Campagne de vaccination contre la COVID

Le grand défi

Ce sont des obstacle aussi bien sanitaires, logistiques que techniques que devra surmonter le Royaume pour que sa population puisse être immunisée contre la Covid-19.

Début septembre 2020, la porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Margaret Harris, douchait les espoirs de beaucoup de monde en insistant sur le fait qu’“il est peu probable de s’attendre à une vaccination généralisée [contre la pandémie de Covid-19] avant le milieu de l’année prochaine”.

“[La] phase 3 [des essais de vaccins] doit prendre plus de temps car nous devons voir dans quelle mesure le vaccin est réellement protecteur et nous devons également voir dans quelle mesure il est sûr,” étayait-elle.

Sauf que depuis lors, il y a eu beaucoup de rebondissements, et ce 9 novembre Pfizer et BioNTech, deux entreprises pharmaceutiques basées respectivement aux États-Unis et en Allemagne, viennent notamment d’annoncer que le vaccin sur lequel elles planchent depuis plusieurs mois “a démontré des preuves d’efficacité contre le Covid-19 chez des participants sans preuve préalable d’infection par le SRAS-CoV-2”, le virus responsable de la pandémie, et ce sur la base de la première analyse d’efficacité intermédiaire.

Bonne volonté
“Aujourd’hui est un grand jour pour la science et l’humanité,” s’est notamment félicité le PDG de Pfizer, Albert Bourla. En même temps, de nombreux autres vaccins devraient incessamment se voir valider, dans la mesure où plus d’une quarantaine ont été mis au point au cours des derniers mois et que huit d’entre eux, y compris le BNT162b2 de Pfizer et BioNTech, en sont déjà à la troisième et dernière phase d’essais. Sur ces huit vaccins, deux, en particulier, semblent le plus intéresser les autorités marocaines, qui devraient dans “les prochaines semaines” opérer une large campagne de vaccination dans le pays suite aux instructions données dans ce sens par le roi Mohammed VI aux autorités compétentes, au cours de la séance de travail qu’il a présidée au palais royal de Rabat le 9 novembre même.

Appui nécessaire
Premier de ces vaccins, le AZD1222 du britanno-suédois AstraZeneca, pour lequel le gouvernement Saâd Eddine El Othmani avait signé, le 18 septembre, un mémorandum d’entente avec le groupe russe R-Pharm, chargé de produire ledit vaccin pour la région MENA. Ce dernier avait, certes, défrayé la chronique début septembre après qu’un volontaire eut contracté “une maladie inexpliquée”, amenant de fait à mettre un coup d’arrêt aux essais, mais aucun lien de cause à effet ne fut par la suite démontré, ce qui fait qu’il reste toujours en compétition.

Mais en plus du AZD1222, il y a surtout le vaccin chinois de Sinopharm, dont le Maroc a, aux côtés de nombreux pays arabes notamment, carrément pris part aux tests, dans le cadre de deux accords de coopération signés le 20 août par l’Exécutif. Le roi Mohammed VI avait personnellement posé la question, lors du conseil des ministres qu’il avait présidé au palais royal de Rabat le 14 octobre, à son propos au ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, qui lui avait répondu qu’“il y a un contact permanent avec les entreprises et avec le gouvernement chinois, qui font montre d’une bonne volonté à ce sujet, soulignant que les choses évoluent dans le bon sens”, selon ce qu’avait rapporté le porte-parole du Palais royal, Abdelhak El Merini.

Et en faisant référence, dans un communiqué ayant rendu publique la teneur de la séance de travail du 9 novembre, au fait que “le Royaume a pu occuper un rang avancé dans l’approvisionnement en vaccin contre la Covid-19, grâce à l’initiative et à l’implication personnelle du Souverain qui ont abouti à la participation réussie de notre pays, dans ce cadre, aux essais cliniques”, il semble que c’est le vaccin de Sinopharm qui sera utilisé au cours d’une campagne d’ores et déjà qualifié “d’envergure inédite” et qui mettra notamment à contribution le personnel de la Santé, l’administration territoriale et les forces de l’ordre, avec au surplus “l’appui nécessaire” des Forces armées royales (FAR).

Concrètement, le Maroc procédera d’abord à vacciner les “personnels de première ligne” que sont le personnel de Santé, les autorités publiques, les forces de sécurité et le personnel de l’éducation nationale en sus des personnes âgées et des personnes vulnérables au SRASCoV- 2, avant d’étendre par la suite, au fur et à mesure, l’opération à l’ensemble des citoyens âgés de 18 ans et plus.

Indicateurs épidémiologiques
Le vaccin sera injecté en deux reprises, comme c’est en général le cas pour les vaccins à l’avenant -seul le Ad26.COV2.S de l’américain Johnson & Johnson devrait faire exception-, et il faudra, pour que l’opération réussisse, surmonter des défis aussi bien “sanitaire, logistique que technique”, comme le rappelle le Cabinet royal lui-même. En effet, il faudra faire en sorte que vraiment tous les citoyens soient vaccinés, en établissant notamment un système de pré-enregistrement des bénéficiaires, mais surtout mettre en place des chaînes d’approvisionnement qui permettent de garder le vaccin à la bonne température: si, ainsi, le vaccin se retrouve plus de quatre fois à une température supérieure à -70ºC, il ne sera tout bonnement plus efficace, et par conséquent toute la campagne pourrait tomber à l’eau. Il faudra, de fait, être méticuleux, et cela on doit en avoir pleinement conscience au sommet de l’État.

En tout cas, c’est un pas courageux que s’apprête à faire le Maroc, même si le Cabinet royal a souligné que la campagne s’appuie sur le fait que “selon les résultats des études cliniques déjà achevées ou toujours en cours, la sécurité, l’efficacité et immunogénicité du vaccin ont été prouvées”. En effet, le Royaume sera le premier pays du monde à faire massivement vacciner sa population, bien avant même les pays ayant produit les vaccins. Mais, en même temps, la nécessité s’impose, car le Maroc ne peut plus se permettre de continuer de revenir au confinement dès lors que les indicateurs épidémiologiques ne sont plus au vert, étant donné le risque socioéconomique induit pour les Marocains.

À son retour d’exil en novembre 1955, le roi Mohammed V avait proclamé la fin du petit jihad qu’avait constitué la lutte pour l’indépendance mais le début d’un jihad plus grand pour le Royaume, et c’est sans doute un moment similaire qui semble se présenter actuellement devant le pays.

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