La vigilance au quotidien, au maroc et à l'étranger

Coopération sécuritaire antiterroriste

Le modèle marocain de lutte antiterroriste se distingue par des compétences humaines et technologiques mondialement reconnues et citées en référence. Dernier acte en date : la mise en échec en France, le 1er avril, d’un projet terroriste contre une église, grâce aux renseignements fournis par la DGST marocaine.

Au départ, peu avaient vraiment suivi au Maroc l’arrestation, dans la nuit du 3 au 4 avril 2021, d’une Franco-Marocaine de 18 ans qui nourissait le projet d’une attaque terroriste contre une église en France. Les autorités françaises n’avaient ainsi pas communiqué sur le fait que c’était la Direction générale de la Surveillance du territoire (DGST) qui lui avait transmis, le 1er avril, “des données personnelles sur la suspecte principale et ses données d'identité électronique, ainsi que sur le projet terroriste qu'elle s'apprêtait à exécuter en coordination avec des éléments de l'organisation terroriste Daech,” comme vient finalement de le révéler ce 6 avril 2021, par la voie d’un communiqué, l’institution dirigée depuis décembre 2005 par Abdellatif Hammouchi.

Une surprise? Pas vraiment quand on se rappelle que les mêmes autorités françaises avaient dû, en novembre 2015, une fière chandelle à la DGST pour mettre la main sur Abdelhamid Abaaoud, le cerveau des attaques qui venaient d’ensanglanter la capitale de la France, Paris, faisant alors quelque 130 morts et plus de 400 blessés. Le président français de l’époque, à savoir François Hollande, avait d’ailleurs reçu dans la foulée, dans ses locaux du palais de l’Élysée, le roi Mohammed VI pour remercier le Maroc de son “assistance efficace” et avait mis à cette occasion en exergue “la détermination partagée de la France et du Maroc à mener ensemble le combat contre le terrorisme et la radicalisation, et à oeuvrer à la résolution des crises régionales et internationales”.

Et ceci n’est sans doute que la partie émergée de l’iceberg. Car d’aucuns précisent que la coopération anti-terroriste maroco-française est bien plus riche que ce que rapportent les médias et qu’elle déborde en fait le seul cadre franco-français pour s’étendre notamment à l’Afrique, où comme chacun le sait la France est, par le biais de ses forces armées, présente dans différentes zones de conflit.

Une “détermination partagée”
Au Sahel notamment le Maroc aurait fortement contribué, à partir de janvier 2013, à l’opération Serval, par le truchement de laquelle Paris avait aidé le Mali à recouvrer son intégrité territoriale en lui permettant de reprendre le contrôle de sa partie Nord, qui se trouvait alors depuis un an en sécession. Les services marocains auraient ainsi eu recours, selon différentes sources, aux infrastructures de télécommunications de l’opérateur historique malien Sotelma, passé en juillet 2009 sous contrôle de Maroc Telecom, mais aucune information officielle n’a, ceci dit, jamais été donnée à ce propos.

En tout cas, on avait eu un aperçu de l’implication du Maroc dans l’ensemble du corridor saharosahélien au cours de l’intervention restée célèbre, en date de septembre 2014, du directeur général de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), Mohamed Yassine Mansouri, au Comité contre le terrorisme (CTC) de l’Organisation des Nations unies (ONU) et au cours duquel le concerné avait rappelé que c’est grâce au Royaume que les groupes terroristes Fath Al-Andalous, Al-Mourabitoune Al- Joudoud et Amgala, actifs à un moment dans la région, ont été démantelés -il avait également révélé, à la même occasion, que les autorités marocaines avaient averti leurs homologues algériennes de l’imminence de l’attaque terroriste qui, finalement, allait faire plusieurs dizaines de morts, en janvier 2013, sur le site gazier d’In-Amenas, mais les responsables de la voisine de l’Est et notamment le Département de renseignement et de sécurité (DRS) avaient, malheureusement, refusé d’en tenir compte.

