Victoire du Sénégal à la CAN 2021

Le sacre de la persévérance

En remportant la 33e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), le Sénégal a confirmé son statut de leader sur l’échiquier continental, et surtout brisé une malédiction qui le poursuivait depuis longtemps.

Enfin ! C’est l’exclamation ressassée en choeur par tous les Sénégalais, au soir du dimanche 6 février 2022. Un grand ouf de soulagement, comme pour exprimer une délivrance après plusieurs années de disette. Depuis son accession à l’indépendance en 1960, le Sénégal n’avait jamais goûté aux délices d’une victoire finale en Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Et pourtant le talent ne manquait pas. C’est plutôt la chance qui refusait de lui sourire. Ce brin de baraka qui bénisse les exploits des champions.

Grâce à la génération dorée des El Hadji Diouf, Fadiga, Aliou Cissé, etc. de 2002, les «Lions» caressent dame coupe sans réussir à la posséder. Le Cameroun, rival d’un soir, les en a empêchés, lors d’une épique confrontation le 13 février, au stade du 26- Mars à Bamako. La fatidique séance des tirs au but scella le sort de la team de feu Bruno Metsu. La place historique de quart de finaliste au Mondial qui s’est déroulé la même année au Japon et en Corée de Sud, avait certes atténué la frustration, mais le désir de champion demeurait ardent.

Dix-sept ans plus tard, le Sénégal flirte, à nouveau, avec le gotha du football continental. Arrivés au Caire sous le costume de favoris, les hommes d’Aliou Cissé confirment leur statut et se hissent en finale. Le défi, battre l’Algérie de Belmadi. Le but précoce de Bounejah, venu de nulle part, doucha les espoirs de tout un peuple. Les Lions rentrent une nouvelle fois bredouille. Les déceptions s’accumulent. La malédiction se poursuit.

Victoire symbolique En 2022, les vice-champions d’Afrique débarquent au Cameroun sous la peau de favoris, au même titre que l’Algérie. Après un premier tour très poussif marqué par une victoire (1-0) et deux nuls (0-0), les coéquipiers de Sadio Mané terminent leaders du groupe B devant la Guinée et le Malawi. Pendant ce temps-là, les champions algériens rangeaient déjà leurs valises après leur rapide élimination dans le groupe E. Petit à petit, les Sénégalais montent en puissance. Après avoir dominé le Cap- Vert en huitième de finale, ils enchaînent avec des victoires sur le score de 3 buts à 1 en quarts et demi- finale devant respectivement la Guinée-Equatoriale et le Burkina Faso. Deuxième finale consécutive, sacrée prouesse.

Sauf qu’en face, il y avait un sacré client. L’Égypte, nation la plus titrée de la compétition avec sept étoiles. Les «Pharaons», considérés comme des outsiders par les observateurs au regard de leur palmarès peu reluisant lors des dernières CAN, vont déjouer tous les pronostics. Défaite 1-0 d’entrée par le Nigéria, l’équipe la plus impressionnante lors de la première phase du tournoi, la sélection de Carlos Queiroz réussit à décrocher la deuxième place derrière les «Super Eagles» pour poursuivre son aventure de fort belle manière. La Côte d’Ivoire avec son armada offensive, le Maroc avec son jeu séduisant et même le Cameroun, sont momifiés par les coéquipiers de Salah, qui retrouvent Mané pour le duel final.

Après avoir demandé en vain un report de la finale jusqu’au lundi 7 février, pour avoir trois jours de récupération, l’Égypte se dresse devant le Sénégal, au Stade Olembé, pour essayer de renouer avec sa gloire. Au terme d’un match maîtrisé de bout en bout, les «Lions de la Téranga » remportent enfin le trophée tant désiré. Mais que ce fut laborieux.

Le penalty manqué par Sadio Mané à la 4e minute de jeu, après une nette domination durant les premières minutes du match, avait rappelé les anciens démons et planté le scepticisme dans l’esprit des supporters sénégalais. En dépit de cet échec, les joueurs sénégalais ont maintenu leur rythme, en privant les Égyptiens du ballon, notamment Mohamed Salah, pendant une bonne partie de la rencontre.

