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Transformation digitale et concurrence : adapter les outils de régulation au développement du numérique

Marrakech a abrité, les 9 et 10 novembre 2022, une conférence internationale sur l’impact de la transformation digitale sur la régulation et la concurrence. Une rencontre qui a permis aux experts marocains et internationaux de se pencher sur cette problématique et d’émettre des recommandations pour mieux s’adapter à cet environnement.

C’est un secret de polichinelle. Le numérique est devenu omniprésent dans notre vie de tous les jours. Qui n’utilise pas les canaux digitaux pour payer ses différentes factures, effectuer des achats et virements en ligne, commander de la nourriture ou contracter un crédit? Autant de facilités offertes aux consommateurs via des outils 2.0 par les entreprises exerçant dans plusieurs secteurs
d’activité.

Au-delà de l’aspect innovation, l’intégration du digital dans leur modèle économique constitue également un facteur de démarcation par rapport à la concurrence et un gage de compétitivité dans un environnement économique en perpétuelle évolution. D’où la nécessité d’identifier des mécanismes à même de mieux réguler cet écosystème numérique. Le Conseil de la concurrence, l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) et l’Agence de développement du digital (ADD) l’ont compris en organisant les 9 et 10 novembre 2022 à Marrakech, une conférence internationale sur le thème: «Transformation digitale: entre régulation et compétitivité». Cette rencontre a enregistré la participation d’éminents représentants d’instances de gouvernance, d’autorités de la concurrence, d’organismes internationaux et régionaux, d’acteurs économiques, mais également de spécialistes des domaines juridique, économique et financier.

 

Marchés numériques

Durant ces deux jours, ces nombreux experts se sont penchés sur plusieurs thématiques, telles que la régulation des marchés et des services, la presse et les droits voisins, la digitalisation de la finance, la centralité de la donnée dans les marchés numériques et l’accès à la donnée.

Dans son discours inaugural, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib (BAM) plante le décor. «Les autorités publiques reconnaissent les énormes apports des évolutions numériques en termes de créations d’emplois, de services personnalisés, de réduction des délais et de simplification des procédures. Les plateformes numériques dites multi-faces et les réseaux sociaux, facteurs-clefs de l’économie numérique, sont devenus incontournables à la fois pour les personnes et les entreprises».


 

Réguler l’accès aux données

En réalité, la présence de cette sommité de la finance à ce grand rendez-vous économique ne doit rien au hasard, puisque les banques sont pionnières dans l’intégration du numérique dans leurs services, à travers l’usage de technologies financières plus connues sous l’anglicisme Fintechs. «Le secteur bancaire est un acteur précurseur en matière de transformation digitale. Les banques ont entamé depuis plusieurs années leur transformation vers le digital en adaptant leur processus. Et ce, afin de répondre aux besoins pressants d’instantanéité et de rapidité de leurs clients », confirme le gouverneur de la Banque centrale.

Cette transformation digitale, qui s’est accélérée depuis l’avènement du Covid-19, représente un grand défi pour les régulateurs. «Le modèle économique mis en place par les plateformes numériques constitue un défi pour les régulateurs et les autorités de la concurrence», constate Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence et maître de cette cérémonie de grande envergure. Pour lui, ces derniers doivent s’adapter à ce nouvel environnement complexe. «Parallèlement aux multiples répercussions positives de la transformation digitale, accélérée par la Covid-19, nous sommes aujourd’hui confrontés à des défis majeurs ayant des implications fondamentales sur la concurrence. Et ce, du fait que plusieurs marchés disposent de caractéristiques différentes de celles des marchés traditionnels», insiste-t-il. M. Rahhou aussi rappelé les nouveaux modèles d’affaires créés par la transformation digitale, notamment à travers l’exploitation de données à grande échelle et la concentration des marchés: «Les marchés numériques ont tendance à se trouver dans une situation monopoliste, créant ainsi une position dominante. Ce qui interpelle fortement les réglementations».

Effort d’investissement

Après le diagnostic, place aux actes. De prime abord, sécuriser la transformation digitale. «Plusieurs chantiers peuvent permettre aux entreprises et aux consommateurs de tirer pleinement profit des avantages de la transformation numérique. Il s’agit tout d’abord d’améliorer l’infrastructure digitale, qui doit bénéficier du même effort d’investissement et de développement que les autres infrastructures physiques. L’engagement de ce chantier crucial doit s’accompagner par la sécurisation de la chaîne de production et d’utilisation des données et l’inclusion des catégories défavorisées dans l’environnement numérique», préconise le patron du Conseil de la concurrence. L’usage des données personnelles, et le modèle de politique de concurrence adaptée, sont également deux autres chantiers majeurs, selon M. Rahhou. L’ADD a visiblement compris la nécessité de la gestion des données, ces «mines d’or» si chères aux entreprises. A en croire son directeur général, Mohammed Drissi Melyani, qui faisait partie des panélistes, l’agence a mis en place des outils digitaux pour «permettre l’accès équitable à la Data et aux données et ce, dans l’objectif de garantir une concurrence saine et d’aider les métiers de régulation à mieux gérer les marchés marocains».

Ce conclave a permis d’évaluer le degré de l’impact de la digitalisation sur la concurrence et la régulation. Il a offert l’opportunité de s’ouvrir sur les expériences de certains pays européens et américains pour faire face à ces évolutions techniques et réglementaires et présenter, ainsi, l’expérience marocaine dans ce domaine l

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