L'Université en mal de perspectives

En dépit des réformes adoptées, les résultats espérés tardent à voir le jour


Le phénomène d’échec universitaire peut avoir des répercussions non pas seulement sur le système éducatif mais aussi sur les étudiants eux-mêmes

S’il existe une demande sans précédent dans le domaine de l’enseignement supérieur, qui connait une grande diversification ainsi qu’une sensibilisation accrue au rôle vital qu’il joue dans le développement socioculturel et économique, les réformes adoptées jusqu’ici continuent, néanmoins, à faire face à de nombreux défis. L’un de ces défis est de faire en sorte que l’Université puisse permettre aux nouvelles générations qui y accèdent d’éviter le plus possible de tomber dans des situations où l’échec continue à constituer l’obstacle majeur pour leur avenir. Avenir qui ne peut se bâtir qu’à travers l’acquisition réussie de nouvelles compétences, de nouvelles connaissances et de nouveaux idéaux.

Taux d’échec inquiétants
En effet, le développement de l’enseignement supérieur reste confronté à des taux d’échec qui sont régulièrement vécus comme des gaspillages sociaux, humains et financiers. C’est pour cette raison que l’échec universitaire est devenu un phénomène alarmant et socialement inacceptable et nécessite d’être éradiqué.

Au Maroc, l’enseignement supérieur positionné au sommet de la hiérarchie du système éducatif et de la formation, et plus particulièrement les facultés dites à accès ouvert enregistrent des taux d’échec et de décrochage universitaire inquiétants. Selon le « Rapport de synthèse du Programme d’urgence 2009-2012 » établi par le Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche Scientifique : «le redoublement et le décrochage des étudiants au niveau de l’enseignement supérieur continuent d’enregistrer des niveaux élevés, avec un taux de redoublement annuel moyen de 17% pour l’ensemble des filières, atteignant 30% dans les filières à accès ouvert.

La première année du cursus constitue à cet égard une période charnière d’adaptation qui connaît les taux de redoublement les plus élevés». Des ordres de grandeur corroborés par un autre rapport publié par le Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique, pour qui «le taux de redoublement a connu une augmentation continue pour atteindre 47% en 2016-2017». «Quant au taux de décrochage, 25% des étudiants abandonnent leurs études après une année d’inscription».


Lacunes d’un système
Ainsi, malgré la mobilisation des financements pour l’ensemble des plans d’actions du Ministère, l’apport de ressources tant financières qu’humaines au système éducatif universitaire, n’a pu, jusqu’ici, suffire à combler toutes les lacunes d’un système dont les intrants sont aussi diversifiés, complexes et difficilement maîtrisables. Selon certaines estimations du ministère établies en 2020, le phénomène d’échec universitaire coûte en termes de fonctionnement additionnel, au Maroc, la bagatelle de 3.746 dirhams, sans compter les crédits alloués au secteur.

A la lumière de ces statistiques alarmantes, plusieurs études scientifiques ont été faites pour essayer de comprendre les facteurs influençant la réussite ou l’échec des étudiants. Parmi ces facteurs à l’origine des difficultés chez les étudiants, certains sont majeurs et relèvent aussi bien de l’environnement familial et académique des étudiants que des difficultés personnelles sans oublier d’autres facteurs. De ces études ont été tirées des pistes de réflexion pouvant déboucher sur des mesures de réduction de l’échec, notamment en première année universitaire.

Selon une enquête réalisée à la Faculté de droit de Casablanca, les responsabilités de l’échec sont partagées entre les étudiants et les enseignants. Les étudiants affirmant que certains professeurs ne complètent pas le cours ou expliquent le cours d’une manière très vite sans simplification. De leurs côtés, les professeurs affirment que les étudiants prennent aussi une responsabilité dans le fait qu’ils ont des problèmes de langues et de manques de prérequis nécessaires pour bien démarrer leur parcours et préparer les examens.

Facteurs divers et complexes
D’autres études empiriques plus sophistiquées comme celle réalisée au sein de trois facultés à accès libre de l’Université Hassan II de Casablanca- concernant les étudiants inscrits pour la première année académique 2013-2014- ont montré que les performances de l’étudiant en première année universitaire sont fonction d’une combinaison de facteurs divers et complexes. Parmi ces facteurs, ceux qui sont liés au parcours de l’étudiant, aux pratiques du « métier d’étudiant » et aux difficultés rencontrées dans le cadre universitaire sont beaucoup plus susceptibles d’influencer la réussite universitaire comparativement aux facteurs qui touchent le milieu socioéconomique de l’étudiant.

Face à cette situation ces études empiriques préconisent certaines mesures pour augmenter les chances de réussite des étudiants, notamment, de première année universitaire. A commencer par «clarifier les débouchés professionnels pour chaque filière dans le but de supprimer les «stéréotypes négatifs» et aider les étudiants à s’engager dans des parcours d’études correspondant à leurs projets professionnels». Mais aussi «apporter un soutien pédagogique et un accompagnement aux nouveaux inscrits à l’université si les moyens alloués au corps professoral le permettent». Sans oublier d’«apporter un soutien ou un suivi particulier aux étudiants ayant connu l’échec dès leur première année en travaillant à leur redonner de la confiance et à susciter ou à maintenir éveillée la « flamme de la motivation».

Mais au-delà de ces mesures particulières, ce sont les structures de l’enseignement supérieur qui se trouvent, désormais, dans l’obligation de mettre en place des dispositifs efficaces et équitables pour la détection et la prévention de l’échec et de l’abandon des études. A condition de lever la grosse menace qui pèse sur le taux d’encadrement pédagogique et administratif à l’Université, du fait du volume anormalement élevé des demandes de départs à la retraite anticipée et de démissions. Départs à la retraite qui viennent s’ajouter, quelques années déjà, à la saignée des départs volontaires qui ont vidé l’Université de ses meilleures compétences. A quand la relève ?.

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