Vaccin Covid-19: Grand éspoir, petites réserves

Efficacité et importation des vaccins anti-Covid, lancement de la campagne nationale...

La course mondiale effrénée pour se procurer les vaccins justifie la vision anticipative de la stratégie de vaccination initiée par le Roi Mohammed VI. Les deux vaccins sélectionnés par le Royaume se révèlent efficaces. Les résultats des essais cliniques ont été publiés dans des revues scientifiques de renom. Des révélations inédites qui rassurent et rassérènent les Marocains. La confiance s’installe.

La brouille se dissipe. La confiance s’installe. Moins de flou et d’incompréhensions. Plus de clarté. Désormais, on en sait un peu plus sur le comité national scientifique ad hoc pour l’élaboration de la stratégie vaccinale contre la Covid-19 dont l’objectif premier et principal est d’élaborer une stratégie de vaccination de la population marocaine et la soumettre pour approbation à la haute sphère de l’autorité du pays mais aussi d’assurer le suivi des essais cliniques.

Les propositions d’une stratégie de vaccination ont été faites. Seul le Roi Mohammed, en sa qualité de chef d’Etat, aura le dernier mot sur ce qui sera mis en oeuvre, en partant du principe selon lequel c’est la priorisation scientifique qui déterminera, notamment, les personnes pour lesquelles les vaccins pourraient être bénéfiques en priorité et qui courent un risque plus important, où qu’elles se trouvent, qui devraient y avoir accès. Bien entendu, l'opération touchera en premier lieu le personnel stratégique, ou le personnel de première ligne, en l’occurrence, le personnel de Santé, les autorités publiques, les forces de sécurité et le personnel de l’éducation nationale, ainsi que les personnes âgées et les personnes vulnérables au virus, avant de s’élargir au reste de la population.

La décision reviendra au Roi, et c’est naturel, étant donné qu’il s’agit là de la santé et de la sécurité de 25 millions de Marocains. Oui, finalement, ce sont 25 millions d’âmes qui sont censées recevoir le vaccin anti-Covid. Sont inclues les personnes atteintes du Covid-19, asymptomatiques, même si elles sont en bonne santé, beaucoup plus pour une question d’éthique, car au final, cette frange de la population peut ne pas être vaccinée, selon l’avis de grands experts scientifiques en la matière de par le monde. Ceci dit, elles conserveront leur droit à recevoir le vaccin.

Une vision anticipative
Mais par quel vaccin les Marocains seront-ils vaccinés? Et quels critères, objectifs bien entendu, ont présidé au choix de tel ou tel autre vaccin? La réponse à ces deux questions capitales et vitales est apportée par la professeure Bouchra Meddah, directrice du Médicament et de la Pharmacie au ministère de la Santé (voir son interview dans ce même dossier dédié à la stratégie de vaccination nationale). En substance, il s’agit du vaccin chinois de Sinopharm et du vaccin britanno- suédois d’AstraZeneca. Pourquoi ces deux-là et pas d’autres? Tout bonnement, parce qu’ils sont efficaces et sûrs. Mais pas seulement. Ils sont les plus avancés sur un plan chronologique. L’épidémie avance à grands pas. Irréductible et implacable. Et on craint pour la santé des citoyens. C’est le souci lancinant du Roi Mohammed VI.

Essais cliniques concluants
Autre critère de poids, non moins important, voire même pesant dans la prise de décision: les conditions de stockage et de distribution comme la conservation des vaccins entre 2 et 8°C. Cette donnée est cruciale en ce sens où elle évite au Maroc des dépenses faramineuses, se chiffrant vraisemblablement à des dizaines de millions de dollars, pour s’équiper en une chaîne de froid à -60 ou -70° que nécessite la conservation d’autres vaccins, notamment américains.

Et puis, admettons que le vaccin soit prêt en décembre 2020 ou janvier 2021. Il va falloir au minimum trois mois pour équiper 83 provinces, avec tout ce que cela induit comme grande mobilisation de ressources humaines formées et disponibles. Contrairement aux vaccins chinois et britanno-suédois, dont la conservation ne pose aucun problème et n’exige point un investissement en temps et en argent. «Le ministère de la Santé dispose d’une chaîne de froid efficace pour la conservation des vaccins de routine avec un volume de stockage de sécurité», rassure Dr Abdelhakim Yahyane, directeur de la Direction de la Population au ministère de la Santé (voir son interview également).

