Le vaccin chinois a été testé à grande échelle

L'approche marocaine de lutte contre le covid-19 expliquée par le PR Azeddine Ibrahimi

Le monde fait face à une crise sanitaire sans précédent, il a fallu donc recourir à une procédure d’urgence pour la validation des vaccins.

Depuis l’annonce par le Maroc de l’achat du vaccin chinois, tout un chacun y va de sa propre analyse. Les conjectures et les spéculations vont bon train. Il y en a qui ont vu dans cette opération un marché à bas prix, d’autres ironisant sur la qualité du produit chinois… Ce n’est pas l’avis du Pr Azeddine Ibrahimi, directeur du laboratoire de biotechnologie médicale à la faculté de médecine à Rabat et membre du comité scientifique et technique ad hoc.

Pour lui, il faut d’abord rappeler l’approche marocaine, anticipative et participative, avec l’implication et le souci royal pour les professionnels de la santé, notamment, en première ligne dans la lutte contre le virus et l’élaboration des stratégies adéquates. «L’approche marocaine se basait sur deux volets: le premier est non médical et consiste à prendre toutes les dispositions pour bloquer l’évolution de la pandémie et casser la chaîne de transmission du virus, à travers le confinement, qui a été total puis partiel ou par région, voire par quartier, à travers aussi les mesures d’hygiène, gel hydro-alcoolique et l’obligation du port du masque.

Ces gestes-là doivent rester de rigueur le temps qu’il faut. Le deuxième volet est médical et, là, le Maroc a été parmi les premiers pays au monde à avoir instauré un protocole sanitaire, qui a évolué pour arriver à la formule actuelle combinant l’antibiotique, le zync, la vitamine C et un anticoagulant. Avec ce mode de combat, le Maroc a pu limiter sensiblement le nombre de morts comparativement d’ailleurs à d’autres pays plus puissants», précise Pr Ibrahimi dans un entretien avec Maroc Hebdo.

Et d’ajouter que, dans ce cadre, le Maroc a, depuis des mois, commencé les contacts avec les grands laboratoires du monde, en Europe, en Amérique et en Asie et que les scientifiques marocains, présents sur le terrain, ont multiplié les efforts pour essayer de comprendre la nature de ce virus et comment agir pour endiguer la pandémie. Ainsi, il a été préconisé depuis le mois d’avril que seule une vaccination de masse peut répondre à l’urgence de la situation. D’ailleurs le comité scientifique et technique est pluridisciplinaire, ouvert aux propositions de tous les spécialistes dans le cadre d’une démarche participative et transparente, souligne M. Ibrahimi.

Tarifs préférentiels
Concernant le choix du vaccin chinois et pas un autre, M. Ibrahimi explique que «ce vaccin a montré son efficacité, il est déjà utilisé en Chine et aux Emirats arabes unis et plusieurs pays ont commandé des millions de doses. Ensuite, c’est un vaccin qui peut être stocké entre 2 et 8°, contrairement à celui de Pfizer, qui doit être stocké à -80°. Donc, sur le plan de la chaîne de froid, le vaccin chinois est le plus adéquat. Enfin, et c’est important à souligner, l’accord entre le Maroc et la Chine porte aussi sur le transfert de technologie.

Nous allons pouvoir produire au sein de la Cité technologique de Tanger ce vaccin, qui est basé sur la technique du virus inactivé et non pas atténué.» Le professeur à la faculté de médecine précise également que le vaccin chinois a fait l’objet de plusieurs études publiées dans des magazines scientifiques de renom. Quant à son prix, le Maroc table sur des tarifs préférentiels, précise M. Ibrahimi, sachant que la commande porte sur des millions de doses. Ceci sans oublier que le Maroc diversifie son approvisionnement en vaccins, pas uniquement chinois. L’achat de plusieurs millions de doses du vaccin d’AstraZeneca, qui est développé par une autre technologie, est en cours.

Il faut dire qu’actuellement que les deux vaccins sont à la dernière phase des tests, la phase trois, et leurs producteurs ont déjà des commandes. Sauf pour Pfizer et Moderna, dont toute la production est vendue d’avance dans le cadre de l’approche participative adoptée par les USA pour mettre au point le vaccin anti-Covid. Tous les vaccins attendent l’autorisation de mise sur le marché. A la question de savoir qui donne cette autorisation, un organisme international comme l’OMS ou chaque pays a sa propre réglementation, M. Ibrahimi lève toute ambiguïté en disant que «l’OMS assure un suivi puisqu’il s’agit d’une pandémie internationale, mais ne donne pas d’autorisation de mise sur le marché.

L’Union européenne a son agence des médicaments qui autorise la mise sur le marché des produits pharmaceutiques. Les USA ont leur puissante agence des médicaments. Au Maroc, nous avons une direction au niveau du ministère de la santé qui seule est habilitée à donner le feu vert ou pas». Mais, ajoute-t-il, les paramètres sont universels: pour qu’un vaccin soit autorisé à la vente sur le marché, il faut qu’il réponde à trois critères que sont l’innocuité, l’efficacité et un mode de fabrication répondant aux normes.

Feu vert
Reste la question que tous les spécialistes se posent, à savoir la durée de l’immunité acquise. Le monde fait face à une crise sanitaire sans précédent, il a fallu donc recourir à une procédure d’urgence pour la validation des vaccins. Il faut attendre un an avant de pouvoir se prononcer sur la durée de l’immunité acquise par les patients ayant été traités par ces vaccins. A partir de là, les scientifiques peuvent apporter des améliorations aux vaccins si toutefois cela s’avère nécessaire.

Quant à ce que l’on appelle les médicaments d’immunothérapie comme moyen de mettre fin au virus, M. Ibrahimi est catégorique: «Valeur aujourd’hui, il n’y a pas de médicaments d’immunothérapie. Deux laboratoires américains ont sorti des échantillons à base d’anticorps de synthèse. L’un d’eux, le laboratoire Eli Lilly dispose d’une autorisation provisoire aux USA, alors que celui de la société Regeneron a été d’ailleurs utilisé par Donald Trump avec une «compassionate authorization».

Mais il n’y a pas de production à l’échelle commerciale. En plus de cela, le coût d’un traitement pareil est extrêmement cher. Si cette technique était abordable, pourquoi alors tout le monde cherche le vaccin?» M. Ibrahimi insiste sur l’engagement citoyen en ce sens que pour permettre de combattre efficacement la pandémie, un préalable s’impose: le respect des mesures sanitaires dictées par les pouvoirs publics. Tout relâchement peut conduire à une situation non maitrisable, avertit-il.


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