Verdict de la cour d’appel de Tanger dans l'affaire du meurtre de Adnane Bouchouf

La peine capitale pour donner l’exemple

Beaucoup se demandent à quoi va servir cette peine capitale lorsqu’on sait que le Maroc ne l’a plus appliquée depuis l’exécution du commissaire Tabit en 1993. Un moratoire de fait pour se conformer aux conventions internationales signées par le Maroc sur l’abolition de la peine de mort.

Près de quatre mois après l’effroyable assassinat précédé du viol de l’enfant Adnane Bouchouf, 11 ans, à Tanger, le 11 septembre 2020, le meurtrier vient d’être condamné, mercredi 13 janvier 2021, à la peine capitale par la première chambre criminelle près la Cour d’appel de Tanger.

Réclamée par les réseaux sociaux, qui ont exprimé leur choc et leur profonde consternation suite à ce crime barbare qui a bouleversé l’opinion publique nationale, la peine capitale risque néanmoins de ne pas être appliquée.

Si le Maroc n’a pas encore officiellement aboli cette peine comme le lui réclament les organisations internationales de défense des droits de l’Homme avec lesquelles le Maroc a signé des conventions dans ce sens, il a néanmoins instauré un moratoire sur son application depuis l’exécution du commissaire Tabit en 1993. Voilà donc une nouvelle condamnation à mort contre un pédo-criminel qui va s’ajouter à la grande liste des condamnés à mort recensés, selon les statistiques officielles, à 74 cas.

Rejet de ce verdict
L’accusé principal, âgé de 24 ans, était poursuivi pour homicide volontaire sur un mineur avec attentat à la pudeur. Il s’agit d’une disparition à caractère criminel, révélée par le visionnage d’enregistrements vidéos qui ont démontré l’implication de cet individu près du domicile de la famille du défunt.

Les éléments de l’enquête ont révélé que le mis en cause a emmené la victime dans un appartement qu’il loue dans le même quartier résidentiel, l’a agressée sexuellement et commis l’homicide volontaire, au même jour et à la même heure, avant de procéder à l’enterrement du corps non loin de son domicile.

Un meurtre atroce qui a choqué les Marocains, qui sont sortis massivement dans les rues pour réclamer la peine capitale contre l’assassin. Mais les organisations internationales de défense des droits de l’Homme et les collectifs nationaux qui luttent pour l’abolition de la peine de mort expriment leur rejet de ce verdict. Pour ces collectifs, la peine capitale ne dissuade pas les criminels de commettre des crimes.

Parmi eux, le Réseau des parlementaires contre la peine de mort, que préside Nouzha Skalli, ancienne ministre PPS pour la famille et le développement social, qui milite dans les coulisses du parlement pour convaincre les députés du PJD à se rallier à leur projet. Pour Nouzha Skalli, le projet d’abolition se heurte à la position du PJD. Mais elle demeure optimiste.

Si le nombre des condamnés à mort est tombé à 74 actuellement, c’est parce que 31 de ces condamnés ont vu leur peine commuée en prison à perpétuité. Ce qui constitue pour les abolitionnistes un pas en avant pour la concrétisation de leur projet.


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