Pour ce qui est des essais cliniques concluants et déterminants dans le choix des deux vaccins pour la campagne de vaccination anti-Covid, la nouvelle est réconfortante. Les résultats des études de la première et la deuxième phases sont prometteurs et encourageants, de l’avis des deux membres du comité scientifique et technique ad hoc.

Reste les résultats des essais dans leur phase III. A ce propos, ce qu’il faut retenir, c’est que l’essai clinique de phase III du vaccin Sinopharm est une étude randomisée en double aveugle réalisée au Maroc (sur un échantillon de 600 volontaires) mais aussi dans plusieurs pays au monde entier, dont les Emirats Arabes Unis, le Bahrein, l’Egypte et l’Argentine. Ces essais, qui doivent durer en principe un an, sont au troisième mois. Mais des résultats préliminaires sont attendus d’ici fin décembre 2020.

Cela coïncidera fort probablement avec le début de la campagne de vaccination au Maroc avec le vaccin chinois de Sinopharm. L’étendue de la campagne sera fonction de l’arrivage du vaccin de Chine. Déjà, un premier avion transportant le premier arrivage fera l’aller-retour de Chine au Maroc fin novembre courant. Ce dernier sera destiné au personnel stratégique. Si les quantités importées sont suffisantes, cette frange de la population sera vaccinée en deux semaines.

Pour le reste de la population, au cas où les doses nécessaires s’avèrent disponibles en temps voulu, l’opération n’excèdera pas un mois. Mais c’est sans compter avec les premiers arrivages du vaccin d’AstraZeneca, qui seraient acheminés courant janvier 2021.

En tout état de cause, le Maroc a une expérience probante en matière de vaccination massive. Le pays est équipé et prêt à administrer jusqu’à 500.000 doses par jour si toutefois toutes les conditions sont réunies et si tout se passe comme prévu. Informer, c’est communiquer. Et communiquer, c’est faire adhérer. Il est vrai que le ministère de la Santé a en partie failli à ce paradigme depuis le début de l’épidémie, mais aujourd’hui, ce qui retarde la campagne de communication relative à la stratégie de vaccination est plus fort que le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, ou du Chef de gouvernement, Saâd Eddine El Othmani. C’est une décision souveraine qui revient au Roi Mohammed VI.

Une expérience probante
A ce stade, c’est déjà un bon signe de révéler ces informations stratégiques et susceptibles de balayer d’un revers de la main les spéculations inhérentes aux vaccins sélectionnés, leur efficacité et leur innocuité. Sur ce dernier point, le vaccin chinois est actuellement en stade de fabrication. En Chine, on l’a testé sur des Chinois. Aucun effet secondaire grave à déclarer, pour l’heure.

Un problème hante, cependant, les responsables marocains, comme leurs pairs de par le monde, les demandes sur les vaccins sont pressantes en provenance de plusieurs contrées. Si l’Europe a fait son choix d’opter unanimement pour le futur et hypothétique vaccin de Sanofi (qui ne sera prêt, selon le top management des laboratoires, qu’en juin 2021), plusieurs pays ont commandé à Sinopharm et à AstraZeneca comme à d’autres.

Heureusement que le Maroc a pris l’initiative très tôt. Et c’est cette initiative, il faut en convenir, qui a suscité quelques appréhensions ci et là sur l’efficacité et la sécurité du vaccin du moment que les essais cliniques ne sont pas terminés.

Pour le moment, les résultats des essais sont apaisants. Fallait-il attendre la fin des essais avant de le commander ou commander celui d’AstraZeneca? C’est là toute la question. Mais, d’un point de vue de gouvernance et de santé des Marocains, le Souverain, comme tout citoyen marocain, observe avec inquiétude l’évolution ascendante plus ou moins effrénée de la courbe des contaminations et des décès Covid.

A lui seul, cet argument peut convaincre et rassurer tout Marocain et le faire adhérer à cette vision anticipative qui, finalement, comme elle a été explicitée dans les discours royaux, priorise la santé des Marocains. Et puis, en se vaccinant et en freinant la propagation du nouveau coronavirus, voire en l’éradiquant, la relance de l’économie nationale sera effective.

Sans quoi, les restrictions de déplacements et les contrôles et la paralysie de secteurs d’activité entiers empêchera cette relance avec tout ce que cette situation engendrera comme retombées économiques et sociales fâcheuses.


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