Une ambition pépère

Driss Fahli Driss Fahli

Il y a un moment, le rêve des élèves  de notre école publique était d’apprendre  l’italien pour rejoindre l’Italie  et la cohorte des victimes de  l’immigration. Depuis, les mentalités  ont changé. A part ceux qui veulent  rejoindre Daech, la majorité des autres  élèves ne rêvent que d’une chose: Rejoindre  le Secteur Public pour devenir  fonctionnaires pépères. C’est l’une des  conclusions de la dernière étude éducative  du Groupe l’Étudiant.


Seul un élève sur dix des futurs bacheliers  souhaite rejoindre le secteur privé.  Culturellement, l’entreprenariat  privé n’est pas le must d’avenir rêvé  pour les rejetons de notre populo. Il  vaut mieux être fonctionnaire influent  dans un ministère ou mieux encore,  un affairé gendarme de la route qu’un  entrepreneur en bagarre avec les  contraintes du système. On peut ainsi  pistonner les membres de sa tribu,  recevoir des cadeaux et du bakchich,  venir tard à son boulot sans que cela  ne soit pris en considération. Pour peu  qu’on l’on puisse pousser ses études  d’un bout et développer une capacité  à produire du blabla populiste et politicien,  on peut devenir député, ministre  ou voire même premier ministre si l’on  arrive à confisquer le pouvoir au sein  d’un parti politique.


Les élèves des écoles publiques rêvent  de devenir fonctionnaires après le Bac  et ceux des écoles privés et des missions  pensent à pousser leurs études  pour suivre des parcours d’excellence  pour devenir astronautes, chercheurs,  traders ou entrepreneurs de taille.  Est-ce un manque d’ambition, un blocage  culturel ou une incapacité de  l’école publique et ses acteurs à développer  l’ambition de ses élèves et  corriger les effets des inégalités sociales  et économiques sur la réussite  scolaire? Est-ce l’incapacité d’enseignants  démotivés, à faire naître et valoriser  l’ambition professionnelle chez  les jeunes et leurs familles?


Il n’y a pas si longtemps, l’école publique  marocaine avait servi d’ascenseur  social à des enfants de familles  modestes et pécuniairement limitées  qui sont devenus des cadres compétents,  des ingénieurs ingénieux ou des  managers de talent. Malheureusement  une ribambelle de transmutations  asynchrones, supposées être des réformes,  appliquées aux grés des vents  et des accès des partis au pouvoir, a  fait capoter le système éducatif public  dans sa totalité. Le ministère de l’Éducation  Nationale s’apprête à lancer  une nième mutation cette fois-ci qui  comporte pas moins de 32 réformes  à avaler sur les 15 prochaines années,  soit un rythme effréné de 2 réformes  par an si la continuité de la mutation  est soutenue par tous les gouvernements  colorés à venir. Ainsi si tout va  bien «inchallah», l’égalité des chances  sera préservée et le fils du chaouch  aura la même chance que celui de son  ministre.


Tout le monde aura la même  qualité d’enseignement vu que les  profs seront clonés et passés dans un  fixateur pédagogique commun. Les individus  seront émancipés c’est à dire  libérés de tous jougs socio-culturo-religieux  et en dernier lieu, l’école aura  une gouvernance tellement de qualité  qu’on ne va croire ni nos yeux ni  nos oreilles. Espérons donc que cette  magie puisse opérer et que les Marocains  de demain ne seront plus obligés  de payer des fortunes pour l’école de  leurs enfants.


La première bonne nouvelle, c’est les  langues étrangères qui vont reprendre  leurs places malgré un gouvernement  PJD récalcitrant. La deuxième est issue  de l’enquête du Groupe L’Étudiant,  c’est la relative laïcité des futurs  bacheliers pour qui la religion est une  affaire personnelle qui ne doit pas guider  la vie politique.