La variole du singe fait peur

Une nouvelle pandémie à craindre?

La variole du singe, ou Monkeypox en anglais, est la maladie dont tout le monde parle actuellement, non sans qu’elle soit comparée à la Covid-19 du fait que l’on redoute un épisode pandémique similaire. Crainte légitime? Et le Maroc, en particulier, est-il prêt à y parer?

Le Maroc peut pousser un ouf de soulagement. Ce 25 mai 2022, le ministère de la Santé a informé l’opinion publique par le biais d’un communiqué très attendu que les trois cas suspects de variole du singe, ou Monkeypox en anglais, annoncés deux jours plus tôt étaient finalement négatifs. “[Ces] cas (...) sont en bonne santé et pris en charge conformément aux procédures sanitaires en vigueur,” précisait-il. Ainsi, comme l’a relevé la même source, “sur la base des données épidémiologiques, aucun cas confirmé de variole du singe n’a été enregistré au Maroc à ce jour”. Pour autant, le Royaume est loin d’être sorti de l’auberge, tant s’en faut.

Depuis l’annonce, le 6 mai 2022, d’un cas de la maladie au Royaume-Uni, ce sont vingt-et-un pays au total qui, au 26 mai 2022, ont été atteints, pour un total de 289 cas. Certes, on est loin des chiffres d’il y a deux ans de la Covid-19, à laquelle le Monkeypox est actuellement comparé par les médias du fait de son caractère potentiellement pandémique, mais ce n’est en même temps pas rien compte tenu surtout de la situation géographique des pays concernés: Europe, donc, avec quinze pays, mais aussi l’Amérique du Nord et du Sud ainsi que le Moyen-Orient; bien loin, en somme de l’Afrique de l’Ouest et du bassin du Congo, en Afrique centrale, qui sont les deux foyers originaux du Monkeypox. Et surtout, beaucoup des cas détectés n’ont pas récemment été visiter ces deux dernières régions, ce qui signifie que la transmission s’est faite localement.

Potentiellement pandémique
Pour le Maroc en particulier, la crainte majeure tient sans doute du fait que le pays où l’on trouve actuellement le plus grand nombre cas n’est autre que l’Espagne -84 cas au total, devant le Royaume-Uni, 80 cas-, et ce à un moment où le Royaume s’attend à un flux important de touristes en provenance de la voisine ibérique dans le cadre notamment de l’opération Marhaba, destinée aux Marocains résidant en Europe. Conséquemment, il faut peut-être s’attendre à ce qu’à un moment ou un autre un premier cas soit déclaré. Refroidies par la Covid-19, qui leur avait coûté, lors de sa première année, 7% du produit intérieur brut (PIB) du fait notamment de l’absence de touristes consécutive à la fermeture plusieurs mois durant des frontières, les autorités marocaines prennent, ainsi, dès à présent les choses très au sérieux et ont d’ores et déjà mis en place un protocole visant à réduire la transmission du Monkeypox sur le territoire national en cas de recensement d’un cas, même non confirmé.

Dans ce sens, toute personne présentant une éruption cutanée, vésiculeuse ou vésiculo- pustuleuse, avec fièvre de plus de 38°C, et chez qui des causes habituelles comme par exemple la varicelle ont été écartées se doit d’être immédiatement déclarée à l’autorité sanitaire locale, de sorte que le ministère de la Santé puisse, par le biais de la délégation dont il dispose dans la préfecture ou la province concernée, confirmer le plus rapidement possible s’il s’agit effectivement d’un cas de Monkeypox, tandis que les cas contacts, qui auraient notamment été à moins de 2 mètres pendant 3 heures avec un cas probable ou confirmé symptomatique, seront soumis au moins trois semaines durant à l’auto-isolement avec suivi quotidien par une équipe d’intervention rapide (EIR).

Possibilité de transmission respiratoire
Un protocole quasiment similaire est actuellement en cours dans les autres pays, mais au vrai il est difficile pour l’heure de pouvoir vraiment apprécier son efficacité. Ainsi, il faudra sans doute atteindre quelques semaines encore, le temps de voir les cas devenir symptomatiques, car il faut dire que la période d’incubation, qui peut durer jusqu’à 21 jours dans beaucoup de cas, rend encore plus difficile le fait de savoir qui exactement à l’heure actuelle est malade. Entre-temps, le malade peut, pendant ces 21 jours, être en contact avec un nombre de personnes tellement importants, qui elles-mêmes peuvent être en contact avec un nombre de personnes non moins importants, que cela relève vraisemblablement de la gageure de pouvoir effectuer un vrai maillage qui permette de bloquer de façon sûre la circulation du Monkeypox.

Et même dans l’éventualité où ce maillage serait possible, on ne connaît, en fait, pas encore vraiment le mode de transmission de la maladie: la forme originale existant en Afrique passe surtout, on le sait grâce aux nombreuses recherches scientifiques réalisées à ce jour, par les fluides corporels, mais on ignore par exemple pourquoi c’est la communauté LGBT qui semble la plus affectée -les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains ont, à cet égard, émis une note le 24 mai 2022 pour avertir cette communauté, principalement les hommes gays et bisexuels, pour prendre davantage leurs précautions et aller se faire contrôler chez le médecin s’ils remarquent des lésions et de ne pas les prendre pour de simples affections sexuelles communes. De même, beaucoup de spécialistes évoquent la possibilité d’une transmission respiratoire, mais ce n’est pas un avis qui semble faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique.

Ce que nous a en tout cas appris la Covid-19, c’est qu’avec les nouvelles maladies ou celles dont les modes de transmissions semblent avoir changé, notamment les zoonoses provenant des animaux comme justement le Monkeypox l’est, il faut faire preuve de modestie et ne jamais afficher de confiance excessive, ni dans la compréhension desdites maladies ni dans le modèle de prévention adopté.

Ceci étant dit, l’avantage avec le Monkeypox est qu’il ne semble pas aussi mortel que la Covid- 19, sa manifestation s’arrêtant à des lésions certes douloureuses mais qui, à l’évidence, se résorbent d’elles-mêmes moins de quatorze jours après leur première apparition. Il n’est, aussi, pour l’heure, aucun moyen d’en guérir, sauf à avoir été vacciné contre la variole, ce qui pour toute une génération de Marocains de moins de 40 ans n’est pas le cas étant donné que le vaccin n’est plus administré depuis les années 1980 suite à l’éradication de la maladie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En tout état de cause, la vigilance aussi bien au niveau des autorités que celle des citoyens doit rester de mise.

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