Tragédie d'Al-Haouz : Une nation debout


Face au séisme dévastateur qui a frappé le Royaume vendredi 8 septembre 2023, c’est tout le Maroc, Roi et peuple, qui, main dans la main, est mobilisé, uni et fier.

Paris, nuit du 8 au 9 septembre 2023. Depuis une semaine jour pour jour, le roi Mohammed VI et plusieurs de ses collaborateurs se trouvent dans l’hôtel particulier dont il dispose depuis juillet 2020 dans le VIIe arrondissement de la capitale française, juste au pied des poutrelles de fer de la tour Eiffel. En principe, le Souverain est, dit-on, censé y effectuer un séjour privé plutôt prolongé, mais quand, à ce moment, il commence à recevoir depuis le Maroc des appels alarmistes et alarmés de la part de différents responsables de l’appareil de l’État, il sait déjà que c’est dans l’immédiat qu’il doit rentrer au bercail.

Le séisme qui, vers le coup de 23h GMT, vient de frapper le Royaume a, les premières mesures sismiques l’ont déjà établi, été très fort, et depuis son épicentre dans la province d’Al-Haouz, dans la région de Marrakech- Safi, s’est fait ressentir jusqu’aux remparts du Méchouar à Rabat, espace qui abrite le palais royal dans l’enceinte historique de la capitale, et même au-delà du détroit de Gibraltar, dans la péninsule Ibérique. Sur l’échelle de Richter, la mesure de base pour les tremblements de terre, la magnitude a été très précisément de 7 -la plus grande jamais enregistrée sur le territoire national, même plus qu’à Agadir le 29 février 1960, où pas moins de 12.000 âmes avaient perdu la vie (la magnitude avait alors été de 5,7, pour être on ne peut plus exact).

Mais là n’est pas le principal point qui horrifie le chef de l’Etat. Dès les premières minutes post-séisme, les différents services du ministère de l’Intérieur font remonter, depuis les zones qui ont été les plus touchées, une série d’informations qui toutes concordent et qui font état de nombreuses destructions, de villages entiers qui ont, littéralement, été réduits en poussière, et de morts, par dizaines, peut-être par milliers. A 3h32 du matin, la “mère des ministères” sort un premier bilan très provisoire et dont, sur le terrain, on sait qu’il sera amené à grossir à vue d’oeil et de corps retrouvés sous les décombres qui restent des habitations qui n’ont pas résisté au mouvement de la terre: 296 morts et 153 blessés, entre les différentes wilayas et préfectures d’Al-Haouz, Marrakech, Ouarzazate, Azilal, Chichaoua et Taroudant (chiffres qui se sont, hélas, encore alourdis de façon dramatique).

‘’Tragédie d’Al-Haouz’’
“Cela fait au moins deux ans que nous avions mis en place une stratégie à part entière pour gérer les risques de catastrophes naturelles, en tête desquelles il y a, on le sait dans les milieux spécialisés, les séismes, et nous savions donc à quoi nous allions nous en tenir,” nous confie un haut cadre de l’administration, qui, à l’instar de la plupart de ses collègues, n’a pas fermé l’oeil depuis qu’est advenu ce que l’on a simplement commencé à surnommer dans les médias la “tragédie d’Al-Haouz”. “Mais en même temps, je ne peux pas vous dire que nous étions sereins, car au vu des nombreuses vies en jeu, nous ne pouvions aucunement l’être, car pour moi en tout cas cela aura été de la légèreté. C’était, pour nous, un premier test grandeur nature, et quel test. Et ce que je peux vous certifier, c’est que l’implication, dès le départ, de Sa Majesté a été décisive, car elle nous a transmis la confiance dont nous avions besoin et a permis de trancher pour éviter tout flottement qui aurait pu s’avérer autrement fatal”. Un son de cloche que l’on retrouve également du côté de la chefferie du gouvernement. Cette dernière, en raison de son silence qui a duré plus de 48h, avant que le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, ne finisse enfin, dans l’après-midi du 10 septembre 2023, par présenter ses condoléances aux familles des victimes, a été critiquée par un large pan des citoyens, comme Maroc Hebdo l’avait notamment répercuté sur son site.


