Quand la tomate marocaine fait des jaloux chez le voisin ibérique

AGRICULTURE

L’Espagne fait pression sur la Commission européenne, lui demandant de veiller au strict respect de l’accord commercial avec l’Europe. Un lobbying récurrent qui n’inquiète guère Mohamed Ammouri, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader).

Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Cette expression résume parfaitement la success-story de la tomate marocaine sur le Vieux Continent. Les exportateurs marocains se sont frotté les mains en 2020, battant tous les records d’expédition de ce fruit-légume vers l’Europe, particulièrement en Espagne. Le voisin ibérique a importé pas moins de 78,05 millions de kilos de tomates marocaines en 2020, en augmentation de 14,26% par rapport à 2019 et de 307% au cours des dix dernières années. Il s’agit du plus grand volume jamais enregistré, plaçant le Maroc comme le principal fournisseur de l’Espagne.

Plus parlant, selon le fournisseur espagnol de statistiques, Estacom, la tomate marocaine a affolé tous les compteurs durant la saison 2019/2020, dépassant pour la première fois la fameuse province d’Almeria. Cette dernière a exporté pour 418.640 tonnes de tomates, en baisse de 11,3% et de 25,2% par rapport aux cinq dernières saisons. Les exportateurs marocains ont, de leur côté, expédié 486.880 tonnes. Du jamais vu. Pour manifester leur colère face au succès de la tomate marocaine, l’Association des producteurs et exportateurs de fruits et horticoles d’Almeria (Coexphal) a organisé, début février 2021, une «opération coup de poing». Les agriculteurs de cette province ibérique ont détruit entre 5 et 10% de leur production afin de faire monter les prix de la tomate.

“Bon courage à eux !”
«Nous nous sommes habitués à ce genre de pratiques. Ils ramènent des médias et font détruire leurs produits devant les caméras et se plaignent de la concurrence marocaine. Ils crient au non-respect des règles concurrentiels, au quota, aux contingents tarifaires et à la valeur forfaitaire à l’importation. Ce n’est pas de notre faute si la tomate marocaine est de meilleure qualité et est appréciée en Europe », nous déclare, ironiquement, Mohamed Ammouri, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader).

Cependant, les plaintes des Espagnols ont été plus nombreuses cette année. Depuis janvier 2021, plusieurs syndicats et organisations professionnelles ont manifesté et ont envoyé des correspondances au gouvernement espagnol et à la Commission européenne. Même le gouvernement espagnol s’en est pris à la tomate marocaine, le 24 février 2021, lorsque Fernando Miranda, secrétaire général de l’agriculture et de l’alimentation, a demandé à la Commission européenne de veiller au respect de l’accord commercial avec le Maroc.

Une demande qui fait suite à l’appel de la Fédération espagnole des associations de producteurs exportateurs de fruits, légumes, fleurs et plantes vivantes (FEPEX), le 21 janvier 2021. «Nous nous inquiétons de la croissance continue des exportations marocaines, sans que les conditions de concurrence, tant sur le plan productif, social ou environnemental ne soient les mêmes. Cette croissance est préoccupante car ils nous concurrencent à la fois sur le marché national et sur les marchés étrangers, dont dépend l’essentiel du chiffre d’affaires du secteur espagnol des fruits et légumes », avait alerté la FEPEX.

Suite à quoi le gouvernement espagnol a saisi, un mois après, la Commission européenne. Un lobbying qui n’inquiète guère Mohamed Ammouri. «C’est leur droit de demander à la Commission européenne de de veiller au respect de l’accord commercial avec le Maroc. Je ne trouve pas de problème par rapport à cette démarche. S’ils cherchent la petite bête, je peux te dire qu’ils seront déçus. Nous respectons l’accord commercial à la lettre et nous n’avons rien à nous reprocher. La Douane européenne fait son travail et nos tomates respectent le quota, le contingent tarifaire et toutes les normes européennes. Bon courage à eux !». Voilà qui est dit.