Vers une crise alimentaire mondiale

Un plan d’urgence pour la sécurité alimentaire s’impose.

Des dizaines de millions de personnes, de l’Europe à l’Asie, en passant par l’Afrique et le Moyen-Orient, devraient faire face à une crise alimentaire cette année en raison de plusieurs facteurs alimentés et aggravés par la guerre en Ukraine. Le conflit, qui implique deux pays produisant près d’un tiers du blé mondial, a contribué à faire grimper le prix mondial du grain de 21% en l’espace de dix jours. Les conditions météorologiques extrêmes, comme la sécheresse persistante en Amérique du Nord, le coût élevé du carburant, les prix des engrais qui explosent et la nécessité de nourrir un nombre croissant de réfugiés de guerre, le tout en pleine crise climatique, contribueront à créer une crise alimentaire en 2022.

Les pénuries alimentaires vont, donc, être réelles. Tous les pays y sont confrontés, y compris notre pays. Si au niveau mondial, tous les pays sont concernés, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont particulièrement vulnérables à la hausse des prix alimentaires, selon le Programme alimentaire mondial. L’Egypte est notamment parmi les pays les plus menacés de famine dans les mois à venir.

Ce pays dépend à 80% des céréales russes et ukrainiennes. Le Liban importe environ la moitié de son blé d’Ukraine, indique l’organisation. Pour la Tunisie, ce taux est de 42% et pour le Yémen de 22%. Toujours selon le Programme alimentaire mondial, les prix des denrées alimentaires dans le monde entier sont déjà à un niveau record, et les acheteurs qui doivent faire le tour des marchés pour remplacer le blé ukrainien paieraient encore plus cher. La Russie a déjà réduit ses exportations de blé et de maïs, et le ministre ukrainien de l’Agriculture a déclaré le 22 mars 2022 que la récolte de ce printemps pourrait être inférieure de moitié aux prévisions d’avant-guerre. L’Ukraine a suspendu ses exportations de viande, de bétail, de sel, de sucre, de sarrasin, d’avoine, de millet et de seigle.

Au Maroc, une récente étude du Policy Center for the New South a, en effet, révélé que le Maroc subira de plein fouet la crise entre la Russie et l’Ukraine, et que cela pourrait même coûter 2% du PIB. La même source a indiqué que la guerre aura un grand impact sur le marché mondial du blé en raison de l’importance des exportations russes et ukrainiennes de ce produit. Elles représentent en effet plus de 30% de l’approvisionnement global du marché. C’est pourquoi le document du think tank a considéré que la multiplication des sources d’approvisionnement pour le blé réduirait la dépendance du Maroc de ces deux pays. La même source a également appelé le Royaume à militer pour assurer sa souveraineté alimentaire, en accordant la plus haute des priorités aux cultures des céréales.

Pour l’instant et face aux menaces d’une crise alimentaire, consécutive à la guerre en Ukraine, le Maroc tente de réagir pour se préserver, à travers notamment la constitution d’un stock stratégique des produits alimentaires essentiels. C’est en tout cas sur quoi semble miser aujourd’hui le gouvernement pour limiter les répercussions de la crise actuelle.

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