Les tribulations d’Ayelet Shaked à Rabat

Visite au Maroc de la ministre israélienne de l'intérieur

Dans un contexte politique israélien marqué par l’annonce de la prochaine dissolution du parlement, la visite de la ministre de l’Intérieur de l’État hébreu au Maroc est sans doute tombée à pic pour elle. Mais aussi pour les autorités marocaines.

Une visite à caractère finalement davantage symbolique que celle qu’a effectuée ce 20 juin 2022 la ministre israélienne de l’Intérieur, Ayelet Shaked, au Maroc. Si, certes, elle en a profité pour rencontrer différents responsables marocains, dont son homologue, Abdelouafi Laftit, ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et si on peut aussi imaginer que leurs échanges n’ont pas manqué d’être “fructueux” comme le veut l’expression consacrée, il n’en reste pas moins que son déplacement est intervenu à un moment charnière de la politique israélienne qui coïncide avec l’annonce de la prochaine dissolution du parlement, à savoir la Knesset, du fait du refus de deux députés de la majorité, tous deux d’origine palestinienne -Ghaida Rinawie Zoabi (parti Meretz, social-démocrate) et Mazen Ghanaim (Raam, arabe)-, de voter une loi cautionnant le régime législatif colonial en Cisjordanie.

Campagne électorale
En d’autres termes, Mme Shaked pourrait incessamment devoir céder le témoin, bien qu’il faille dire que le fin nez politique pour lequel elle est réputée devrait lui permettre de rapidement rebondir -on la dit d’ailleurs en contact avancé avec l’ancien Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, dont elle avait été de mai 2015 à juin 2019 la ministre de la Justice, pour l’aider à constituer un nouveau gouvernement. Mais Mme Shaked et, derrière elle, son parti de Yamina était sans doute aussi et surtout d’ores et déjà en campagne électorale, et à cet égard il y a lieu de signaler que le fait de jouir d’excellentes relations avec le Maroc est un argument de poids dans un Israël dont au moins un million de citoyens sont originaires du Royaume.

Un an avant le rétablissement, en décembre 2020, des relations avec l’État hébreu, M. Netanyahou avait d’ailleurs lui-même tenté de surfer sur la vague alors qu’il s’apprêtait à en découdre aux législatives en essayant de forcer une rencontre avec le roi Mohammed VI aux côtés du secrétaire d’État américain de l’époque, Mike Pompeo, mais il s’était en fin de compte fait opposer une diplomatique fin de non-recevoir -il n’avait pu alors accompagner le chef de la diplomatie US depuis le Portugal, où tous deux s’étaient préalablement retrouvés.

Prévu depuis plusieurs semaines, le voyage de Mme Shaked est, ainsi, tombé pour elle à point nommé. Mais aussi les autorités marocaines. Car si celles-ci sont plutôt restés prudentes dans leur communication en usant d’un vocabulaire très policé n’ayant d’ailleurs pas permis de connaître l’exacte teneur des discussions qu’elles ont eues avec Mme Shaked, elles peuvent néanmoins bien se féliciter d’avoir arraché à cette dernière un soutien formel à l’intégrité territoriale du Royaume.

La ministre israélienne a, ainsi, déclaré qu’“Israël réaffirme son soutien à la souveraineté du Maroc sur [son] Sahara”, ce qui pourrait peut-être laisser présager l’ouverture d’un consulat dans les provinces du Sud. Par ailleurs, Mme Shaked a aussi indiqué que des expressions étaient en cours avec les responsables marocains pour faire venir des travailleurs du Maroc dans les secteurs de la construction et des soins infirmiers, avec comme objectif de commencer “d’ici un mois”.

Selon différentes sources consultées par Maroc Hebdo, les deux parties semblent, de fait, décidées à aller de l’avant dans le processus engagé dix-huit mois plus tôt. Dans quelques semaines, Mme Shaked sera peut-être toujours là pour y contribuer.