Mohamed Guedira: "Le niveau académique des étudiants a clairement été affecté"


Suite à la grève, comment évaluez-vous le niveau académique actuel des élèves par rapport à une année scolaire normale ?
La grève a entraîné la fermeture des écoles pendant au moins 35 jours ferme, ce qui a impacté les classes de manières diverses. Le niveau académique des étudiants a clairement été affecté. Le défi actuel réside dans la reprise : elle se fera assez rapidement ou rencontrons-nous un temps de latence avant une reprise normale ? Cela dépend des enseignants, de la psychologie des élèves, des familles, et de plusieurs autres facteurs. Un des problèmes majeurs est la démotivation des élèves, ce qui nécessite un engagement fort de la part des enseignants et de la société civile.

Est-il réaliste de s’attendre à un rattrapage complet du programme perdu ? Si oui, quelles stratégies recommanderiez- vous ?
Le ministère a commis une erreur stratégique. En ajoutant seulement une semaine de cours pour compenser trois mois de grève, la mesure laisse à désirer. Le ministère s’est aligné sur les concours des grandes écoles en Europe plutôt que sur les concours internes, ce qui ne concerne qu’une minorité d’élèves. Il aurait fallu ajouter au minimum trois semaines à un mois, en se concentrant particulièrement sur les classes de passage et en accélérant les classes de certification. En plus, il y a un problème général : les curriculums sont très chargés. Il faut travailler sur ces programmes, surtout au primaire, car la surcharge empêche la rétention des connaissances et l’apprentissage des compétences. Le point positif est que les enseignants seront encadrés par des inspecteurs et des conseillers pédagogiques pour se concentrer sur les compétences essentielles, notamment en langues, mathématiques, physique et sciences de la vie et de la terre.


Quel impact la grève pourrait-elle avoir sur les élèves se préparant à entrer dans l’enseignement supérieur ?
Non seulement le niveau baisse, mais il y a également un bouleversement des compétences et un impact psychologique significatif. Les élèves auront beaucoup de difficultés à rattraper le retard et à développer de nouvelles compétences. C’est une année exceptionnelle c’est pourquoi j’appelle les enseignants universitaires à essayer de rattraper certaines compétences essentielles l’année prochaine.

Comment les universités et autres institutions d’enseignement supérieur peuvent-elles ajuster leurs critères d’admission ou leurs programmes d’accueil pour ces élèves ?
Actuellement, une sorte d’inégalité existe dans la société, car ceux qui ont les moyens ont pu continuer les cours en privé ou se permettre des cours de soutien. Les universités à accès limité, comme les écoles d’ingénieur, de médecine, de gestion, devraient réviser leurs critères d’admission. Le problème est plus aigu dans les universités à accès ouvert, qui accueillent 87% des bacheliers. Je pense que les critères d’admission doivent être revus à la baisse et que le rattrapage devrait s’effectuer durant la première année universitaire

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