs la classe moyenne dont le pouvoir d’achat se réduit comme une peau de chagrin. C’est dire que le gouvernement tend à creuser l’écart entre la classe aisée et la classe pauvre, la classe moyenne étant marginalisée. Mais quel est le poids réel de la décompensation sur les Caisses de l’Etat ?


La subvention annuelle moyenne octroyée pour une bonbonne de gaz butane de 12 kg a connu une progression importante durant les cinq dernières années, passant de 58 dirhams en 2018 à 95 dirhams en 2022. Durant cette année, l’augmentation du soutien public a été de 7,2 milliards de dirhams en variation annuelle, représentant ainsi un effort budgétaire additionnel de 49 %. Entre janvier et septembre 2023, la subvention moyenne par l’Etat pour une bonbonne de 12 kg de gaz butane s’est élevée à environ 68 dirhams, ce qui représente une baisse de 30 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Classe moyenne marginalisée
C’est dire que le plan -non encore détaillé- du gouvernement Akhannouch est plutôt basé sur la hausse des cours à l’international et leur répercussion sur les prix de la bonbonne de gaz à l’échelon national. Il ne dit rien du probable fléchissement des prix à l’international et de comment le répercuter sur les prix et le montant de la subvention pour les années à venir. Aussi, à moyen terme, l’aide directe moyenne de 500 dirhams accordée aux familles nécessiteuses ne va même pas suffir pour couvrir le prix réel d’une bonbonne de gaz, qui est de 140 dirhams, et la hausse générale des prix à la consommation consécutive aux retombées négatives de l’envolée vertigineuse du prix du gaz butane (prix réel). Tout compte fait, la subvention annuelle de gaz butane a coûté, en moyenne, ces deux dernières années, au budget de l’Etat, 22 milliards de dirhams.

Que fera le gouvernement si les prix des cours du gaz butane à l’international chutent drastiquement ? Sur quel autre scénario va-t-il s’appuyer pour financer le programme des aides sociales directes ? Va-t-il puiser dans des postes budgétaires comme celui de l’investissement public pour combler le manque de ressources financières ? Il est grand temps que le gouvernement Akhannouch détaille les contours de son plan de décompensation du gaz butane. Peut-être que cette décision de reporter la hausse de 10 dirhams du prix de la bonbonne de 12 kg révèle une réflexion en interne aux différents scénarios probables.

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