Trois ans, trois ministres

LA SANTÉ EN PÉRIL

De 2017 à 2020, les Marocains ont connu trois ministres de la Santé. Houcine El Ouardi, Anas Doukkali, puis Khalid Aït Taleb, ces hommes placés à la tête de l’un des départements les plus compliqués au Maroc. Du pain sur la planche, ils en ont eu, mais qu’en ont-ils fait ?

La santé au Maroc souffre, et ce n’est un secret pour personne! Ce secteur, pilier d’une société en bon état, ne semble pas trouver remède à ses maux. Manque de moyens et d’infrastructures, grande pénurie dans les ressources humaines, une disparité dans l’état de santé entre milieux et régions et beaucoup d’insuffisance en matière de qualité de soins, des problèmes qui empoisonnent le secteur depuis des années.

En trois ans, le Maroc a connu trois ministres de la Santé. Promettant un avenir meilleur pour un secteur qui bat de l’aile, deux d’entre eux ont été écartés avant la fin de leur mandat, Houcine El Ouardi (3 janvier 2012-24 octobre 2017) et Anas Doukkali (22 janvier 2018-9 octobre 2019), et le dernier et actuel ministre, Khalid Aït Taleb, en fonction depuis le 9 octobre 2019, se trouve face à la plus grande épreuve sanitaire dans l’histoire du Maroc, le coronavirus, en espérant la réussir.

Dossier revendicatif
Grèves et démissions des médecins du secteur public, boycott des étudiants en médecine, colère des infirmiers… tant de problèmes qui persistent depuis des années, résistant ainsi aux trois ministres. Présents déjà à l’ère de Houcine El Ouardi, ministre limogé par le roi Mohammed VI après la remise du rapport de la Cour des comptes sur le programme Al Hoceima Manarat Al Moutawassif. Les professionnels de la Santé portent toujours leur dossier revendicatif sur le dos en attendant une réponse concrète à leurs doléances, mais les années passent, les ministres se succèdent, et rien ne change.

Les médecins du public avaient d’ailleurs salué le limogeage de Houcine El Ouardi, qui ne donnait pas retour à leurs revendications, espérant que son successeur, Anas Doukkali, soit plus efficace. «Nous avons reçu avec un grand soulagement la décision du roi de révoquer Houcine El Ouardi, ministre de la Santé, après que plusieurs rapports aient démontré, notamment celui sur Al Hoceima, son implication et sa négligence dans la réalisation de plusieurs projets programmés dans le nord au point de menacer la stabilité de toute une région du Royaume». C’est en ces termes que le Syndicat indépendant des médecins de la santé publique (Smisp) avait réagi à la révocation du ministre il y a trois ans.

De son côté, Anass Doukkali, évincé suite au retrait du PPS du gouvernement, avait fait face à de nombreuses difficultés. Des grèves des médecins au boycott total des cours et des examens par les étudiants en médecine, le ministre n’a pas chômé durant un an et huit mois de fonction. Pour apaiser les tensions, l’ancien ministre PPS avait signé le 28 août 2019, un accord répondant aux doléances des futurs médecins, qui avaient repris leurs examens et arrêté toute action revendicative après cette réponse favorable de leur autorité de tutelle.

Dans l’attente d’une réponse
Un accord qui tombe à l’eau avec l’arrivée du nouveau ministre, Khalid Aït Taleb. Après huit mois d’arrêt de toute revendication en attendant l’application de l’accord signé avec Anas Doukkali, les étudiants de médecine et de médecine dentaire ont été surpris de ne voir aucun changement au niveau de leur situation. Les promesses de Doukkali ne sont plus valables? Les étudiants ont d’ailleurs repris leur mouvement de protestation, en attendant une réponse du nouveau ministre.

De leur côté, les médecins ne sont pas apaisés. La situation des médecins du secteur public ne s’arrange pas. Fortement mobilisés, les professionnels dénoncent toujours des conditions de travail lamentables. Est-ce qu’on prend assez au sérieux la réforme de la Santé au Maroc? Les problèmes ne se comptent plus et le secteur ne voit pas l’avenir en rose. Cette crise du coronavirus a montré au monde entier l’importance des staffs médicaux, des infrastructures sanitaires de qualité, ce qui nous met plus que jamais face à l’urgence d’un plan de réforme pouvant conforter les citoyens et les professionnels du secteur. L’argent doit suivre, l’Etat doit prévoir un budget plus conséquent pour la Santé, une réalité à laquelle on ne peut échapper.

Une polémique lancinante
Il est certain que le coronavirus a mis en lumière des dysfonctionnements de la santé publique, les failles ne se limitent pas au niveau des personnes, mais concernent tout un secteur qui nécessite une réelle refonte. Aujourd’hui, le Marocain craint la difficulté de se faire soigner dans son pays plus que la maladie. Les vidéos tournées par des patients infectés par le virus dénonçant les conditions de séjour dans des hôpitaux publics ont relancé la polémique lancinante sur l’état du secteur de la santé, parent pauvre du budget de l’État.

Après la diffusion des vidéos critiques, le roi Mohammed VI avait ordonné la réfection des hôpitaux publics et d’y intégrer du personnel médical militaire. La pénurie en ressources humaines complique l’avancement des choses. Ceci dit, les médecins du public n’en peuvent plus et veulent quitter la Santé publique ou quitter le pays, et de leur côté les futurs médecins craignent de commencer leur carrière dans des conditions pareilles.

Khalid Aït Taleb est appelé à faire ses preuves. Confronté à une situation particulière, le ministre semble gérer comme il le peut cette crise sanitaire. Une seule main n’applaudit pas, l’implication de tout le corps médical est primordiale pour sauver le secteur de l’agonie. Les décisions prises doivent être pertinentes et rapides pour commencer une refonte réelle et efficace de la Santé au Maroc. Budget, budget et budget, nous ne le dirons jamais assez!.


1 commentaire

  • Nabila

    5 Juillet 2020

    Le ministère doit absolument et en urgence lancer des négociations sociales internes avec ses personnels... Vous avez insisté dans votre article sur une seule catégorie, les médecins, il ne faut pas oublier les autres professionnels : administratifs, infirmiers, techniciens... Revaloriser le travail fourni par tous ces intervenants est primordial. Citons à titre d'exemple que les infirmier(e)s exerçants dans le secteur publique au Maroc, sont soumis aujourd'hui à une loi qui date de 1960, et qui ne correspond pas aux exigences de la profession, aux apprentissages et aux compétences des infirmiers et des techniciens aujourd'hui, le vide juridique fait que bon nombre de professionnels sont poursuivi en justice, voir incriminés sans implication de l'organisation dans laquelle ils travaillent.

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