Vaccin contre la COVID-19: Le vrai du faux

Plus de 149 projets de vaccins sont actuellement en cours de développement, selon l’OMS, certains plus prometteurs que les autres. Qu’en est-il exactement? Et comment le Maroc saura-t-il tirer son épingle du jeu?

C’est sur un véritable séisme que s’est réveillée, ce 9 septembre 2020, la communauté scientifique et médicale. La nuit précédente, l’entreprise pharmaceutique britanno-suédoise AstraZeneca annonçait la suspension des tests de son vaccin contre la Covid-19. La raison, “une maladie inexpliquée” qu’un des volontaires se l’étant fait administrer dans le cadre de la troisième phase de tests du vaccin aurait contractée. Il s’agirait, selon le New York Times, d’une myélite transversale, un syndrome affectant la moelle spinale et pouvant provoquer une paralysie. Mais AstraZeneca n’a pas confirmé. Beaucoup ont ainsi vu un des principaux espoirs de mettre sur le marché un vaccin efficace contre la Covid- 19 d’ici la fin de l’année douché.

Le vaccin d’AstraZeneca, mis au point en partenariat avec l’Université d’Oxford, est, de fait, considéré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant un des neufs vaccins les plus prometteurs actuellement en cours de développement. Il avait notamment obtenu, le 21 mai, 1,2 milliard de dollars de la part de l’administration américaine, qui escomptait en échange quelque 300 millions de doses d’ici début octobre. Ce fut, soit dit en passant, le premier contrat passé par l’immunologue d’origine marocaine Moncef Slaoui suite à sa nomination, le 15 mai, par le président américain Donald Trump à la tête de l’opération Warp Speed -10,79 milliards de dollars ont, pour l’heure, été investis par lui.

“Maladie inexpliquée”
Si l’on voit la moitié pleine du verre, on peut toujours dire qu’il reste encore huit vaccins qui, eux, pourraient s’avérer plus concluants, et ce sur un total de 149 projets recensés par l’OMS. Et puis, même le vaccin d’AstraZeneca n’est pas encore hors du coup, car l’arrêt des tests s’est fait sur une base prudentielle, et il se pourrait que la “maladie inexpliquée” décelée chez le volontaire de ses tests n’y soit pas corrélée. Mais en même temps, beaucoup d’experts se demandent si la course actuelle au vaccin n’est pas trop effrénée, trop politisée.

On a ainsi vu, au cours des dernières semaines, l’administration américaine faire pression pour rendre disponible aussi tôt que le 1er novembre un vaccin contre le Covid-19, ce qui arrangerait surtout M. Trump dans la perspective d’une réélection aux présidentielles prévues 3 novembre. Mais dans des déclarations faites, le 3 septembre, à la station américain NPR, Pr Slaoui a insisté que, même si ce n’était “pas impossible”, cela demeurait “extrêmement improbable”.

Ailleurs, c’est la Russie qui a le plus défrayé la chronique avec son vaccin Spoutnik V, annoncé en grandes pompes par le président Vladimir Poutine le 11 août. D’aucuns, parmi les spécialistes, ont considéré que Moscou allait trop vite en besogne, dans la mesure où, raisonnablement, les trois phases de tests nécessaires pour éprouver la qualité et l’efficacité d’un vaccin devaient prendre plus de temps.

Coopération opérationnelle
Autrement, cela pourrait constituer un danger, comme l’ont démontré les tests du vaccin d’AstraZeneca. En réponse, des scientifiques russes du Centre national de recherche pour l’épidémiologie et la microbiologie Gamaleïa, à l’origine de Spoutnik V, ont publié, le 5 septembre, dans la revue médicale The Lancet une étude qui tendrait à prouver que le vaccin qu’ils avaient conçu pouvait bel et bien immuniser contre la Covid-19. Ainsi, il fut constaté, dans le cadre de cette étude, que les 76 volontaires y ayant pris part avaient produit suffisamment d’anticorps pour ne plus risquer, à l’avenir, d’être contaminés.

Mais ceci dit, il fut souligné, dans les premières réponses critiques à l’étude, que les volontaires en question étaient tous des militaires bien portants, âgés de moins de 60 ans, et n’appartenant par conséquent pas aux groupes les plus vulnérables. Et, au surplus, l’échantillon reste, au final, réduit. Ce qui n’a, toutefois, pas empêché le ministère de la Santé russe de mettre, dès le 8 septembre, en circulation Spoutnik V. Dans un communiqué, ce dernier a excipé du fait que “le premier lot de vaccin (...) a subi les essais nécessaires sur la qualité dans les laboratoires du Service fédéral de contrôle dans le domaine de santé”.

Selon des déclarations faites par l’ambassadeur de Russie à Rabat, Valeria Shuvaev, le 3 septembre à l’agence de presse russe Spoutnik, “les importateurs marocains ont manifesté leur intérêt pour la proposition russe de leur fournir” Spoutnik V et fait part de la “volonté” de son pays “d’établir une base de production au Maroc et de mener à l’avenir des recherches et des essais cliniques conjoints sur le vaccin”.

“Nous avons proposé à tous les pays du monde, y compris le Maroc. Nous partons avec l’espoir que notre proposition connaîtra une suite positive. Il y a de bonnes opportunités pour cela,” a-t-il révélé. Mais, de leur côté, les autorités marocaines n’ont pipé mot. Elles ont, pour l’heure, uniquement fait part de leur intérêt pour les vaccins développés par la Chine, dont deux doses, que l’on doit respectivement aux firmes chinoises Sinovac Biotech et Sinopharm ont, pour la première fois, été exposées au grand public ce 7 septembre, dans le cadre d’une foire commerciale organisée à Pékin.

Dans ce sens, il y a lieu de rappeler que, le 1er septembre, le roi Mohammed VI et le président chinois Xi Jinping avaient eu des échanges téléphoniques où, notamment, furent abordées “les étapes futures de la coopération opérationnelle entre le Royaume du Maroc et la République populaire de Chine, dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19.”

La veille même, les autorités marocaines avaient signé avec Sinopharm un accord pour participer aux tests qu’elle est en train d’effectuer de par le monde, et ce sont 600 volontaires qui, dans un premier temps, seront concernés.

Le Maroc pourrait même à l’avenir, selon le bruit qui court, accueillir des usines qui fabriqueraient à grande échelle des doses des vaccins chinois d’abord pour les citoyens marocains mais aussi plus largement africains, du fait d’une expertise reconnue à l’échelle continentale au plan pharmaceutique. Mais, éventuellement, il faudra attendre pour voir.


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