La transhumance politique bat son plein à la veille des élections

La crédibilité des partis mise à mal

Hier, les partis politiques appelaient à une lutte acharnée contre ce phénomène; aujourd’hui, ils le pratiquent à visage découvert. Et ce, à quelques semaines des élections.

C’est le comble de la perte de crédibilité politique. Il y a six mois environ, plusieurs partis politiques, dont le PAM, le PPS et l’Istiqlal ont signé, le 22 janvier 2021, une charte d’éthique pour lutter contre la transhumance politique. Une pratique qui, selon les trois partis, nuit considérablement à l’action démocratique et pousse les citoyens à bouder les élections. Ils estiment que la transhumance constitue l’une des causes de la désaffection politique.

Mais voilà que, quelques semaines plus tard, ce beau discours qui donne espoir pour une moralisation de la vie politique nationale se vaporise subitement au profit d’un retour à la case départ. Hier, ils appelaient à une lutte acharnée contre ce phénomène, aujourd’hui, ils le pratiquent à visage découvert. Comme ils l’ont toujours fait à l’approche des élections.

Depuis quelque temps, en effet, les partis politiques, sans exception, s’adonnent à un véritable mercato électoral comme on en voit entre les clubs de foot. Mais la politique n’est pas le foot. Ainsi, à la veille des élections, le nomadisme politique bat son plein. Selon les observateurs qui scrutent ce phénomène, deux partis semblent en tirer largement profit. Il s’agit du RNI et de l’Istiqlal. Le premier, grâce à sa nouvelle image et à son attractivité qui a gagné en importance, a pu séduire de nombreux poids lourds du PJD, le parti au pouvoir, qui semble être le parti qui en souffre le plus.

Vous avez dit moralisation?
Le dernier transfert en date: Younes Benslimane, député et vice-président de la mairie de Marrakech. Ce cador du PJD dans la région de Marrakech rejoint ainsi les rangs du RNI. Un ralliement qui réjouit les leaders du parti de la colombe tant le nouvel arrivant jouit d’une forte popularité dans son fief électoral. Du même PJD, Iitimad Zahidi, élue à Témara, a rejoint récemment le RNI avec toute son équipe.

Une photo la réunissant avec le président du parti, Aziz Akhannouch, a même été prise au siège du parti. On parle également d’un ralliement de taille au profit du RNI. Il s’agit de Hicham El Mhajri, député PAM à Chichaoua, connu sur les réseaux sociaux pour ses coups de gueule au sein de l’Hémicycle. S’il est confirmé, ce ralliement fera gagner au RNI un précieux siège dans la région de Marrakech et une voix forte qui enflamme les débats dans le parlement.

L’Istiqlal est l’autre parti qui a tiré profit de la transhumance. Particulièrement dans les provinces du Sud, où le maire de Laâyoune, Hamdi Ould Rachid, membre influent du parti de la balance, a joué les premiers rôles. C’est notamment grâce à ce grand notable sahraoui que l’ancien président de la région de Guelmim, Abderrahim Bouaïda, ancien du RNI, a rallié l’Istiqlal.

De même pour deux anciens élus du PAM, Moulay Zoubir Habaddi, à Guelmim; et Lalla Maâlouma Boussaid, dans la région de Smara. De nouvelles recrues qui vont renforcer les rangs de l’Istiqlal pour les prochaines élections.

Mais, quoi qu’on dise, ce phénomène ne semble pas servir les partis politiques tant il nourrit l’esprit d’opportunisme chez les élus et fait fuir les électeurs marocains, qui n’ont plus confiance dans les partis. Les prochaines élections risquent encore de connaître de forts taux d’abstention.