Marge de manoeuvre
Même si personne n’ignore, d’autant plus quand on connaît les ressorts du système politique marocain, que c’est le Palais qui exerce son magistère sur le temps politique et que l’Exécutif, pour reprendre la fameuse formule du général de Gaulle, n’est que “l’intendance qui suit”, d’aucuns jugent qu’il y avait tout de même matière à communiquer avec les Marocains et que la marge de manoeuvre n’était pas totalement inexistante. A cet égard, la stratégie de l’effacement volontaire de M. Akhannouch, qu’à maintes reprises il a lui-même revendiqué -comme lorsqu’en septembre 2022, il avait demandé lors d’un meeting à Agadir que “je vous laisse juger ce qui est mieux, trop parler ou bien travailler d’abord et parler ensuite”-, a semblé, à de nombreux observateurs, inappropriée. “Mais nous étions totalement à pied d’oeuvre,” nous assure-t-on. “Le chef du gouvernement a régulièrement eu au téléphone Sa Majesté, qui suivait de près la situation et qui lui transmettait ses instructions. Vous imaginez bien que l’idée d’une commission interministérielle (celle chargée du déploiement d’un programme d’urgence de réhabilitation et d’aide à la reconstruction des logements détruits par le séisme, instituée par le gouvernement le 11 septembre 2023, ndlr) n’a pas été improvisée.”

Au moment où, dans l’après-midi du 9 septembre 2023, son Boeing-747 atterrit sur le tarmac de l’aéroport de Rabat-Salé, Mohammed VI a ainsi déjà fignolé, avec l’ensemble des services de l’État, la stratégie de secours à mettre en oeuvre en faveur des victimes, avec des points d’ordre très précis pour que personne ne se mette à marcher sur les plates-bandes de l’autre, comme cela peut être le cas dans pareilles circonstances. Souci qui fait que le Roi choisit dès le départ de mettre davantage en avant l’armée, qui a d’autant plus la force de disposer de capacités autrement significatives pour les missions qui doivent être menées.

Moyens humains et logistiques
Dans un communiqué rendu public dans la matinée du 9 septembre 2023 pour rendre publiques les instructions royales qui leur ont été données, les Forces armées royales (FAR) mettront elles-mêmes en exergue les “moyens humains et logistiques importants, aériens et terrestres” dont elles disposent. “Des détachements d’intervention, des avions, des hélicoptères, des drones et des moyens du génie ainsi que des antennes logistiques sont déployés sur les lieux en vue d’apporter le soutien nécessaire aux différents départements concernés et aux populations sinistrées,” détailleront- elles. Enfin, pour que la coordination entre tous soit vraiment efficace, Mohammed VI avait demandé à ses équipes du cabinet royal de préparer une séance de travail à organiser dès son retour au Maroc.

Cette réunion, qui se tiendra finalement au palais royal de Rabat, connaîtra, outre la participation de M. Akhannouch, celle du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit; celui de la Santé, Khalid Aït Taleb; l’inspecteur général des FAR et commandant la zone sud, le général de corps d’armée, Mohammed Berrid; le commandant de la gendarmerie royale, le général de corps d’armée Mohamed Haramou; l’inspecteur du service de santé militaire des FAR, le médecin-général de brigade Mohamed Elabbar; le directeur général de la Protection civile, le colonel-major Ihssane Lotfi; le directeur général de la Sûreté nationale (DGSN) et directeur général de la Surveillance du territoire national (DGST), Abdellatif Hammouchi; et le coordinateur et membre du conseil d’administration de la Fondation Mohammed-V pour la solidarité, Mohamed El Azami. Il en ressortira plusieurs décisions comme la mise en place de la commission interministérielle mentionnée plus haut; la prise en charge de personnes en détresse; la prise en charge immédiate de l’ensemble des personnes qui se retrouvent sans abri; ou encore l’encouragement des opérateurs économiques en vue d’une reprise rapide des activités au niveau des zones concernées.



 

Lourd travail
Sur le plan pratique, le renforcement des moyens et des équipes de recherche et de secours sera également abordé. Et c’est à cette occasion que, selon nos informations, sera notamment mise sur le tapis la question de l’aide internationale proposée par quelque 70 pays. Dans son communiqué final, le cabinet royal exprimera, à ce propos, ses “remerciements les plus sincères”, sans y donner immédiatement suite.

Le fait est que, comme le soulignera le lendemain le ministère de l’Intérieur, il eût d’abord fallu “procéd[er] à une évaluation précise des besoins sur le terrain”. Et dès que cela a été fait, les autorités marocaines n’avaient d’ailleurs pas tardé à prendre l’attache de leurs homologues d’Espagne, du Qatar, du Royaume uni et des Émirats arabes unis. On était donc loin du discours porté par la presse de certains pays, notamment française, du soi-disant refus du Maroc de bénéficier d’un soutien et donc de se désintéresser du sort de ses citoyens.

