TROUBLE JEU DES PARTIS POLITIQUES

COVID-19, projet de loi 22.20, cohésion gouvernementale, responsabilité politique…

C’est soit on dort. Et là, svp, un peu de silence. Soit on fait du tapage rien que pour se positionner, redorer son blason.

Qu’attendent-ils pour se réveiller? Les échéances législatives de 2021? Depuis l’apparition de la pandémie du coronavirus au Maroc, les partis politiques sont aux abonnés absents. Ils n’ont pas assumé leur rôle d’encadrement et de sensibilisation, primordial en ces temps de crise, de la population par le truchement de la mobilisation de leur base militante. Une mobilisation qui aurait pu servir à collecter des fonds et aider les sinistrés du Coronavirus.

Nos partis politiques ont préféré se confiner à leur tour. Ils se sont transformés en simples figurants. Ils complètent le décor général. Jusqu’à ce qu’un projet de loi liberticide, en l’occurrence le projet 22.20 relatif à l’utilisation des réseaux sociaux, apparaisse et bouleverse la donne. Les partis ont alors décrété, chacun selon ses visées électorales jusque-là en hibernation, leurs propres ««plans de déconfinement» qui précèdent naturellement celui de l’Etat qui souffre d’un manque de visibilité.

Un ministre usfpéiste de la Justice (Mohamed Ben Abdelkader) qui confectionne le projet de loi en question dont les dispositions vont aux antipodes des valeurs et principes défendues par son parti. Un ministre pjdiste des Droits de l’homme (Ramid) qui sort, après coup, une plaidoirie pour se démarquer et dénoncer certaines dispositions dudit texte de loi. Ensuite, un autre ministre pjdiste, en charge du département du Travail (Mohamed Amekraz), qui pour un moment oublie sa casquette de membre du gouvernement et endosse l’habit d’un partisan pour dire que le PJD est contre ce texte.

Puis, le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar, a complètement oublié qu’on fait la politique pour gouverner et qu’on ne peut pas se désolidariser avec son ministre sous prétexte que le travail du gouvernement ne reflète pas la position du parti. Driss Lachgar a nié, dans une déclaration à Maroc Hebdo, avoir été au courant d’un tel projet de loi. Il était même «irrité» à l’idée d’en donner un commentaire.

«Je ne suis pas membre de ce gouvernement. Comment voulez-vous que je commente quelque chose qui se rapporte à l’action du gouvernement? Je n’étais pas au courant de ce projet de loi». Et pourtant, les membres du bureau politique de l’USFP, à l’instar de celui des autres composantes de la majorité, discutaient amplement de ce projet, avant et après son adoption par le conseil de gouvernement. D’ailleurs, Hassan Nejmi, membre du bureau politique de l’USFP, a vilipendé Lachgar en soulignant que le parti n’est une ferme propriété du Premier secrétaire. «11 membres du bureau politique, dont moi-même, lui avons écrit pour tenir une réunion au sujet du projet de loi 22.20.

Il demeure obstiné à ne pas la tenir», a-t-il lancé dans un post sur sa page Facebook le dimanche 10 mai 2020. Il a même menacé en cas de la non-tenue de cette rencontre de dévoiler les petits secrets de la cuisine interne au sujet de ce projet de loi parmi lesquels certains membres (dont lui-même) auraient demandé à ce que Ben Abdelkader feigne de déposer sa démission pour laisser passer l’orage.

Au RNI, certains se pressent au portillon pour se faire repérer au perchoir, quitte à usurper une qualité ou un titre pompeux, allant jusqu’à prétendre être présidents de telle ou telle instance. Chacun donc tire la couverture à lui. Chaque parti évacue sa responsabilité et la jette sur son prochain. Majorité ou opposition, c’est la politique du «sauve qui peut» et du «après moi le déluge» que pratiquent certaines formations partisanes au moment où d’autres appliquent la politique de l’autruche. A quoi jouent les partis politiques? Quelle image véhiculent-ils à quelques mois des échéances électorales et pendant une crise sanitaire sans précédent?

L’intérêt général, de l’écrasante majorité des Marocains, est une formule passe-partout qui entre dans les ingrédients de la communication politique pour produire des discours démagogues, vains. C’est soit on dort. Et là, svp, un peu de silence. Soit on fait du tapage rien que pour se positionner, redorer son blason. Les hommes politiques ont, dans leur majorité, pour l’intérêt de leur formation et leur propres intérêts plus de soin que pour les intérêts des «leurs», de ceux qui ont voté pour eux et placé en eux leur confiance s’entend.


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