Des difficultés identifiées sur le terrain après le séisme du 7 septembre 2023

Chronique d’Elmahdi Benabdeljalil : Tout faire pour que personne ne soit oublié

Nous avons pu valider la possibilité de construire une maison de jeunes en terre et pierre qui pourrait servir de modèle et obtenir un accord pour avoir un terrain à très bas prix ou gratuit.


Jeudi 7 décembre 2023, 16h07. Les difficultés et les tensions laissent aussi de la place à la beauté de l’humanisme et à la sincérité de la volonté, mais l’absence de coordination entre les différentes parties prenantes, incluant d’abord les villages, provoque des frustrations et des incompréhensions, et la situation dramatique des habitants des villages dévastés par le séisme ne le mérite pas.

Cette semaine j’écris de chez moi, fait assez rare pour être souligné, mon “chez-moi” étant devenu un lieu où je viens pour retrouver ma fille une fois par semaine, et un week-end sur deux; le reste du temps, depuis sept mois, je vadrouille entre le Nord, Marrakech et Taroudant.

En parlant justement de Taroudant, je rentre de cinq jours de déplacement; je suis parti samedi matin à Marrakech pour rencontrer Emmanuelle Sarrazin, de la Libraire by Emma, suite à une mise en relation de Stéphanie Gaou, de la Librairie les Insolites. Emmanuelle est ainsi la quatrième libraire à accepter de référencer mon livre “Folles sagesses” dans sa librairie, sans prendre de pourcentage sur la vente. Elle va aussi m’aider à organiser une rencontre signature de mon livre pour échanger à propos de mon cheminement et bien évidemment présenter notre association Amal Biladi et ses actions sur le terrain. Emmanuelle m’a aussi présenté quelques belles personnes impliquées sur le volet social, et il y aura peut-être des choses intéressantes à présenter ultérieurement.

En parlant de “Folles sagesses”, j’ai aussi pu avoir un meeting avec Kawthar Bouachrine, qui m’a accompagné sur la conception de mon site internet et de mon livre et qui a mis en place deux superbes projets, Koding Kids et Lingo Sparks : nous allons les avoir comme partenaires dans une action d’entreprenariat solidaire initiée par l’Académie rurale d’excellence et Amal Biladi pour un premier projet dans le douar Tajgalt. Le soir, (re)découverte en monde nonchalant solitaire de la place mythique de Jemaa el-Fna, avec ses aguicheurs pour vous convaincre à force de sourires et de blagues polyglottes à s’asseoir à leur table ou à boire leur jus.

Dimanche matin je suis parti dans un endroit très agréable découvert la veille grâce à Emmanuelle, qui y avait un petit pop store, le Foundouk Gargaa, tenu par Hélène, passionnée par son métier, et riche en enseignements et partage par rapport à sa vie au Maroc, avec son mari Mohamed, expert en éco construction. A quatorze heures, meeting avec l’équipe de l’IMT Nord Europe, anciennement École des mines de Douai, pour avancer sur le projet et clarifier quelques points par rapport à l’action événementielle liée autour de “Folles sagesses” et de ma conférence.

A peine le temps de partir acheter quelques produits pour prendre quelques photos et échanges de qualité que je courais à mon rendez-vous de l’après-midi, chez Elie Mouyal, l’architecte aux 64 maisons en terre construites en quarante ans et concepteur de la nouala. Nous allions enfin pouvoir discuter tranquillement et longuement, deux mois après une mise en relation via Kawthar puis Omar et plusieurs échanges téléphoniques et messages WhatsApp et une petite rencontre pour voir la nouala de près lors de ma première expédition dans les villages sinistrés en septembre.

Ce fut un long et très enrichissant moment, pendant lequel nous avons pu faire amplement connaissance, dans un cadre agréable, en toute amitié. Elie et son épouse m’ont invité à dîner, et je suis rentré “chez-moi” pour me préparer à dormir et à me lever tôt pour partir à Taroudant avec Kenza Belahnech, notre ingénieure consultante.