Propagande tellement indécente que pour en rester au cas de l’ancienne puissance coloniale, elle avait valu un recadrage de sa propre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Catherine Colonna, lors d’une sortie qu’elle a effectuée sur des médias audiovisuels de son pays dans la journée du 11 septembre 2023. “Personne ne dit non à personne,” précisera- t-elle. “Des pays ont fait des propositions, ils sont nombreux. La France parmi les premiers a fait une offre que les autorités marocaines connaissent. Le Maroc n’a refusé aucune aide, aucune proposition, ce n’est pas comme ça qu’il faut présenter les choses. Il appelle telle ou telle aide en fonction de la situation et de l’évaluation qu’il en fait, il est souverain, il faut respecter ses choix.”

Mme Colonna révélera aussi que contrairement à certaines allégations, Mohammed VI n’avait pas rechigné à prendre le président français, Emmanuel Macron, au téléphone, que les deux hommes avaient même échangé et qu’elle-même avait “eu [s]on homologue”, à savoir Nasser Bourita, “encore longuement” la veille. Pour sa part, M. Macron lui-même a dénoncé, dans une vidéo en date du 12 septembre 2023 où il s’est directement adressé aux Marocains, les “polémiques qui n’ont pas lieu d’être” et a encore une fois exprimé la disposition de Paris à “apporter une aide humanitaire directe”. “C’est évidemment à Sa Majesté le Roi et au gouvernement du Maroc, de manière pleinement souveraine, d’organiser leur aide internationale,” a-t-il rappelé. Et ce que l’on peut dire de la France peut également, selon nos sources, être repris à propos de l’Algérie, dont on sait que Rabat a apprécié le geste de mettre à disposition 80 secouristes, mais beaucoup moins le fait d’avoir voulu en faire une affaire politique en détournant de façon éhontée des propos tenus par le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, sur des chaînes arabes après le séisme et véhiculer l’idée que le Maroc avait initialement accepté la proposition de sa voisine de l’Est avant de tourner casaque.


Une vision en ordre de marche
“C’est entièrement faux, et je crois que M. Ouahbi n’avait même pas à faire un communiqué de clarification après, tellement l’affaire est risible et ne doit pas être considérée comme une priorité en ce moment,” commente une source diplomatique jointe par nos soins. “La priorité, c’est la vie de nos concitoyens. C’est toutes les régions qui ont été dévastées.” Et pour que dévastées, ces régions ne le soient justement plus, un lourd travail est en passe d’attendre au cours des prochaines années, peut-être jusqu’à la fin de la décennie 2020, l’Etat marocain.

Ce que l’on comprend du programme d’urgence dévoilé le 14 septembre 2023 par le cabinet royal, à l’issue de la réunion de travail présidée ce jour-là par Mohammed VI, c’est qu’il question de «mobiliser tous les moyens, avec la célérité et l’efficacité nécessaires, pour venir en aide aux familles et citoyens sinistrés». Dans le détail, l’État semble s’être donné pour priorité de reloger ceux dont les logements ont été totalement ou partiellement effondrées, et dont le nombre s’établit à 50.000 foyers. En même temps, les ménages concernés se verront recevoir une aide d’urgence de 30.000 dirhams, en plus d’une aide directe de 140.000 dirhams qui doit suivre pour les logements totalement effondrés et de 80.000 pour la réhabilitation des habitations partiellement effondrées. Selon le cabinet royal, Mohammed VI «a insisté sur la nécessité que l’opération de reconstruction soit menée sur la base d’un cahier des charges et sous une supervision technique et architecturale en harmonie avec le patrimoine de la région et qui respecte ses caractéristiques architecturales». Egalement, poursuit la même source, il «a réitéré ses hautes instructions pour que la réponse soit forte, rapide et volontariste tout en respectant la dignité des populations, leurs us et coutumes et leur patrimoine ».

Quoiqu’il en soit, il est clair que le chapitre ouvert par ce séisme du 8 septembre 2023 ne fait que commencer. Et que pour le refermer entièrement, il faudra sans doute aussi provoquer un tout autre séisme dont viendra sans doute ultérieurement le temps de parler et qui a trait aux nombreuses failles qui ont fait que bien des vies auraient pu être sauvées n’était l’injustice territoriale. Et qui, contrairement à ce qu’indique son nom, n’est pas celle du territoire et de la terre qui la soustend qui a bougé, mais avant tout celle de nos semblables. Les Hommes.

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