La trottinette électrique en vogue au Maroc

Ces outils de transport gagnent du terrain en dehors de toute législation


En vogue depuis quelques années, la trottinette électrique et son usage posent plusieurs problèmes par rapport à la législation et à la sécurité routière. Les textes en cours d’élaboration par la tutelle sont appelés à remettre de l’ordre dans les rues marocaines, sans pour autant freiner le développement de ce mode de transport très prometteur.

Ils ne sont ni automobilistes, ni motards, ni cyclistes. Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à sillonner, à grande vitesse, les rues des villes marocaines, parfois aussi même les trottoirs, au plus grands dam des piétons. Eux, ce sont les utilisateurs de trottinettes électriques, ces petits engins motorisés à deux roues -ou trois, pour certains modèles- devenus un moyen de transport très prisé en Europe depuis un peu plus d’une décennie, et qui commencent à séduire depuis quelques années au Maroc.

Mais comment se fait-il qu’un gadget initialement conçu pour divertir, et destiné essentiellement aux enfants, a-t-il pu se muer en une alternative de transport sérieuse appréciée notamment par les jeunes actifs ? Il faut dire que la trottinette électrique, dans tous ses modèles et variétés, présente un ensemble d’avantages indéniables auxquels il est difficile de rester indifférent. Tout d’abord, elles affichent une praticité redoutable pour circuler dans les grandes villes, comme Casablanca, Rabat, ou encore Salé pour ne citer que celles-ci, où l’éternel problème de congestion routière semble loin de pouvoir être résolu.

“J’ai acheté ma trottinette d’occasion à 4400 dirhams sur internet, et je peux déjà vous dire que c’est le meilleur investissement que j’ai pu faire durant ces derniers mois”, s’excite Soufiane, jeune salarié de 27 ans. Désormais, il n’a plus besoin de galérer avec les transports en commun pour se déplacer de son domicile situé au quartier de Sidi Maarouf, à son lieu de travail dans les quartiers des Hôpitaux. “Le trajet me prend à peine 20 minutes, c’est confortable et fluide sur la route, et je ne dépends plus des autres”, poursuit-il.

Outre cet aspect-là, la trottinette électrique permet une rentabilité intéressante, au vu des tarifs qui sont de plus en plus accessibles, notamment grâce à la concurrence et la multiplication des modèles commercialisés, et l’existence de plusieurs gammes adaptées à des clientèles différentes. Il est désormais possible de se procurer une trottinette électrique neuve à 3500 dirhams. Le prix augmente évidemment en fonction des performances et des fonctionnalités, et il est possible de viser un bel engin aux caractéristiques de haut niveau pour une somme oscillant entre 5000 et 6000 dirhams. Les plus grands férus peuvent quant à eux trouver leur salut dans les modèles premium dont le prix peut facilement atteindre les 60 000 dirhams.


Atout important
Outre l’aspect tarifaire, l’autonomie constitue un atout important qui rend intéressant le choix de la trottinette électrique pour se déplacer. En général, un engin de milieu de gamme permet de se déplacer sur une distance de 20 à 25 km avec une seule charge de batterie. Une distance qui correspond en général à un aller-retour en milieu urbain. “Et puis c’est facile à ranger en général, si on veut l’emmener avec soi dans le train”, témoigne Abdennasser, 29 ans, jeune entrepreneur et étudiant en école de commerce privée, qui utilise sa trottinette électrique pour faire tout, y compris aller à la gare.

Mais c’était sans grande surprise que cette popularité montante a fini par soulever les débats et les polémiques autour de l’utilisation de cet outil de transport. Dernier fait en date, mi-avril 2023, lorsque certains médias mais également des milliers d’internautes marocains ont relayé des images relatant des supposées opérations de “saisie” de trottinettes électriques par les forces de l’ordre dans plusieurs villes du Royaume. Mais il n’en est rien en vrai, puisqu’il n’y a pas encore de texte juridique qui réglemente la circulation de ces trottinettes, et par conséquent, aucun fondement légal clair n’existe encore pour procéder à des saisies.

Mais une chose est sûre, les trottinettes électriques et leur démocratisation constituent désormais un défi supplémentaire pour les pouvoirs publics, dans un pays où les indicateurs relatifs à la sécurité routière inquiètent toujours. L’absence du casque de protection, excès de vitesse, conduite dangereuse, font partie des nombreux gestes à haut risque qui sont devenus des quasi-réflexes chez un bon nombre d’utilisateurs de trottinettes, poussant parfois les policiers à les verbaliser.

Khadija Tamni, députée de Fédération de la gauche démocratique (FGD) a dans ce sens adressé une question écrite à Mohamed Abdeljalil, ministre du Transport et de la logistique. L’élue de gauche appelle à ce que les utilisateurs “contrevenants” ne soient pas verbalisés, avant l’adoption et l’entrée en vigueur du texte encadrant l’usage de ces engins. Pour la députée, le recours aux trottinettes est une tendance “positive” compte tenu de ses bénéfices sur le plan économique, urbain et écologique, mais aussi du contexte actuel marqué par la hausse des prix des carburants.

Actualisation des textes
Le ministre du Transport et de la logistique a révélé, mi-mars 2023, que son département s’attèle sur une actualisation des textes afin de les adapter à l’usage des trottinettes électriques. Il a ainsi expliqué que deux projets de décrets sont en cours d’élaboration, l’un modifiant un décret déjà en vigueur relatif aux véhicules, et l’autre portant sur l’approbation de ces types de véhicules. Si ces deux textes sont adoptés, le ministère du Transport pourra faire vérifier par les autorités compétentes les différents types de trottinettes et leur puissance et s’assurer qu’ils sont conformes aux règles de sécurité routière avant de leur délivrer l’autorisation de mise en circulation, conformément à l’article 49 de la loi 52.05 relative au Code de la route. Mais le large public se demande déjà si les restrictions seront accompagnées de mesures incitatives pour encourager la trottinette électrique, comme les facilités fiscales ou encore la mise en place d’infrastructures dédiées.

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