Ce troisième voyage dans la province de Taroudant a été tout aussi éprouvant que les deux premiers, à des degrés différents. Comme l’a justement dit Kenza, lorsque l’on voit avec quelle résilience les habitants du douar vivent leur quotidien, il n’est pas possible de ne pas se laisser emporter par des émotions que l’on peut légitimement ressentir lorsque l’on voit la désolation des images qui s’offrent violemment à nos yeux. C’est d’autant plus difficile que nous commençons à avoir nos habitudes dans le douar et nos habitués. On nous reconnaît, on nous interpelle, nous invite à prendre le thé, et, forcément, on nous raconte la souffrance et l’incompréhension.



Crédit : Elmahdi Benabdeljalil


Il y a beaucoup de difficultés identifiées sur le terrain: risque d’oubli de familles à indemniser, distribution des indemnités au compte-goutte sans information, absence de volonté collective de reconstruire en terre et pierre, peu de communication des autorités par rapport aux étapes nécessaires et équipe imposée par Al Omrane pour travailler sur le projet.

Suite à ce constat terrible qu’il pouvait y avoir des injustices flagrantes, ou des retards d’indemnisations injustifiées, nous avons pu aider à mettre en place un processus pour nous assurer que personne ne sera oublié; un gros travail (essentiel qui pourrait aussi servir de référent pour les autres villages) a été fait par Kenza avec Elie puis avec Abderrahim Al Bassar, président de l’association de développement du douar, et avec Sara et Khadija: nous avons pu faire le lien avec la carte satellite du village, la liste détaillée des familles et du nombre de membres les composant et le niveau de destruction (partielle ou totale) pour nous assurer que personne ne pourra être oublié.


Crédit : Elmahdi Benabdeljalil


Nous avons informé l’équipe mandatée par Al Omrane de cette démarche, et j’ai informé l’autorité de la commune que nous allions lui transmettre ces informations par le biais de l’association de développement du village, de manière formelle. J’ai pu aussi, grâce à l’appui du caïd, rencontrer l’équipe du ministère de l’Équipement chargée de récupérer les débris des maisons puis du déblayage pour attirer leur attention sur le risque de refus d’obtempérer de quelques habitants qui pourraient ne pas vouloir les laisser passer faire leur travail parce qu’ils n’ont pas reçu la première tranche de leur indemnisation: j’ai pu avoir un échange tout aussi cordial que franc et rassurant, et cela m’a réconforté de sentir autant d’humanisme et de volonté sincère d’être dans une action aidante.

Nous avons aussi pu valider la possibilité de construire une maison de jeunes en terre et pierre qui pourrait servir de modèle et obtenir un accord pour avoir un terrain à très bas prix ou gratuit avec appui de l’autorité, et je suis très heureux à l’heure où j’écris ces lignes de dire que nous avons plus de la moitié du budget de construction qui est acquis.


Crédit : Elmahdi Benabdeljalil


Nous avons également identifié quelques familles qui pourraient être intéressées par les maisons terre pierre sur lesquelles nous pourrions apporter un complément main d’oeuvre et matière première par rapport au budget de l’État qui sera insuffisant pour cela, et sommes en train de voir ce que nous allons pouvoir faire pour apporter un petit soutien pour un maximum d’habitations en terme d’isolation notamment (pierre et chaux) et d’encadrement des ouvriers.

Enfin, nous avons également pu avoir un long moment avec les autorités au sujet de ces points et tentons d’établir et faciliter la communication entre le village et le moqaddem/caid pour harmoniser les informations, notamment pour que les habitants du douar soient informés lorsque des délégations vont venir les voir, et qu’ils ne soient pas pris au dépourvu alors que la liste de leurs doléances est (trop) longue.


Crédit : Elmahdi Benabdeljalil


Le prochain déplacement est prévu pour la fin du mois, et j’espère que nous aurons encore plus de concret à apporter aux habitants d’un douar qui, quelque part, est aussi devenu le nôtre.

A la semaine prochaine.


Crédit : Elmahdi Benabdeljalil


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