Les Touaregs, un peuple qui ne veut pas de frontières coloniales


C’est un fait connu de tous, la partition coloniale du Maghreb a fait la part belle à l’Algérie, alors département français. Pour s’assurer de sa mainmise sur les ressources naturelles du territoire touareg, la France a intégré ces populations à l’Algérie, ce qui a poussé à des révoltes épisodiques jusqu’à celle à laquelle on assiste aujourd’hui.

La colonisation est avant tout une affaire d’exploitation de ressources. Et l’Algérie, conquise en 1870 par la France, remplaçant la régence Ottomane d’Alger, n’en fait pas exception. Dès les années 1930, le potentiel pétrolier du Sahara oriental et central est identifié par la France. Seulement, faute de moyens, ce n’est qu’en 1951 que Paris décide de mener des recherches intensives dans ces régions. À la fin du second conflit mondial, la France prend conscience de l’importance de la diversification du ravitaillement pétrolier et de l’acquisition d’un pétrole national. Les autorités publiques françaises en association avec la Compagnie Française des Pétroles (CFP), ancêtre de TOTAL, institutionnalisent l’exploration pétrolière du Sahara. L’objectif du Général De Gaulle est donc clair : faire de l’Algérie française le fer de lance de la politique énergétique de la France. Et pour celà, il opte pour une partition des territoires Touaregs entre le Mali et l’Algérie. Sauf qu’il ne s’agit pas là de terra nullius.

Les Touaregs ont régné sans partage, et pendant des centaines d’années, sur les routes commerciales du Sahara, ce qui leur procurait profit et autorité. Jusqu’ à la fin du VIIe siècle, époque à laquelle les Garamantes furent écrasés par les Arabes qui envahissent l’Afrique, les Touaregs (nom donné par les arabes) avaient dominé le Sahara, dont ils contrôlaient les pistes caravanières. Ils migrèrent alors par vagues successives vers le Sud Saharien pour s’établir dans la région du Hoggar et de l’Aïr et autour.


Identité et mode de vie
D’ailleurs, Léon l’Africain, en 1513, retrace les migrations des Touareg vers le sud et leur expansion, soumettant les Haoussas de l’Aïr (XIVe siècle) et cherchant à s’imposer sur la boucle du Niger, à Tombouctou et à Gao, contre l’Empire du Mali (XIVe-XVe siècle), l’Empire songhaï (XVe-XVIe siècle), les expéditions marocaines sous les Saadiens (XVIIIe siècle) ou contre les Peuls (XIXe siècle). Nous sommes donc face à une population farouchement attachée à son identité et son mode de vie. Sauf que le jacobinisme centralisateur algérien, hérité de la philosophie politique française, fera tout pour restreindre la liberté du peuple nomade. D’ailleurs, dès l’indépendance de l’Algérie en 1962, on assiste au premier soulèvement. Au départ, ce conflit se caractérisa par des petites actions éclairs mais celles-ci escaladèrent lors des années suivantes jusqu’à inclure des attaques très élaborées. Sur un plan général, il manqua toutefois aux efforts des Touaregs un commandement unifié et une stratégie cohérente. Néanmoins, les doléances de ceux-ci étaient suffisamment amères pour encourager certains à prendre les armes. Car que ce soit au Mali ou en Algérie, qui en expulsa durant les années 1980 plus de 10.000, les populations ne sentaient pas chez eux.

Exportation de la terreur
Au nord un pays nouvellement créé dont la junte au pouvoir ne connaît pas les subtilités et le mode, et au sud, un Etat ethniquement composé de Peuls qui leurs sont historiquement hostiles. Tout cela prépara le terrain pour la deuxième rébellion des Touaregs, qui débute en juin 1990 et dure jusqu’en 1992. Iyad Ag Ghali, qui dirige actuellement le groupe Ansar El Dine (Défenseurs de la foi), un violent groupe salafiste régional apparenté à AQMI, mena la deuxième rébellion. Comme lors des années 1960, les Touaregs n’étaient pas unis au sein d’un même groupe d’insurgés mais ils étaient cette fois mieux organisés et équipés. Le glissement de la rébellion touareg vers le djihadisme depuis 2006 fait partie du jeu dangereux de l’Algérie au Sahel.

Après la décennie noire, la politique algérienne était de “transporter” les foyers islamistes au Mali, nettoyant ainsi son territoire. Résultat, avec la chute de Khadhafi en Libye en 2012, les Touaregs foncent sur le nord du Mali, faisant tour à tour allégeance à AQMI ou au MNLA. Sauf que le retour à l’envoyeur a été brutal. La mort d’Abdelmalek Droukdel le 3 juin 2020 a signé l’arrêt de mort de cette politique d’exportation de la terreur. Les touaregs se sont petit à petit défait de l’emprise djihadiste et se rassemblent au sein de groupes séculaires et identitaires (Mouvement pour la libération de l’Azawad, Mouvement pour la libération de l’Adrar) qui, aujourd’hui, mènent la vie dure à l’armée algérienne. Certains diront que c’est le karma...

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