Quand un Think Tank Allemand appelle à réduire l'influence du Maroc

DIPLOMATIE

Les succès diplomatiques enregistrés par le Royaume ne semblent pas plaire à tous, à commencer par le landerneau diplomatique allemand.

En Allemagne, l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) joue pratiquement le rôle, depuis sa fondation en 1962, d’éminence grise des autorités sur tout ce qui touche à la diplomatie.

La note qu’il avait produite en novembre 2020 sur les “rivalités maghrébines sur l’Afrique subsaharienne” et dont les médias se font depuis quelques jours l’écho n’est donc pas quelconque dans son caractère, tout comme ne l’est pas son appel à contrecarrer ce qu’il qualifie d’“ambitions hégémoniques” du Maroc dans le continent: l’analyste ès-Maghreb du SWP, à savoir Isabelle Werenfels, ne le dit, certes, pas en ces termes, mais c’est la seule conclusion que l’on peut tirer de son appel lancé en direction de l’Union européenne (UE) pour que celle-ci appuie à la fois les “politiques africaines” du Royaume ainsi que celles de l’Algérie et de la Tunisie “plutôt que de soutenir” l’une d’entre elles. “Cela vaut également pour l’engagement des États du Maghreb pour la paix et la sécurité en Afrique subsaharienne,” ajoute-t-elle.

Rupture diplomatique
Ce que l’on comprend du propos de Mme Werenfels, et c’est surtout flagrant quand elle évoque, dans une phrase, le différend maroco-algérien autour du Sahara marocain, c’est que certains pays de l’UE, en citant nommément la France et l’Espagne, ont trop misé sur le Maroc -ce qui, ni dans un cas ni dans l’autre, n’est vrai, étant donné que Paris s’est, au contraire, beaucoup rapprochée ces derniers mois de l’Algérie, dont elle espère qu’elle la suppléera au Sahel suite notamment à la fin de son opération militaire de Barkane le 10 juin 2021, tandis que Madrid a ouvertement collaboré avec la junte algérienne pour accueillir le chef du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali, malade de la Covid-19, ce qui a d’ailleurs amené à la crise en cours depuis le 25 avril 2021 avec la capitale espagnole. Mme Werenfels va ainsi jusqu’à parler de “pensée maghrébine à somme nulle”.

Ceci étant dit, le Maroc se doit-il donc d’assumer l’incompétence des dirigeants algériens -ceux de la Tunisie arrivent eux, par contre, à maintenir une présence diplomatique active en Afrique? Car Mme Werenfels le reconnaît elle-même: avec ou sans soutien de l’UE, le Maroc est depuis fort longtemps déjà à l’oeuvre dans son continent, et à vrai dire ses succès diplomatiques il les doit à lui tout seul, et nullement à un autre pays.

Cela importe, de fait, peu que des pays cherchent à saboter ses efforts, y compris l’Allemagne, avec laquelle Rabat est d’ailleurs en rupture diplomatique depuis le 6 mai 2021. Le Maroc fait souvent valoir, comme après avoir été accusé d’utiliser le logiciel d’espionnage israélien Pegasus pour mettre sur écoute quelque 10.000 téléphones dans le monde, le fait que l’on veuille réduire au silence ses réussites; à l’évidence il n’a pas tout-à-fait tort.