VACCIN, ES-TU LÀ?

LES PAYS LES PLUS DÉMUNIS FONT LES FRAIS D’UN JEU INTERNATIONAL NON COOPÉRATIF.

À part le Royaume Uni, les États-Unis, la Chine, la Russie et même Israël, presque tous les pays du monde doivent faire face, aujourd’hui plus qu’hier, au défi généralisé de l’approvisionnement en vaccins. Or, sans vaccination généralisée, on ne voit pas comment lutter contre un virus aussi ravageur que le covid-19. La vaccination s’avère, ainsi, d’autant plus nécessaire que l’évolution de cette pandémie du coronavirus reste incertaine tenant compte de la propagation du nouveau variant, ce qui pourrait emmener vers l’adoption de nouvelles mesures restrictives au Maroc et ailleurs.

Le Maroc qui a lancé une campagne volontariste anti-covid 19, espère atteindre l’immunité collective en vaccinant les 25 millions d’adultes. Jusqu’au 22 mars 2021, près de 4,3 millions de Marocains ont été vaccinés au moins une fois et 2,6 millions ont reçu les deux doses du vaccin, soit une proportion respectivement de 11,8% et de 7,2%, à comparer à 9,5% et 3,7% en France à la même date.

Le Maroc qui se trouve, ainsi, largement en avance sur les autres pays africains, fait, néanmoins, aujourd’hui face au défi généralisé de l’approvisionnement en vaccins, du fait de la défaillance de la Chine et, plus récemment, de l’Inde. Rappelons que le Maroc a passé commande de 65 millions de vaccins, 40 à Sinopharm et 25 AstraZeneca, pour tenir son pari de l’immunité collective. Mais les 7 millions de doses reçues d’AstraZeneca sont pratiquement épuisées, tandis que les délais d’approvisionnement s’aggravent en provenance d’Inde. Le partenariat noué en amont par le Maroc avec Sinopharm n’a pas non plus été concluant, puisque, au lieu des 10 millions de doses promises pour décembre dernier, seules 1,5 million avaient été livrées en mars.

2 millions de doses supplémentaires de Sinopharm sont attendues très prochainement au Maroc, afin d’éviter le ralentissement, voire la suspension de la campagne de vaccination, au moment même où elle doit toucher les 45-60 ans.

Ceci, au moment où l’Union Européenne est en train de payer cher en termes humains et économiques vu le retard qu’elle traine par rapport à son calendrier initial. De tractation en tractation avec les grands laboratoires, les négociateurs et la Commission européenne ont tellement fait confiance aux laboratoires qu’ils n’ont pas pris la peine de vérifier sous le capot pour voir si leurs promesses étaient tenables. Alors Moderna et Pfizer qui n’arrivent pas à monter en production, se voient contraints d’annoncer des retards.

Après, c’est au tour d’AstraZeneca d’expliquer qu’il ne pourrait finalement livrer que 30 millions de doses à fin mars 2021 au lieu des 80 millions prévues. Avec le labo anglo-suédois, l’affaire tourne même au vinaigre. Le groupe des Vingt-Sept soupçonnera le groupe pharmaceutique d’avoir servi en priorité le Royaume-Uni au détriment de l’UE. Or, L’UE est le plus gros contributeur au programme Covax destiné aux pays les plus pauvres.

Ce sont ces derniers qui feront, finalement, les frais de ce jeu non coopératif. Car si les pays riches se vaccinent entre eux et laissent de côté les plus démunis, alors de nouveaux variants s’y développeront, et l’épidémie reprendra de plus belle.