Transport et logistique : L'urgence d'une réforme contre l'anarchie et la rente


En dépit du développement considérable des infrastructures au cours des vingt dernières années, la gestion du secteur doit rompre avec les pratiques de rente et faire place à une concurrence loyale en toute transparence.

Mohamed Abdeljalil, ministre du Transport et de la Logistique, a du pain sur la planche. En plus du lancement des démarches et préparatifs pour transformer l’Office national des aéroports (ONDA) en société anonyme (SA), une annonce faite mardi 25 avril 2023 lors de la réunion de la Commission des infrastructures, de l’énergie et des mines à la Chambre des représentants, une véritable réforme du secteur se fait sentir à l’aune des défis auxquels le pays est confronté. Des défis comme le renforcement de la compétitivité de l’économie du pays, l’organisation d’évènements sportifs internationaux, la garantie de l’approvisionnement en biens et marchandises de toutes les régions, la circulation de la population ou encore l’élimination de l’isolement des zones rurales et montagneuses.


Le ministre a reconnu devant la même commission, lors d’une réunion une semaine auparavant, qu’en dépit des réformes et des initiatives mises en place ainsi que le développement considérable des infrastructures au cours des vingt dernières années, le secteur « ne réponds toujours pas, en termes de performance, aux aspirations fixées par le Royaume pour le Maroc de demain ».

Volatilité des prix
Le nombre d’entrepreneurs travaillant dans le secteur a atteint environ 105.000 entreprises, avec une flotte comprenant près de 281.000 véhicules à moteur, conduits par plus de 357.000 chauffeurs professionnels, dont environ 145.000 chauffeurs de taxi des deux types. La rente ajoute à l’anarchie qui caractérise ce secteur. Rappelant à juste titre le soutien financier alloué par le gouvernement, depuis mars 2022, aux professionnels du secteur du transport routier à travers la plateforme électronique « Mouakaba», M. Abdeljalil a mis en exergue les différentes phases du processus. Il a révélé que le bilan au 12 avril 2023 montre que le versement de la dixième tranche de soutien accordé depuis le 27 mars dernier, d’un montant total de plus de 5 milliards et 208 millions de dirhams. A titre d’exemple, les professionnels du transport public de voyageurs ont bénéficié d’une subvention de 2.200 DH pour les grands taxis, 1.600 DH pour les petits taxis, 1.800 DH pour les véhicules de transport mixte dans le monde rural, auxquels s’ajoutent 7.000 DH pour les autocars inter-villes et 6.200 DH pour les autobus.

Si le gouvernement a octroyé un soutien aux professionnels du transport routier, c’était dans le but de préserver le pouvoir d’achat des citoyens, compte tenu de la conjoncture actuelle, marquée par la volatilité des prix des carburants. En dépit de nombreuses subventions dont a bénéficié le secteur du transport, l’indexation des prix du transport sur les prix du carburant, longtemps revendiquée, n’a pas été encore adoptée. Un point abordé par le député Mohamed Mellal (USFP), président de la Commission des Infrastructures, de l’énergie et des mines à la première Chambre. Ce dernier a relevé que la gestion du secteur doit rompre définitivement avec les pratiques de rente sous ses différentes formes. Celle-ci doit faire place à une concurrence loyale, en toute transparence et dans le respect des règles du marché, entre tous les acteurs. Le secteur doit également rompre avec une anarchie largement répandue et handicapante, poursuit le député usfpéiste. Plus de 60% des activités du secteur évoluent dans l’informel.

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