Visas, pass vaccinal, Pegasus… Que cherche exactement la France ?

Après Pegasus et le reportage de France 5, il a fallu passer à autre chose. Pourquoi pas l’immigration clandestine, un joker que le trio européen, la France, l’Espagne et l’Allemagne plus particulièrement, utilisent à tout va.

C’en est trop! Le ton hautain et méprisant avec lequel Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement français, s’est exprimé au sujet de la décision de réduire le nombre de visas accordés aux Marocains est inapproprié dans le monde diplomatique sauf quand on se considère une nation supérieure. Il se trompe alors. Grandement même. Le Maroc est un pays souverain.

Et les Marocains ne sont pas une race inférieure. «Il y a eu un dialogue, ensuite il y a eu des menaces. Aujourd’hui on met cette menace à exécution», a-t-il déclaré. A qui s’adresse-t-il, M. Attal? (Lire article page 17). Ce n’est pas la première tentative d’intimidation du genre. Et ce ne sera pas la dernière. Les provocations se multiplient et se succèdent ces derniers temps. L’affaire Pegasus et le reportage de France 5 n’ont pas réussi à susciter l’ire des autorités marocaines ou à porter atteinte à l’image et aux intérêts stratégiques du Royaume comme prévu.

Il a fallu passer à autre chose. Pourquoi pas un dossier qui irrite, en l’occurrence l’immigration clandestine, un joker que le trio européen, la France, l’Espagne et l’Allemagne plus particulièrement, utilisent à tout va? La France ne pouvait trouver mieux que le dossier des visas étant donné qu’il peut être facilement rapporté à celui du rapatriement des immigrés clandestins marocains qui, lui, butait tout simplement sur l’identification de ces derniers.

En mélangeant les cartes de l’immigration clandestine et de la coopération consulaire, l’Hexagone a voulu frapper fort, non pas par la pertinence du sujet mais par la manière. Et quelle manière! Cet acte provocateur est loin d’être isolé. Par rapport au pass vaccinal, la France, qu’on croyait un partenaire de premier plan, refuse l’accès à son territoire aux Marocains vaccinés avec le Sinopharm, qu’elle considère tout bonnement comme non vaccinés. Sans concession aucune, sauf pour ses expatriés lorsqu’elle a, au nom de la Commission européenne, négocié la reconnaissance du pass vaccinal marocain pour ses ressortissants.

Le plus intrigant est que la France n’a pas réagi aux escarmouches et aux «menaces» d’Alger, qui agite l’épouvantail de la guerre avec le Maroc. Aucune intermédiation pour apaiser les tensions, que ce soit d’un côté ou de l’autre. On dirait que cette situation belliqueuse l’arrange et qu’elle attend que la confrontation militaire éclate. Du côté marocain, la réaction n’était pas à la hauteur des attentes. «C’est injustifié», a déclaré Nasser Bourita le 28 septembre 2021 à Rabat. «Les justifications données ne reflètent pas la véritable coopération consulaire en matière de lutte contre l’immigration», a-t-il expliqué.

Si la réaction de M. Bourita laisse beaucoup de Marocains sur leur faim, sur une autre question, on a déploré son absence de réaction. Il s’agit en l’occurrence de la décision de la Commission européenne de reconnaître le pass sanitaire marocain aux Européens établis au Maroc (de souche ou naturalisés) et non aux Marocains; et du récent décret de Jean Castex, le Premier ministre français, qui permet l’entrée sur le territoire français aux ressortissants extracommunautaires déjà vaccinés avec le Sinopharm à condition qu’ils reçoivent une troisième dose de Pfizer ou Moderna.

L’on s’attendait à des propos forts comme ceux exprimés en pleine crise avec l’Espagne ou l’Allemagne. M. Bourita devait au moins faire une sortie et expliquer aux Marocains qui veulent se déplacer en France la procédure à suivre ou trouver, en concertation avec les ministres de la Santé et de l’Intérieur, une solution pour ceux qui veulent recevoir une dose Pfizer, sésame pour le voyage en Europe. Mais que dalle! Aucune communication ou réaction! Aucune mesure prise! Aucun égard pour les Marocains, qui se sentent humiliés et discriminés par une Union européenne qui nous dicte ses «lois» et qui ne se voit jamais appliquer le principe de la réciprocité!

Le Chef de gouvernement sortant, Saâd Eddine El Othmani, ou encore son ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, desquels on attendait une décision relative à la levée des restrictions inhérentes à la situation épidémiologique qui s’est nettement améliorée, sont, eux aussi, aux abonnés absents. Mais M. El Othmani ne réagit pas. Pourtant, il est toujours Chef de gouvernement jusqu’à la constitution du nouveau gouvernement. Et il a la responsabilité, comme ses ministres, d’expédier les affaires courantes du pays.

L’heure du départ n’est pas encore venue, M. El Othmani, messieurs les ministres! Il est temps de délivrer les Marocains, au moins en levant les restrictions sanitaires si vous ne pouvez pas garantir à ceux déjà vaccinés de se déplacer librement à l’étranger.