Visite guidée dans le musée du patrimoine immatériel de Marrakech

Un voyage haut en couleurs dans l’histoire de la cité ocre


Proclamé en 2001 puis Inscrite en 2008 patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco, la place Jamaa El Fna s’est dotée, enfin, en 2023 d’un musée du patrimoine immatériel. Maroc Hebdo vous fait visiter cet unique espace d’exposition riche en histoire, comme si vous y étiez.

Aux bordures de la mythique place Jamaa El Fna à Marrakech, un bâtiment aux murs ocres, couleur endémique de la ville, attire peu l’attention les dizaines de milliers de passants, marocains et étrangers, qui affluent sur ces lieux. Pourtant, ce bâtiment, qui fut en 1922 la toute première agence de la Banque d’État du Maroc - rebaptisée Bank Al-Maghrib en 1959-, a été réaménagé depuis décembre 2020 puis inauguré le 23 février 2023, et cache désormais dans ses entrailles un véritable trésor culturel qui risque de surprendre agréablement ses visiteurs à plus d’un égard. Ici, c’est le Musée Jamaa El Fna du patrimoine immatériel, un bijou architectural marocain qui offre un aperçu unique sur Marrakech et sa riche histoire de capitale impériale et de carrefour d’influences civilisationnelles et culturelles multiples, et invite également à un voyage dans l’espace et le temps pour découvrir l’univers mystique de la place éponyme, dans tous ses petits détails.

Agréable immersion
Une fois la porte en verre intérieure franchie, le visiteur est immédiatement emporté dans une toute autre dimension. Premier changement remarquable: le contraste entre l’extérieur extrêmement bruyant où se mêlent cacophonie des foules et sons d’instruments des troupes et des charmeurs de serpents, et l’intérieur paisible et relaxant, où le silence religieux n’est perturbé que par la voix assez basse d’un conteur marocain traditionnel, un “hlayqi”, diffusée par des haut parleurs sur fond de vidéos historiques datées de plusieurs décennies de Jamaa El Fna.

Il faut dire que l’une des objectifs majeurs de ce musée, inauguré en grande pompe en présence de nombreuses grandes figures du monde de l’art et de la culture, dont notamment Mehdi Qotbi, président de la Fondation des musées du royaume du Maroc (FNM), consiste à valoriser la halqa, cette sorte de “théâtre populaire” qui a toujours été une composante importante du patrimoine culturel marocain, plus particulièrement à Jamma El Fna où sont produits les plus illustres hlayqis du pays. Pour les responsables du secteur culturel, ce musée est destiné avant tout aux Marocains pour que ces derniers puissent être sensibilisés davantage sur l’importance de la Halqa dans leur culture, et d’aider ainsi dans les efforts visant à la préserver et à la transmettre aux générations futures. Aménagé de manière harmonieuse, avec un parcours fluide et bien défini permettant une visite riche en apprentissage, le musée se répartit en trois sections: l’histoire de Marrakech et de la place de Jemaa El Fna, la présentation de la Halqa et des halaiqia, ainsi que les secrets de leurs savoir-faire et de leurs métiers.


Située au centre du musée juste après l’entrée, la salle principale, la plus spacieuse et la plus imposante, représente un peu le coeur de cet espace. Sous son sublime plafond haut de bois sculpté et zouaké à la marocaine, le visiteur se retrouve devant des mannequins ornés d’habits et d’accessoires traditionnels, accompagnés d’objets et outils qui complètent la panoplie du hlayqi et autres. Ici, c’est le cerveau, mais aussi l’oeil et l’esprit qui se délectent de ce fabuleux mélange de savoir ancestral et de beauté architecturale propre au Maroc.

Le visiteur peut poursuivre son circuit dans les autres pièces d’exposition, sept au total, dont chacune est dédiée à une thématique précise avec une couleur distincte qui la caractérise, mais qui ont toutes pour point commun l’influence de Marrakech et de la place Jamaa El Fna particulièrement. Un des coups de coeur de la ballade, est certainement la salle dédiée entièrement à la présence de la cité ocre et sa place mythique dans le cinéma et le théâtre national et surtout mondial. Sur les murs oranges, l’on peut apprécier les affiches des plus célèbres productions du Septième art ayant été tournées dans la ville ou dont les péripéties s’y déroulent.

“L’Homme qui en savait trop” d’Alfred Hitchcock, “Mission Impossible 5” avec Tom Cruise, “La dernière tentation du Christ” de Martin Scorsese et avec Willem Dafoe, pour ne citer que ceuxlà, sont affichés ici, témoignant du puissant rayonnement international de Marrakech, et de la magie de ses décors à laquelle même les plus grands réalisateurs et scénaristes succombent. Loin du cinéma, les férus de monnaies et des timbres trouveront du plaisir à découvrir une précieuse collection de dinars, qirats, dirhams fels et autres pièces en or et en argent frappées sous les différentes dynasties ayant gouverné le Maroc depuis le 11ème siècle, à commencer par les Almoravides, dont le roi le plus emblématique, Youssef Ibn Tachfine, n’est autre que le fondateur de Marrakech.


Richesse thématique
Le Musée du patrimoine immatériel de Jamaa El Fna consacre également des espaces dédiés au patrimoine marocaine en matières d’architecture et de bâtiments, avec l’exposition d’objets ancestraux, comme, entre autres, des sculptures sur plâtre “gebs”, des poutres, portes et fenêtres en bois. Les autres pièces regroupent des peintures et des images de différents courants artistiques, ayant Marrakech et Jamaa El Fna comme thème central ou source d’inspiration. On retrouve ainsi deux tableaux du peintre orientaliste français, Jacques Majorelle, qui reflètent les scènes quotidiennes de la ville où il a vécu au début du 20ème siècle, ainsi que des tableaux de grands artistes marocains qui ont noué de forts liens avec Marrakech.

Outre la richesse de son offre, le Musée du patrimoine propose des tarifs intéressants: 20 dirhams pour un adulte marocain, et 40 dirhams pour un étranger. Les étudiants et les visiteurs âgés de 10 à 18 ans, quelle que soit leur nationalité, doivent payer 10 dirhams, tandis que les enfants âgés moins de 10 ans peuvent y accéder gratuitement. Et à l’instar de tous les musées du Royaume, l’entrée est gratuite chaque vendredi. À noter que l’établissement est ouvert 6 jours sur 7, de 10h à 18h, et ferme ses portes tous les mardis.

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