Le vaccin Astrazeneca maintenu: Une brèche en train de s'ouvrir pour le Maroc?

Au lieu de tomber dans les calculs politiques de leurs homologues européennes, les autorités marocaines ont choisi de reconduire leur confiance dans le vaccin anti-Covid-19 britanno-suédoise et peuvent, peut-être, plus que jamais espérer enfin parvenir à l’immunité de groupe.

Le Maroc poursuit donc l’utilisation du vaccin anti-Covid-19 de la compagnie pharmaceutique britanno-suédoise AstraZeneca. Ainsi en ont décidé, mercredi 17 mars 2021, les autorités publiques, suite à un avis favorable de la Commission consultative nationale de pharmacovigilance. Réunie au siège de la Direction du médicament et de la pharmacie, cette commission a estimé “à l’unanimité que les bénéfices du vaccin AstraZeneca l’emportent sur les risques et qu’il n’y a pas de lien direct entre [les] effets secondaires [concernant les troubles de coagulation et les événements thromboemboliques chez les bénéficiaires du vaccin AstraZeneca] et l’utilisation du vaccin”. “[Les membres de la commission] recommandent de continuer à utiliser ledit vaccin dans les campagnes de vaccination à l’échelle nationale,” rapporte un communiqué du ministère de la Santé.

Avantages et risques
C’est chez pas moins de quatre bénéficiaires du vaccin qu’ont été observés les effets secondaires en question, et en cela le Maroc a rejoint l’Europe où c’est AstraZeneca qui est le plus utilisé et où des cas similaires ont également été enregistrés. De nombreux pays européens ont, par précaution, carrément préféré suspendre le vaccin, non sans sortir l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de ses gonds: cette dernière adopte, ainsi, des éléments de langage proches de ceux de la Commission consultative nationale de pharmacovigilance. “Pour le moment, l’OMS estime que les avantages du vaccin AstraZeneca l’emportent sur les risques et recommande la poursuite de la vaccination,” soulignait ce 17 mars 2021, dans une déclaration, l’organisation.

C’est en fait depuis la phase d’essais qu’AstraZeneca se trouve sous le feu des critiques. Le 8 septembre 2020, la troisième phase de ces essais était suspendue après des effets indésirables chez un patient, jamais toutefois rendus publics. Se pouvait-il que cela ait également été un cas de thrombose? Le 13 septembre 2020, les essais reprenaient en tout cas comme si de rien n’était, et AstraZeneca était notamment approuvé le 6 janvier 2021 par le Maroc, lui qui en avait dès le 18 septembre 2020 commandé près de 10 millions de doses par le biais du groupe pharmaceutique russe R-Pharm. Le Royaume précédait même, au passage, de six jours l’Agence européenne du médicament (EMA).

Le Maroc serait-il, comme d’aucuns le prétendent, aventureux envers sa population? Pas nécessairement, et c’est vraiment suite à d’âpres discussions que, selon différentes sources, la Commission consultative nationale de pharmacovigilance a choisi de se prononcer en faveur du maintien de l’utilisation d’AstraZeneca. Il faut dire que les données en sa possession étaient sans appel: oui, quatre citoyens marocains avaient bien été en proie à des troubles thromboemboliques, mais si l’on rapporte cela aux quatre millions de personnes qui ont été vaccinées, on trouve qu’au final c’est près d’un cas par million.

Des contrôles efficaces
Alors qu’à la base la prévalence de ce genre de troubles chez la population est d’un cas pour mille. Ce qui, concrètement, veut dire que les patients atteints avaient moins de “chances” d’être affectés par AstraZeneca que par une autre raison. Et lorsque les médecins de la Commission consultative nationale de pharmacovigilance se sont penchés de plus près sur leur cas, ils se sont rendus à l’évidence qu’ils présentaient tous des cas de comorbidité, en souffrant en l’occurrence soit d’hypertension, soit de diabète.

À cet égard, l’OMS a d’ailleurs souligné dans sa déclaration du 17 mars 2021 que “la vaccination contre la Covid-19 ne permet pas de réduire le nombre de malades ou de décès imputables à d’autres causes” et qu’“on sait que les manifestations thrombo-emboliques se produisent fréquemment, la thrombo-embolie veineuse étant la troisième maladie cardiovasculaire la plus courante à l’échelle mondiale”. Aussi, d’ajouter: “Lors de campagnes de vaccination à grande échelle, il est normal que les pays signalent les éventuelles manifestations post-vaccinales indésirables. Cela ne signifie pas nécessairement que ces manifestations soient liées à la vaccination elle-même, mais il est recommandé d’enquêter à leur sujet. Cela démontre également que le système de surveillance fonctionne et que des contrôles efficaces ont été mis en place.”

La différence de réaction entre le Maroc et l’Europe est, en fait, plutôt à expliquer par les calculs politiques de nombreux responsables du Vieux Continent, lesquels veulent absolument s’éviter d’avoir à répondre de potentielles morts, quand bien même celles-ci ne seraient absolument pas dues à AstraZeneca. Au niveau des autorités marocaines, les considérations prises sont essentiellement scientifiques.

La situation actuelle pourrait toutefois permettre au Maroc d’avoir la possibilité d’acheter davantage de vaccin AstraZeneca, après que la pénurie que connaissent les marchés internationaux l’aient poussé à se tourner vers le vaccin Sputnik V, dû à la Russie, et celui du laboratoire américain Johnson & Johnson -le Comité national technique et scientifique consultatif de vaccination avait procédé, le 9 mars 2021, à leur autorisation. Car le Royaume pourrait bien en profiter pour racheter les doses dont les autres pays ne voudraient pas.

Il y a, en tout cas, bien de quoi espérer enfin parvenir à l’immunité de groupe et que la vie reprenne son cours normal, le Maroc représentant déjà quelque 95% des opérations de vaccination recensées en Afrique.