Visite officielle du chef du gouvernement espagnol au Maroc

Une même vision, un destin commun

Pendant longtemps, on répétait que l’Espagne était la grosse perdante dans cette relation pas très limpide. Ce qui était évident et irréfutable jusqu’à un passé récent ne l’est plus aujourd’hui. La crise sanitaire et économique greffée à la guerre en Ukraine a révélé aux deux pays une réalité implacable: l’un ne peut se passer de l’autre.

Le chef de gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a répondu présent, jeudi 7 avril 2022 à Rabat, à l’invitation du Roi Mohammed VI. Il a été reçu, à son arrivée à l’aéroport de Rabat-Salé, par Aziz Akhannouch, Chef du gouvernement. Sa visite nourrit beaucoup d’attentes quant à la fin de la crise diplomatique entre les deux pays. Elle a été rendue possible grâce à la position nouvelle de Madrid sur le dossier du Sahara marocain. «Le chef du gouvernement se rendra jeudi après-midi au Maroc […], où il s’entretiendra avec le Roi du Maroc», a déclaré le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, à l’issue du conseil des ministres, mardi 5 avril 2022.

Cette visite a été confirmée par le Cabinet royal, qui a indiqué dans un communiqué que le Roi Mohammed VI «aura des entretiens officiels» avec M. Sanchez et «offrira également un iftar», repas de rupture du jeûne, en l’honneur de son illustre hôte. L’invitation à la rupture du jeûne est vue à Madrid comme «un signe d’amitié très fort», a assuré M. Albares. Il a tenu à préciser que cette visite, qui s’étend jusqu’à vendredi 8 avril, devrait permettre notamment la reprise des connexions maritimes entre les deux pays. Les déclarations de M. Albares, à la veille de l’arrivée au Maroc de Pedro Sanchez, en disent long sur les attentes de l’Espagne de cette visite.

“Un signe d’amitié”
Le voisin ibérique a subi les incidences directes et les contrecoups d’une crise d’apparence diplomatique ayant atteint son apogée en mai 2021, qui se drape d’une morosité économique. La mise à l’arrêt de la circulation des biens et des personnes via les deux points frontaliers de Sebta et Mélilia et de l’activité maritime avec l’Espagne, particulièrement lors de l’opération Marhaba, a paralysé l’économie des deux présides occupés. Pas seulement. Elle a fait perdre à de grandes entreprises de transport maritime et aux grands ports espagnols des milliards d’euros. Le comble, c’est que des milliers d’employés espagnols se sont retrouvés au chômage.

Mais c’est sans compter avec ce qui irrite vraiment l’Espagne: la coopération dans le domaine de la lutte contre l’immigration clandestine. Durant des décennies, le Maroc a toujours joué le rôle de gendarme pour le compte de l’Espagne spécifiquement et l’Union européenne en général. La contrepartie qu’il recevait était insignifiante et ne suffisait même pas pour payer les frais de la surveillance et le renouvellement des équipements.

Une réaction exemplaire
Aussi, dans le domaine de la sécurité et la lutte contre le terrorisme, la collaboration du Maroc a permis d’éviter, à maintes reprises, des bains de sang à l’Espagne. Pendant longtemps, on répétait que l’Espagne était la grosse perdante dans cette relation pas très limpide. Ce qui était évident et irréfutable jusqu’à un passé récent ne l’est plus aujourd’hui. Depuis le déclenchement de la guerre menée par la Russie en Ukraine, la donne a changé. Ce conflit armé, qui a chamboulé les calculs de notre gouvernement, est intervenu quelques semaines seulement après la décision d’Alger d’arrêter l’approvisionnement du Maroc en gaz naturel via le gazoduc Maghreb-Europe. Cette jonction de circonstances a mis à mal le Maroc qui devait chercher, à défaut d’installations de traitement de GNL (Gaz naturel liquéfié), à traiter en Espagne du gaz importé ailleurs.

C’était la seule solution plausible et réalisable pour parer à une pénurie de ce combustible stratégique. A vrai dire, la réaction du gouvernement espagnol à la sollicitation du Maroc a été exemplaire. «L’Espagne est aux côtés du Maroc», nous signifiait-on. Puis, en dépit des menaces du pouvoir algérien, Madrid n’a écouté finalement que la voix de la raison. Au lieu de se plier aux représailles des locataires du palais d’El Mouradia, elle a cherché un partenaire fiable comme les États-Unis et s’est résolu qu’il est temps de cesser de soutenir la thèse des séparatistes du Polisario alors qu’à moyen et long termes, elle ne devrait tirer aucun profit d’un régime algérien réputé répressif.

Clore le différend
C’est dire que la crise sanitaire greffée à la guerre en Ukraine a révélé aux responsables des deux pays une réalité implacable: l’un ne peut se passer de l’autre. Une réalité confirmée par l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011). «Je pense que la redynamisation des relations bilatérales est très importante pour l’Espagne, pour le Maroc, pour l’Afrique du Nord, pour le Maghreb et pour la communauté internationale, notamment dans la conjoncture actuelle», a déclaré M. Zapatero.

Au sujet du plan d’autonomie marocain, M. Zapatero a affirmé qu’il s’agit de «la voie la plus solide et la plus sûre» pour clore définitivement le différend autour du Sahara marocain. «Depuis la présentation de ce plan par le Maroc en 2007, je l’ai soutenu. C’est la voie la plus solide, la plus sûre et la meilleure pour tous», a souligné M. Zapatero dans un entretien à la MAP à la veille de la visite au Maroc du président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, à l’invitation de S.M. le Roi Mohammed VI. «Le Maroc a présenté l’initiative au Conseil de sécurité des Nations unies qui l’a considérée comme un effort important et séreux. Elle s’inscrit donc complètement dans le processus des Nations unies, que nous soutenons et respectons tous.

L’actuel gouvernement espagnol a fait connaître sa position de manière claire et très explicite. C’est positif car il est toujours judicieux que les politiques soient définies de manière claire et transparente afin que tous les acteurs sachent quelles sont les règles», a-t-il ajouté. Pour rappel, dans sa lettre datée du 14 mars 2022 et publiée le 18 mars par le Cabinet royal, adressé au Roi Mohammed VI, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a affirmé sans ambages qu’il «reconnaît l’importance de la question du Sahara pour le Maroc» et que «l’Espagne considère l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend».

«Je partage pleinement cette position exprimée par le gouvernement espagnol», a insisté M. Zapatero. Pour lui, «le plus important est de parvenir à un accord, c’est ce qui a fonctionné tout au long de l’Histoire. Les divisions ne mènent à rien. Le plus important est de négocier, de s’entendre, d’apporter sérénité, sagesse, esprit de générosité et réconciliation pour parvenir à une solution».

Les fruits du nouveau paradigme
La nouvelle position espagnole vis-à-vis de la question du Sahara marocain a élucidé une crise diplomatique qui a été exacerbée par le rappel de l’ambassadrice du Royaume à Madrid, Karima Benyaïch. La visite de M. Sanchez au Maroc annonce non seulement la fin de cette crise mais aussi une nouvelle page des relations bilatérales, économiques et politiques. Cette coopération basée sur la transparence ouvrira certainement, avec l’appui des grandes puissances occidentales, la porte à la mise en application du plan d’autonomie. Il va falloir attendre la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU du 20 avril prochain pour voir les fruits du nouveau paradigme de la diplomatie marocaine.