L'USFP VENT DEBOUT

PROJET DE LOI DES FINANCES RECTIFICATIVE

Difficile à croire, et pourtant il semble bien que le projet de loi des finances rectificative ait été élaboré en comité restreint.

Une nouvelle critique à l’adresse du projet de loi des finances rectificative (PLFR), jugé généralement austéritaire cependant que le gouvernement Saâd Eddine El Othmani prétend l’opposé (lire n° 1356, du 10 au 16 juillet). Et cette fois, c’est des rangs même de la majorité qu’elle émane, puisque le bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), au cours de sa réunion du 10 juillet, s’est inscrite en faux contre le projet et, surtout, contre la “stratégie” suivie par l’Exécutif pour l’adopter.

En effet, dans un communiqué rendu public ce 13 juillet, le parti de la rose révèle que le PLFR n’a, de bout en bout, jamais été soumis à sa discrétion, qu’il n’a par conséquent jamais eu son mot à dire et laisse entendre que c’est toute la majorité qui, en fait, “a plutôt été marginalisée”. “Le bureau politique estime que le fait d’associer la majorité à un débat sur cette loi avant qu’elle ne soit proposée aurait pu constituer un plus considérable tant au plan politique qu’institutionnel, ce qui, malheureusement, n’a pas été le cas,” regrette-t-il. Difficile à croire, et pourtant il semble bien que le PLFR ait été élaboré en comité restreint; ou plutôt par un seul homme: Mohamed Benchaâboun.

Le ministre de l’Économie et des Finances est ainsi, c’est connu, seul à la barre économique depuis qu’il s’était officiellement affranchi de la tutelle de M. El Othmani le 19 mai, en appelant depuis le perchoir de la Chambre des conseillers les entreprises à reprendre leurs activités dès après l’Aïd, tandis que le Chef du gouvernement venait la veille seulement d’annoncer, au même endroit, le maintien pour trois semaines encore du confinement.

Même la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), qui représente pourtant le patronat, avait été mise de côté, au point de nécessiter le propre arbitrage du roi Mohammed VI en sa faveur (lire Maroc Hebdo au quotidien nº43). Mais c’est surtout le logiciel d’ancien président-directeur général de la Banque centrale populaire (BCP) de M. Benchaâboun qui est en cause: en misant tout sur les banques par le biais des mécanismes de garantie tels Damane Relance et Relance TPE, l’argentier du Royaume est en train de manquer à la dimension première de l’État en temps de crise, nécessairement sociale.

Préserver le volet social
D’ailleurs ce grief lui avait été fait au sein même de son parti du Rassemblement national des indépendants (RNI), où il est encarté depuis qu’il avait intégré le gouvernement El Othmani le 20 août 2018, par la voix du député Mustapha Baitas, qui avait accusé M. Benchaâboun de “servir les intérêts des banques” au moment où ce dernier était venu présenter le PLFR à la Chambre des représentants le 9 juillet. Si elle n’a pas été aussi frontale, l’USFP a toutefois mis l’accent, dans son communiqué du 13 juillet, sur la “nécessité absolue” selon elle que doit représenter “la préservation des dimensions du volet social se rapportant à la santé, à l’éducation et à l’emploi”.

Dans ce sens, elle “appelle à une action concrète visant la préservation des postes d’emploi, le renforcement de la stabilité du travail et la prohibition de toute exploitation de la conjoncture laissant la voie libre à des agissements dans le domaine de l’emploi”, faisant là sans doute référence à la règle qui permet aux entreprises de licencier jusqu’à 20% de leurs salariés tout en pouvant bénéficier de l’aide à la reprise. Un point qui a d’ailleurs écourté la réunion de dialogue social tenue le 10 juillet sous l’égide de M. El Othmani (lire Maroc Hebdo au quotidien nº64).


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