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VIGILANCE, ANTICIPATION, ACTION

Lutte contre le terrorisme : 80 cellules démantelées et 1.300 terroristes neutralisés en cinq ans

Le risque terroriste n’est pas éradiqué et est loin d’être affaibli. La persistance et la permanence de cette menace sont omniprésentes aux frontières du Maghreb, au sud dans la zone sahelo-saharienne, à l’intérieur même du Royaume. Si la riposte est à la hauteur des attentes, une plus grande vigilance s’impose.

Un début du mois d’octobre 2020 marqué par des actualités croustillantes dont deux méritent un temps d’arrêt. La première est apaisante tandis que la seconde est peu ou prou déconcertante, quand bien même les deux rendent fier tout Marocain. Le 6 octobre, le ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résidant à l’Etranger, Nasser Bourita, et le Secrétaire Général adjoint de l’ONU à la lutte contre le terrorisme, Vladimir Voronkov, signent, en visioconférence, un Accord de siège pour l’établissement dans le Royaume du Bureau Programme pour la lutte contre le terrorisme et la Formation en Afrique de l’UNOCT -United Nations Office of Counter-Terrorism, le premier du genre en Afrique, qui vise à renforcer la capacité des Etats membres par l’élaboration de programmes nationaux de formation à la lutte contre le terrorisme. La veille, soit le lundi 5 octobre, une cellule terroriste ayant des connexions avec Daech au Sahel, qui s’apprêtait à commettre des attentats sanglants, a été neutralisée à Tanger par le Bureau central des investigations judiciaires (lire l’interview du directeur du BCIJ). Un danger imminent qui a été épargné au Maroc in extremis.

Allégeance à Daech
La nouvelle est à la fois réconfortante et déconcertante. Réconfortante car elle démonte, une fois de plus, que la stratégie sécuritaire marocaine anti-terroriste est payante. Et déconcertante car elle prouve que la menace terroriste qui pèse sur le Royaume est omniprésente. Moins d’un mois auparavant, le 10 septembre plus précisément, d’autres attentats avaient été déjoués par le BCIJ avec l’aide des renseignements, suite à l’arrestation d’une cellule dormante à Temara dont les membres étaient dispatchés dans d’autres villes (Tiflet, Skhirat et Tanger).

Les deux cellules ont soit prêté allégeance à Daech en s’autofinançant pour passer à l’acte ou adopté l’agenda de cette organisation terroriste en ayant une connexion avec un opérationnel de l’Etat islamique au Sahel. Cette obédience à Daech fait que le temps du passage à leurs actes terroristes programmés est imprévisible. Ils peuvent le faire à tout moment avec les moyens du bord, qui sont souvent des armes blanches.

Miser sur l’anticipation
Ce qui veut dire que le risque est devenu plus important. Et c’est ce qui explique que la stratégie des services sécuritaires a changé ces deux dernières années, misant beaucoup plus sur l’anticipation. Le temps de surveillance et de suivi a été écourté. Auparavant, les services avaient vent de l’intention des terroristes de commettre des attentats. Ils attendaient que les préparatifs avancent pour avoir une idée claire sur les cibles et les modes opératoires avant d’agir. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus se permettre d’attendre car la décision de passer à l’acte est imprévisible. L’attentat terroriste contre les touristes scandinaves à Chamharouch, dans la région de Marrakech, a aidé à cette prise de conscience car une partie des membres du réseau n’étaient au courant de la décision prise de décapiter les touristes qu’après coup.

Ce qui rassure, c’est l’expertise et la perspicacité de collecte de renseignements des services de la DGST et de suivi et d’intervention du Bureau central des investigations judiciaires qui n’ont d’autre préoccupation que la sécurité et la stabilité du pays. Ils redoublent de vigilance car ils savent pertinemment que la nébuleuse terroriste cible le Maroc notamment en cette période de crise sanitaire, croyant que les services sécuritaires baissent leur garde, étant occupés par la pandémie. Mais ils se trompent. Et les démantèlements récents en témoignent. C’est une cible potentielle de tout temps. «Le Maroc appartient à un espace géopolitique assez singulier sur l’échiquier international.

C’est un espace caractérisé par une grande fragilité, beaucoup d’instabilité, avec la présence d’une multitude d’acteurs malveillants. Cette réalité fait que le Maroc doit préserver sa sécurité et sa stabilité et faire face à une multitude de menaces dans un contexte géopolitique bouleversé et aussi dans une zone où on assiste à un enracinement de foyers de terrorisme et de crime organisé qui s’établit dans une région très étendue aux frontières poreuses», a déclaré à Maroc Hebdo Mohammed Benhammou, président du Centre marocain des études stratégiques.

La région du Maghreb est toujours sujette à des menaces terroristes. Le risque terroriste n’est pas éradiqué et ne s’est pas affaibli. La persistance et la permanence de la menace est omniprésente aux frontières du Maghreb, au sud dans la zone sahelo-saharienne. C’est une zone de fragilité dans laquelle plusieurs groupes terroristes s’activent (AQMI, Daech, des réseaux de contrebande d’armes…). Cette zone représente un refuge pour les terroristes. Elle connait une grande absence de l’autorité avec des Etats qui ont beaucoup de difficultés à faire régner leurs lois sur l’ensemble de leurs territoires comme c’est le cas de la Libye et de l’Algérie, notamment au sud.

Il y a beaucoup d’espaces vides qui sont convoités et investis par les groupes terroristes et par la criminalité transnationale. Les menaces terroristes de tout genre pèsent toujours sur la région sans oublier la situation en Libye avec la présence de l’ensemble de ces acteurs non étatiques et avec des agendas régionaux et internationaux contradictoires qui compliquent la voie de la réconciliation. Le hic, c’est que cette instabilité régionale pèse de tout son poids sur le Maroc car pour lutter contre cette forme d’insécurité et cette menace les Etats de la région doivent collaborer ensemble notamment en renforçant le contrôle aux niveaux des zones limitrophes.

L’entêtement du pouvoir algérien à refuser toute forme de coopération à ce niveau avec le Maroc constitue donc une entrave sérieuse à l’atteinte de cet objectif. De ce fait, les services sécuritaires marocains semblent mener seuls un combat contre les organisations terroristes dans la région du Sahel, surtout quand on connait la situation en Libye, qui encourage les affidés de cette nébuleuse à s’y refugier et à agir en toute tranquillité.

Riposte marocaine
Depuis 2002, le Maroc a démantelé 207 cellules terroristes, dont 85 cellules, depuis 2013, ayant des connexions directes avec les organisations terroristes en Syrie et en Irak et particulièrement avec Daech. Les services ont pu faire avorter plus de 386 attentats. La création du BCIJ en 2015 a amélioré la riposte marocaine. De 2015 à octobre 2020, 1.267 terroristes ont été arrêtés, 80 cellules démantelées (74 en relation avec l’Etat islamique (Daech) et six cellules ‘’Al Faye Wa Al Istihlal’’) avec 1.300 terroristes arrêtés, 135 revenants des rangs de Daech dont 113 en provenance de la zone syro-irakienne, 14 en provenance de la Libye et 8 personnes rapatriées, 4 partants vers les rangs de l’Etat islamique arrêtés par le BCIJ…

La veille se renforce car le risque terroriste augmente du fait du contrôle difficile de l’endoctrinement sur Internet et les nouveaux réseaux sociaux. Et c’est à ce niveau que les efforts de surveillance sont et doivent être consolidés.