Des vies humaines sont menacées de mort

LE COUVRE-FEU EMPÊCHE LES MAROCAINS DE DONNER LEUR SANG

A l’heure du confinement et du couvre-feu nocturne décrété par les autorités pendant le mois de Ramadan, aucun Marocain ne s’est plus rendu dans un centre de transfusion pour donner son sang pendant ce mois sacré.

Il n’y a plus de sang dans les centres de transfusion sanguine du Royaume. L’heure est grave, très grave. C’est le signal d’alarme que ne cessent de lancer, tous les jours, les directeurs de ces centres, désormais désertés par les donneurs. A l’heure du confinement et du couvre-feu nocturne décrété par les autorités pendant le mois de Ramadan, aucun Marocain ne s’est plus rendu dans un centre de transfusion pour donner son sang pendant ce mois sacré. A Casablanca comme à Rabat, le niveau des plaquettes est à son niveau 0.

Docteur Amal Darid Ibenlfarouk, directrice du centre régional de transfusion sanguine de Casablanca, parle avec beaucoup d’amertume: «Nous ne pouvons plus satisfaire les demandes exprimées par les hôpitaux et les cliniques. Je déplore terriblement cette situation». Comme le don de sang ne se fait pas à jeun pour ne pas exposer la vie du donneur à des risques de complications, il se fait plutôt après la rupture du jeûne. Mais l’instauration du couvre-feu nocturne complique énormément la situation. «J’ai essayé de trouver des solutions avec les autorités pour permettre exceptionnellement aux Marocains de sortir pour donner leur sang. Nous avons également écrit une lettre au ministère de la santé pour intervenir dans le but de débloquer la situation. Mais nous n’avons reçu aucune réponse à nos courriers et à nos sollicitations », s’alarme la jeune directrice qui se bat pour sauver des vies humaines.

Des stocks à zéro
Les centres de transfusion sanguine font face à un dilemme impossible à résoudre: chaque jour, les malades qui ont besoin du sang, particulièrement les cancéreux, expriment des demandes très fortes en globules rouges et en plaquettes. Mais ce sont ces dernières qui posent sérieusement le plus de problèmes. Comme leur durée de stockage ne peut pas dépasser 5 jours maximum, leur niveau de stock est actuellement de 0 dans plusieurs centres du Royaume. Face à cette pénurie grave, la demande est trop importante. Un seul malade peut demander entre 5 et 12 poches de plaquettes. Autrement dit, il faut 600 poches de plaquettes par jour pour satisfaire la demande des malades au niveau de la région de Casablanca. Ce qui est considérablement énorme alors qu’il n’y plus de donneurs depuis le début du mois de Ramadan et l’instauration du couvre-feu.

La phobie du don
Une situation terriblement critique et difficile que déplore, pour sa part, le Professeur Redouane Semlali, cancérologue et propriétaire du groupe de cliniques le Littoral, spécialisées dans l’oncologie, et président de l’Association nationale des cliniques privées. «Vous savez que le sang, on ne l’achète pas, il faut des donneurs pour l’avoir. Or, avec l’absence des donneurs, nous faisons face à des drames», s’alarme ce médecin chevronné dont les patients ont un besoin quotidien de sang.

Comment fait-il alors pour permettre à ses patients de s’en sortir pendant cette crise majeure? Il faut savoir que les injections de sang sont nécessaires pour les malades du cancer qui sont en phase de chimiothérapie. Pour faire face à la crise, ces malades arrêtent temporairement la chimiothérapie et prennent à la place ce qu’on appelle des «traitements d’intensification» qui coûtent excessivement cher et aux effets secondaires parfois dangereux pour la santé.

Autre inconvénient pour les malades: «la prise de ces traitements d’intensification, vu leur puissance et leur force médicamenteuse, ne peut pas durer plus de 2 mois», explique Professeur Redouane Semlali. D’où l’urgence pour les autorités sanitaires de trouver des solutions rapides afin de rétablir au plus vite le niveau du stock des plaquettes. Car des vies humaines sont menacées de mort.

Les Marocains ne peuvent pas accepter qu’on puisse lutter contre la pandémie du Covid-19 et laisser les patients atteints de maladies chroniques mourir dans l’indifférence la plus totale. «Les autorités ont certainement raison de mettre le paquet sur la pandémie, mais elles n’ont pas raison d’abandonner les autres malades», s’insurge la directrice du centre régional de transfusion de Casablanca. Il faut dire que les Marocains, même en temps normal, n’ont pas la culture du don de sang. Une culture presque absente chez nous. Par crainte irraisonnée d’être contaminés par une maladie ou par peur de perdre une grande quantité de son sang, les Marocains s’inventent tous les prétextes pour s’abstenir d’aller dans les centres de transfusion.

Des campagnes de sensibilisation ont toujours eu lieu, mais elles n’ont jamais réussi à susciter l’intérêt chez les Marocains. Le Maroc compte ainsi le pourcentage le plus bas dans le monde en matière de don de sang: 0,94% de la population donne du sang alors que la moyenne mondiale, adoptée par l’organisation mondiale de la santé, est de 3%. Cette appréhension culturelle chez les Marocains de donner leur sang doit sérieusement faire réfléchir les autorités sanitaires.

Docteur Amal Darid Ibenlfarouk propose ainsi, après la levée de l’état d’urgence sanitaire et probablement la fin de la pandémie dans notre pays, d’adopter une nouvelle stratégie qui ciblerait plus les jeunes au détriment des moins jeunes. La catégorie d’âge à cibler sera comprise entre 18 et 35 ans. Beaucoup espèrent que les jeunes puissent faire don de leur sang pour sauver les vies humaines. Autrement, la pénurie de sang va toujours persister dans notre pays même après la levée de l’état d’urgence sanitaire et le retour à la situation normale.


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