Présides occupés: Quand un think tank espagnol verse dans la conspiration

A en croire l’Institut espagnol pour la sécurité et la culture, le Maroc serait en train de mener une stratégie savamment orchestrée pour faire quitter à l’Espagne le nord de son territoire. Mais cela n’est pas sans tomber dans des fantasmagories de bien mauvais aloi.

La “menace” de plus en plus brûlante que constituent pour l’Espagne les revendications par le Maroc de ses présides occupés continue de faire jaser dans la voisine du Nord. Elle vient de donner lieu, pour le mois de novembre 2021, à un rapport de 44 pages de l’Institut pour la sécurité et la culture, une association à but non lucratif basée dans la capitale espagnole, Madrid, et dont l’objectif autodéclaré est de promouvoir la prévention de l’extrémisme violent et la recherche sur la sécurité et la défense.

Dans ce rapport, au ton conspirationniste revendiqué, le Maroc est accusé d’user de la fameuse stratégie dite de la zone grise, qui consiste à être à la fois en conflit avec un pays mais sans aller jusqu’à déclencher une guerre. Il procéderait, concrètement, par à-coups afin de pousser la partie espagnole à lui rétrocéder ses territoires, en commençant par exemple par asphyxier économiquement les villes de Sebta et Mélilia, avec qui il a fait fermer au cours des trois dernières années la frontière commerciale.

Procès d’intention
Et c’est dans la même logique qu’il procéderait à la modernisation des Forces armées royales (FAR), dont il est vrai que le gap est devenu moins important avec les Forces armées espagnoles. Et s’il y a sans doute du vrai dans cela, le Maroc n’ayant jamais fait mystère de sa volonté de reprendre le contrôle des présides, il n’en reste pas moins que le rapport tourne rapidement au procès d’intention et laisse, à titre d’illustration, suggérer que la crise migratoire ayant touché au mois de mai 2021 Sebta en particulier participerait de la même stratégie de la zone grise, en s’attardant à peine sur son contexte que fut l’hospitalisation, à partir du 18 avril 2021 dans la ville espagnole de Logrones, du secrétaire général du mouvement séparatiste du Front Polisario, Brahim Ghali.

Aussi, le document laisse entendre que le Royaume voudrait mettre à profit un soi-disant dividende démographique, en profitant de la transition en cours dans les présides, dont les populations tendent à devenir majoritairement d’origine marocaine et non plus espagnole européenne. Ce qui n’est, par ailleurs, pas sans rappeler la théorie raciste d’Eurabia et celle du grand remplacement, très en vogue actuellement au sein des mouvements d’extrême droite occidentaux.

Il faudrait, tout de même, considérer sous une perspective positive la publication du rapport, en ce sens qu’elle illustre bien le fait que le Maroc est en train de réussir son pari de se départir de la domination hégémonique sous laquelle d’aucuns voudraient bien le maintenir, et que la politique diplomatique qu’il mène constitue bel et bien une réussite. La conclusion devrait toutefois être d’apprendre à traiter d’égal à égal avec lui, et non plus à vouloir faire en sorte de le mettre sous sa botte...