Et pour en revenir à la France, d’aucuns avaient retenu l’insistance avec laquelle le président français Emmanuel Macron avait, au cours de sa participation en février 2021 dans la capitale du Tchad, Ndjamena, au sommet du G5-Sahel, mis l’accent sur un “réengagement” du Maroc mais aussi de l’Algérie dans l’opération Barkhane, qui avait succédé en août 2014 à l’opération Serval tout en couvrant, ceci dit, l’ensemble du Sahel et plus seulement le Mali. “Je [me] félicite [de ce réengagement] car il est important pour la stabilité de la région,” avait-il également commenté.

“Pour la stabilité de la région”
On sait par ailleurs, à partir d’un câble diplomatique ayant fuité au milieu de la décennie 2010 sur le réseau social Twitter, qu’en janvier 2014, le chargé d’affaires de l’ambassade du Maroc à Sanaa avait notamment reçu “à sa demande” l’ambassadeur de France dans la capitale yéménite, Franck Gellet, venu l’“informer” de l’“arrivée” sur place “d’une quarantaine de ressortissants marocains qui vivaient dans la ville de Damage, située au nord du Yémen”, lesquels ressortissants “portaient également des nationalités européennes notamment française d’où sa préoccupation quant à leur éventuel retour en France sans qu’il soit possible de les identifier”. “Mon interlocuteur (...) a émis son souhait de voir s’établir une coopération entre les deux ambassades pour traiter conjointement ce dossier,” avait indiqué le diplomate marocain.

Des yeux et des oreilles partout
C’était là la confirmation que la coopération sécuritaire entre le Maroc et la France couvrait au moins le Moyen-Orient également, et qu’en même temps le Royaume a vraiment des yeux et des oreilles partout. Les spécialistes n’avaient ainsi pas été interpellés lorsqu’au moment de la chute, en décembre 2016, de l’Est de la ville d’Alep, en Syrie, entre les mains du régime du président Bachar El Assad, un agent de la DGED s’y trouvait -il avait été, selon des sources concordantes, exfiltré par le Millî İstihbarat Teşkilatı (MIT), le renseignement turc. De même, le quotidien national "Assabah" était revenu en juin 2020 sur cette anecdote bien connue des initiés voulant que M. Hammouchi ait retourné un aide de camp de l’ancien leader de l’organisation terroriste d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden; ce qu’allait à sa grande surprise découvrir au moment de l’assassinat de ce dernier l’Agence centrale de renseignement américaine, la CIA.

Justement, celle-ci elle-même a aujourd’hui ouvertement recours aux services du renseignement marocain, comme l’avait illustré la lettre qu’elle avait adressée début février 2021, en même temps que le Bureau fédéral d’investigations (FBI), à la DGST pour la remercier de lui avoir permis de mettre le grappin sur un soldat américain ayant tenté de comploter, en coordination avec Daech, contre des membres des forces armées des États-Unis stationnés au Moyen-Orient.

Cellules transfrontalières
La CIA s’était dite, dans une lettre, “reconnaissante du leadership et du haut niveau de professionnalisme de la DGST, dans le cadre de efforts sécuritaires communs, y compris ceux déployés en matière de lutte contre le terrorisme et les groupes extrémistes”. La DGST a d’ailleurs elle-même, pour le récent démantèlement d’une cellule terroriste dans la ville d’Oujda, eu recours aux services américains, preuve selon la direction d’“une coopération internationale efficace qui porte ses fruits” entre les deux pays des rives de l’Atlantique.

On peut, enfin, ajouter à la France et aux États-Unis surtout l’Espagne, qui, en octobre 2014 et septembre 2019 avait respectivement remis à M. Hammouchi la croix honorifique de mérite policier avec distinction rouge et la grande croix de l’ordre du mérite de la Garde civile -venues s’ajouter à la légion d’honneur française décidée en février 2015 à l’endroit du concerné.

Avec la voisine ibérique, on assiste même, depuis mai 2018, au démantèlement régulier de cellules transfrontalières actives tout aussi bien au Maroc que de l’autre côté du détroit de Gibraltar. Sans parler de l’Italie, des Pays-Bas ou encore du Danemark, qui selon les autorités marocaines ont également pu bénéficier, à un moment ou un autre, des bons tuyaux du Royaume. Ce ne sont donc pas seulement les Marocains qui, avec leurs services de renseignement, peuvent dormir tranquille, mais également les étrangers...