A l’issue du temps réglementaire, les deux équipes n’arrivent pas à se départager. Place aux prolongations. Même scénario. Direction, les tirs aux buts. Au grand bonheur des «Pharaons», invaincus dans cette épreuve depuis 1984, et doublement victorieux dans cet exercice face à la Côte d’Ivoire et au Cameroun. Mal leur en a pris. Le dernier penalty victorieux transformé par Sadio Mané enterre leur baraka, et propulse le Sénégal au septième ciel.

Premier sacre devant les recordmen égyptiens, en terre camerounaise, deuxième sélection la plus titrée avec cinq coupes. Tout un symbole. Le signe indien est enfin vaincu. Aliou Cissé, qui avait raté un penalty lors de la séance de la CAN 2002, rectifie le tir et entre dans l’histoire. La fameuse étoile sera désormais estampillée sur le maillot de la première nation africaine au classement FIFA depuis plus de 37 mois. Fin d’une anomalie.

Accueil mémorable
A tout seigneur, tout honneur. Au lendemain de ce triomphe historique, les vainqueurs de la CAN 2021 sont accueillis en véritables héros, au pays de la Téranga. Arrivés à bord de la compagnie nationale Air Sénégal, les partenaires du capitaine Kalidou Koulibaly ont été accueillis par le président Macky Sall sur le tarmac de l’Aéroport militaire Léopold Sedar Senghor de Yoff, avant de fouler le tapis rouge déroulé à cette occasion. Le brillant défenseur du Napoli, tenant le trophée entre ses mains et l’ensemble de ses coéquipiers sont acclamés par un public nombreux qui les attendait sur place.

Après une brève cérémonie protocolaire rythmée par les vives félicitations du chef de l’État, les Lions s’installent dans leur bus pour aller communier avec les centaines de milliers de Sénégalais qui les attendent sur la route menant vers le palais présidentiel. Une procession de quatorze kilomètres inoubliables pour ces joueurs, vivement applaudis par une foule immense durant tout le trajet qui scandait les noms des joueurs qui leur brandissaient fièrement la coupe et les médailles d’or. Une véritable marée humaine pour sublimer les «Jambars» (guerriers en Wolof). Ce trajet qui, en temps normal, aurait pris moins de 30 mn, a finalement duré plus de 10h. Après une longue et palpitante communion, ils seront reçus une nouvelle fois par Macky Sall, tard dans la nuit.

Mardi 8 février, retour à la «maison blanche». Place aux récompenses. «Nous avons rêvé de la coupe, vous avez construit ce rêve et vous l’avez réalisé. Enfin, voici parmi nous la Coupe d’Afrique des nations de football. (…) Vous avez honoré la nation, en retour la nation dont vous êtes si fiers vous doit des honneurs», déclare le président sénégalais. Tous les joueurs, le staff technique et les membres de la délégation sont élevés Commandeur dans l’Ordre national du lion, la plus haute distinction du pays. Les forces de sécurité qui les accompagnaient ont également eu de nouveaux galons.

Parallèlement, la sélection d’Aliou Cissé et le staff et la délégation, soit une cinquante de personnes, recevront une prime de 50 millions de FCFA chacun (près de 840.000 dirhams), un terrain de 200 mètres carrés à Dakar, et un autre de 500 mètres carrés dans la nouvelle ville de Diamniadio, située à une trentaine de km de Dakar, pour y ériger la future «Cité de la tanière».

Comblés de joie, les Lions retrouveront leurs familles avant de retourner dans leurs clubs respectifs. Avec en ligne de mire, la prochaine double confrontation lors du dernier tour des barrages du Mondial 2022 au Qatar, encore face à l’Égypte, fin mars. Un nouveau duel pour porter l’estocade aux «Pharaons» !.

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