Vaccination: le casse-tête du manque de vaccin

Le Maroc se doit désormais d’être créatif pour espérer assurer au plus vite à sa population l’immunité contre la Covid-19.

Que doit faire le Maroc pour faire face au manque de vaccins contre la Covid-19? C’est la question que doivent sans doute chaque jour se poser les responsables marocains, alors que le dernier stock reçu par le Royaume date du 7 mars 2021, à savoir 500.000 doses du vaccin de la compagnie pharmaceutique chinoise Sinopharm. Ce qui fait qu’au 25 mars 2021, il n’avait vacciné que 4,2 millions de personnes, et ce 56 jours après le démarrage de sa campagne de vaccination.

Certes, rapporté à sa population, ce chiffre fait du Maroc un des meilleurs élèves de la planète, puisqu’il se classe dans le top 20 mondial, et seuls les pays du Golfe que sont les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Qatar font, au niveau arabe, mieux, mais tout en étant largement moins peuplés. Les autorités marocaines avaient d’ailleurs recueilli, le 10 février 2021, les louanges de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), étant “parmi les 10 premiers pays qui ont réussi le défi de la vaccination contre la Covid-19”.

Ceci dit, il y a matière à faire beaucoup mieux, quand on sait les moyens déployés depuis plus de trois mois déjà par les ministères de la Santé et de l’Intérieur. Avec 2.888 stations de vaccination qui sont opérationnelles depuis au moins le 20 décembre 2020, le Maroc aurait très bien pu, s’il avait obtenu dans les temps les vaccins qu’il avait commandés, avoir d’ores et déjà bouclé la campagne. Sauf que c’est au compte-gouttes que ces vaccins arrivent, l’Inde, qui normalement fabrique le vaccin de la firme britanno-suédoise AstraZeneca pour quantité de pays à revenus faibles et intermédiaires, ayant notamment mis de façon progressive en place une politique d’interdiction d’exportation tant que la population du pays n’aura pas été vaccinée.

Dose unique
Ce qui, le 9 mars 2021, avait amené le comité national technique et scientifique consultatif de vaccination à autoriser en urgence le vaccin de l’américain Johnson & Johnson ainsi que le Sputnik-V, que l’on doit à la Russie et pour lequel des négociations existent depuis au moins début septembre 2020 si l’on en croit en tout cas l’ambassadeur du pays à Rabat, Valerian Shuvaev, auteur de déclarations à ce propos à l’agence de presse russe Sputnik.

Mais on voit donc qu’il n’y a toujours rien. Au Royaume-Uni, actuellement cité comme modèle au plan des vaccinations -cinquième mondial- et ce en dépit d’avoir eu à faire face aux mêmes contraintes, une des stratégies utilisées a été celle du “onejab”, ou “dose unique”. C’est-à-dire qu’au lieu d’administrer deux doses à quelques semaines d’intervalle comme le fait justement le Maroc, elles repoussent ce délai à trois mois. Période pendant laquelle la première dose suffit à assurer l’immunité du patient, et de fait la deuxième dose qui devait lui revenir sert à immuniser un autre patient, de sorte à rapidement pouvoir atteindre une immunité de groupe, même temporaire.

Dans une interview publiée le 6 février 2021 par les quotidiens allemand Die Welt et italien Repubblica, la capital-risqueur Kate Bingham expliquait à cet égard, elle qui a siégé au comité ayant produit la stratégie de vaccination britannique: “Mieux vaut protéger un peu tout le monde plutôt que de vacciner moins de personnes.” Une piste à suivre pour le Maroc?.